3 juin 2018

Easy Story : décembre 2017.

Non non, je n'ai pas 6 mois de retard sur le récit de mes aventures avec mon petit trotteur... Faut dire que depuis qu'il est entré dans ma vie, je suis bien occupée et je ne vois plus le temps passer ! Le souci, c’est qu’avec tout ce décalage, j’ai tendance à oublier tout ce qu’il s’est produit, d’autant que le quotidien est riche et plein de nouveautés avec un jeune cheval ! Mais bref, essayons de reprendre le fil de notre histoire…



Vacances hivernales mais pas banales


Comme je le disais dans mon précédent article, après 1 mois aux côtés d’Easy à tester tout plein de choses, l’excitation est retombée et j’ai commencé à prendre du recul. Monter, longer, travailler à pied, être là 5 fois par semaine : n’est-ce pas un peu beaucoup pour un cheval de 3 ans et demi (même si les séances sont courtes et espacées) ? Qui plus est pour un réformé ? « Débourré » à 1 an, travaillé à 2 pour tenter les qualifications de trot attelé, monté à 3 pour apprendre aux futurs jockeys à tenir en selle… Il en a déjà vécu un tas de choses pour son âge ! Physiquement comme mentalement, je ne veux pas prendre le risque qu’il soit débordé ou usé prématurément. De plus, il vient de subir de nombreux bouleversements (changement de lieu et de mode de vie, changement d’activité…) et aurait bien besoin d’une pause pour assimiler tout ça et oublier un peu son passé de courses. C’est décidé, Easy sera en vacances tout le mois de décembre !

J’avoue que cette décision a provoqué des sentiments contradictoires en moi. Satisfaction de lui laisser ce temps de repos et soulagement de correspondre de nouveau à mes convictions personnelles (c’est-à-dire, ne pas travailler trop tôt et trop vite les chevaux) et en même temps déception de me retrouver à pied, d’interrompre le travail commencé et peur qu’il oublie tous ses progrès du premier mois. À cela s’ajoute qu’une pause en hiver n’est pas l’idée du siècle : j’ai cru perdre mes doigts de pieds plus d’une fois à faire brouter Easy dans le froid où à rester immobile à l’observer en liberté dans le manège. De plus, les balades sont limitées par les inondations, la boue ou le gel, de même que les sorties d’Easy : en période hivernale, il est au box intégral avec sortie d’1h minimum/jour en liberté dans le manège. Mais si les espaces de travail sont gelés ou inondés (ce qui est malheureusement arrivé très souvent cette année) … Bah on se retrouve à faire de la marche dans les allées de l’écurie pendant une heure. PASSIONNANT. Bref, qu’on se le dise, notre premier hiver ensemble, à pied, avec le mauvais temps qui l’a caractérisé, n’a pas toujours été facile.

Trotteur alezan.

Chat et cheval.
Oui, je désensibilise même aux chats.

Trotteur en reconversion qui galope.

Mais il a aussi été très amusant et a vraiment renforcé notre lien et notre connaissance l’un de l’autre ! Easy ne faisant que box – manège, je me suis dit que j’allais quand même agrémenter ses vacances de sorties en main (quand on le pouvait) et de séances de désensibilisation pour qu’il ne s’ennuie pas. Ayant déjà commencé les promenades à pied, on a juste ajouté une variante : accompagner les copains montés. Oui, j’avais l’air ridicule à suivre les autres cavaliers en marchant à côté de mon cheval. Mais ça a permis d’apprendre à Easy à prendre sur lui pour tolérer la présence des autres à ses côtés, que ce soit en marchant derrière ou à côté. Enfin, je devrais dire apprendre à supporter les gris car ils sont nombreux à l’écurie et malheureusement il semble robeciste (comme raciste, mais envers une robe ahah). Quand on n’était pas dehors, on était en manège pour des séances en liberté où je l’encourageais à se défouler, ce qui a naturellement amené à mettre en place quelques ordres vocaux et gestuels comme « change » pour qu’il change de main en tendant le bras dans la direction souhaitée, ou un début d’aspiration pour lui faire comprendre qu’il pouvait me rejoindre pour souffler.

