4 avr. 2019

1 an après : est-ce que je regrette d'avoir acheté un trotteur ?

1 an et demi que Easy m'appartient, un peu plus d'1 an qu'on travaille monté. Quel bilan tirer de cette première année, moi qui ne voulait pas de cheval réformé de course ? Que penser de toutes les annonces d'achat spécifiant "pas de trotteur" maintenant que je sais ce que signifie réellement acheter un trotteur ? Finalement, les gens ont-ils raisons de vouloir éviter les trotteurs ?



La reconversion d'un trotteur, mon chemin de croix...


Lorsque je me suis mise à la recherche de mon futur destrier, je ne voulais pas de réformé simplement par crainte que leur passé de course les ait abîmés et de me retrouver face à un vice caché. Quand finalement j'ai craqué sur Easy, je me suis dit que c'était une belle occasion de lutter contre les préjugés et un beau challenge à relever #visionultraoptimiste. La vérité, c'est que je n'avais pas conscience de ce qui m'attendait. Je n'avais jamais travaillé de jeune cheval. Je n'avais jamais fait le travail de réforme d'un cheval de course. Alors les deux en même temps, je n'étais clairement pas prête. Et quand je vois maintenant toutes les annonces de trotteurs à réformer où il est mentionné "ok débutant", je m'étrangle.

Clairement, la réputation de grand cœur des trotteurs n'est pas usurpée. Easy est un vrai gentil, il n'y a pas une once de vice en lui, il pardonne toutes mes erreurs et se prête avec bonne humeur à tous mes tâtonnements et essais. Les 2 autres trotteurs que j'ai côtoyé dans ma vie m'ont également donné ce sentiment. Et pourtant, gentil ne veut pas dire facile, loin de là. Oui, il n'essaye jamais de me mettre à terre, mais il faut tenir en selle quand il démarre à fond, coupe ses virages, fait ses changements de direction brusques parce qu'on ne lui a appris qu'à aller vite. Oui, il met de la bonne volonté dans son apprentissage de la vie de cheval de selle, mais il faut réussir à décoder ses réactions vives et blocages qui viennent de son passé. Oui, il est obéissant, mais il faut justement avoir la patience de lui désapprendre tout ce qu'on lui a inculqué durant ses premières années.

"Se contenter de peu, récompenser beaucoup"

Je vous spoile dès maintenant la conclusion de cet article : non, je ne regrette pas d'avoir acheté un trotteur. Ce cheval, c'est une partie de moi, je l'aime plus que tout, je le trouve extraordinaire, j'adore son caractère et sa grosse tête un peu busquée. Il a les qualités que je cherchais (gentillesse, courage, curiosité) et je suis intimement persuadée qu'il va vraiment nous surprendre un jour. Si c'était à refaire, je re-signerais son contrat de vente.

Pour autant, il y a des jours où les nuages s'amoncellent au-dessus de ma tête et où je me sens coincée. Car ce cheval, je ne m'en séparerais jamais. C'est mon bonheur et ma croix. Le chemin de sa reconversion est tellement long, semé de remises en question et de doutes, que parfois je me demande si j'ai les épaules pour assumer et assurer. Parfois, je me demande si je ne suis pas passé à côté de quelque chose en n'achetant pas un cheval de plus de 8 ans, bien mis et sans surprise. Comme j'avais prévu avant que mon impatience s'en mêle.
Je voulais simplement avoir un cheval à choyer, avec qui me faire plaisir sans prise de tête, un cheval si gentil qu'il m'aurait peut-être emmené sur mes premiers vrais concours. Et cette vision idéale, dans combien de temps l'atteindrais-je avec Easy ? Si j'arrive à l'atteindre à jour, car ai-je vraiment le niveau pour mener à bien une reconversion ? C'est parfois si difficile et disons-le, décevant, puisque la progression n'est pas rectiligne. Un pas en avant, trois pas en arrière : de véritables montagnes russes émotionnelles associées à la pression de se comparer à d'autres propriétaires de trotteurs du même âge (ou pire, plus jeunes) et tellement plus avancés dans le travail que nous... Mes projets de vie vont également évoluer dans les prochaines années, avec le fait de fonder une famille en ligne de mire. Je n'aurais peut-être plus autant de temps pour l'équitation et alors, je n'aurais jamais pû profiter de la vie de propriétaire comme j'en rêvais...?


... et ma plus belle aventure équestre


Vous l'aurez compris, acheter un trotteur, ce n'est pas simple émotionnellement parlant. Quand faire un tour de piste dans un trot calme est un défi, même au bout de plusieurs mois de travail, il vaut mieux avoir des ressources de patience et de confiance illimitées. Surtout qu'on ne sait jamais au bout du compte à quel point le cheval se reconvertira (oui, il faut le reconnaître : même avec du travail, certains trotteurs ne galoperont jamais correctement) : c'est un vrai pari sur l'avenir ! Parfois certains projets doivent être mis de côté, pour un temps ou définitivement... parfois certains naissent des bonnes surprises qu'ils nous réservent ! Trotteur n'est pas forcément un facteur limitant : Easy galope avec plaisir, sort en extérieur seul ou accompagné, saute sans rien regarder, a bel allure sur le plat quand il est sage.

Mais quoiqu'il en soit, ce sont aussi toutes ces difficultés et incertitudes qui font de l'achat d'un trotteur une aventure formidable. On s'embarque là-dedans avec notre cœur en bandoulière et notre optimisme comme bouclier. On y met toutes nos tripes et bon Dieu ils nous le rendent tellement ! Comme je l'ai dit plus haut, leur cœur en or est leur plus grosse arme de séduction. Les difficultés valent la peine d'être surmontées car ce sont des chevaux surprenants par les ressources qu'ils sont capables de trouver pour faire plaisir à leur cavalier. On ne sait pas vraiment jusqu'où ils vont nous emmener, mais on sait que chaque déception sera compensée par une réussite.

Travailler au pas dans le calme et la décontraction : ça ne semble rien, mais
pour nous c'est une petite victoire !

Il n'y a rien de plus gratifiant que de voir les progrès accomplis par ces chevaux qui partent parfois de si loin. De se dire qu'on a pris part à ces progrès, qu'on a réussi à débloquer une situation, surmonter un problème ou un traumatisme, réussi à transmettre quelque chose, à donner envie de réaliser un exercice. Qu'on a réussi à les remettre en état physiquement et mentalement. Vous me direz que ça ne diffère en rien de chaque progrès effectué avec n'importe quel cheval. Mais, de mon point de vue, le travail avec un trotteur est si particulier que les victoires n'ont pas la même saveur.

Ces chevaux là nous en apprennent autant sur l'équitation que sur nous-mêmes. Le travail de reconversion d'un trotteur est une vraie leçon de vie. Ils vous réapprennent la patience et l'humilité car rien n'est jamais acquis. Ils vous apprennent à apprécier le moindre progrès car ils sont longs à venir. Ils vous mettent face à vous-même en vous obligeant sans cesse à revoir vos pratiques et vos convictions. Ils dévoilent vos faiblesses mais vous donnent l'opportunité de les combattre. Ils ne donnent leur cœur que si vous donnez le vôtre. Ce sont des chevaux d'une grande sensibilité qui touchent la vôtre : on vit plus fort l'aventure équestre à leur côté car elle est haute en couleurs. Avec Easy, je pleure, je ris, je m'effraie, je m'extasie et c'est ce qui fait que c'est la plus belle relation et la plus belle aventure équestre de ma vie. Et c'est ce qui fait que tous les sacrifices en vaudront la peine au bout du compte. Pour tout ce qu'il me fait vivre. J'en suis persuadée.



Le dernier mot Jean-Pierre...


Pour conclure, je ne regrette pas l'achat d'un trotteur car j'adore le caractère d'Easy (et tout le reste chez lui) et je ne pense pas que sa race ou son passé seront un obstacle à nos objectifs équestres. Mais je ne recommanderais pas cette race à un débutant, à un compétiteur avec des objectifs très précis, à un cavalier de loisir voulant se faire plaisir immédiatement, à quelqu'un de trop fragile. Le travail d'un trotteur est une aventure passionnée, dans le sens étymologique du terme : violente, intense, que l'on subit parfois, qu'on ne contrôle pas toujours mais dont on est fou et dépendant. Je pense que les trotteurs sont des chevaux possédant un vrai trésor caché, mais qu'il faut être prêt à relever toutes les épreuves pour avoir le droit à sa part du butin.

Bref, suite à mon expérience, qui ne fait que commencer, je vous met en garde et vous encourage à la fois à vous lancer dans l'achat d'un trotteur ! Et moi, est-ce que je serais capable de recommencer dans le futur ? C'est comme une grande histoire d'amour : je vous dirais qu'on a qu'une seule âme sœur donc non, c'est une aventure qu'on vit si intensément qu'une seule fois... Mais l'amour refait toujours surface et peut prendre de multiple formes, alors pourquoi pas... ;)
















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1 commentaire:

  1. Encore un texte extrêmement bien écrit !
    Je n'ai pas le problème de la réforme, Early, je l'ai vu avant qu'il n'ait tété pour la première fois, mais je te rejoins sur la comparaison avec les autres. J'en vois tellement des E qui sont tellement plus avancés que nous ! J'ai pris mon temps pour être sûre qu'il soit physiquement capable de me porter, je ne le regrette pas, mais qu'est-ce que je bave en voyant les autres !! :D

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