Mais le plus drôle a vraiment été les séances de découverte et désensibilisation. Plots, barres au sol, ballon de horse-ball, parapluie, bouteille en plastique… Avec toujours la même procédure : j’amène l’objet, le pose et le laisse venir observer voire renifler. Puis je le prends et l’approche de ses naseaux : je félicite s’il le touche. Je touche son épaule avec. Je félicite encore s’il se laisse faire, sinon je retourne à l’étape précédente. On passe à toucher tout le corps, mettre l’objet au-dessus de sa tête, par terre, je félicite, et arrive enfin l’étape cruciale où je fais du bruit avec l’objet ! Secouer le parapluie, tordre la bouteille en plastique… Et je refais tous les étapes avec le bruit en plus. Après, suivant les caractéristiques de l’objet, j’ajoute des variantes : ouvrir et fermer le parapluie, lancer la balle de horse-ball par-dessus le cheval, remplir la bouteille en plastique de cailloux… L’important est vraiment de procéder par étape, ne passer à la suivante que quand le cheval ne montre aucune défense, lui laisser le temps de réfléchir et beaucoup féliciter. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’Easy et à la fois curieux et courageux pour mon plus grand bonheur ! Rien ne l’a impressionné et il a tout accepté en un temps record ! Mieux, ça a semblé l’amuser aussi car il rapplique à la moindre nouveauté et s’applique beaucoup à explorer avec la bouche, taper sur les objets etc. De vrais bons moments à deux !




D'enfant prodige à enfant gâté, il n'y a qu'un pas...


Tout ce temps à pied s’est donc finalement avéré plus passionnant que ce je ne le pensais et aussi bénéfique car je suis vraiment rapprochée d’Easy. Je l’ai beaucoup observé (et je pense que la réciproque est vraie), j’ai passé du temps avec sans rien lui demander, j’ai passé du temps à le câliner, on a partagé de bons moments ensemble, je suis devenue celle qui lui apportait du plaisir (bonbons, sorties) … Un peu trop même car j’ai fini par en faire un enfant gâté et par commettre ma première erreur ! Il était tellement mignon que je ne lésinais pas sur les bonbons (#mamiegateau) et sa tendance à venir fouiller mes poches et mes mains m’attendrissait et me ravissait car il me montrait de l’intérêt et venait chercher le contact. Au fond de moi je savais que ce comportement intrusif n’était pas bon mais je me disais qu'un petit détail comme ça ne porterait pas à conséquence… GRAVE ERREUR ! Il a fini par devenir trop collant, énervé et déconcentré à pied : il s’agaçait vite à la moindre demande car il n’attendait que sa friandise ! Dès qu’un ordre était exécuté, il essayait d’attraper mes mains et fatalement, le drame est arrivé : il a fini par me mordre. Par accident mais quand bien même, je suis totalement fautive en n'ayant pas instauré des limites dès le début. Je tentais de le faire poser pour une photo et pour qu’il tienne tranquille, j’ai pris un mini bout de feuille à lui faire renifler dans ma main. En gros gourmand qu’il est, il a voulu l’attraper immédiatement mais a planté ses dents dans mon doigt, sans plus le lâcher car ne comprenant pas que ce morceau était à moi… J’ai fini en sang et surtout bien consciente qu’il était urgent de réagir.

Une semaine sans aucune friandise plus tard, à le renvoyer fermement chaque fois qu’il faisait mine de fouiller mes mains ou poches, j’ai repris les bases de la politesse face à la nourriture armée de l’excellent « Motiver son cheval : clicker training et récompenses » d’Hélène Roche. Je ne peux que recommander cet ouvrage car tout y est, je n’ai fait qu’appliquer les exercices ! Lui apprendre à rester immobile face à la nourriture, à attendre que je lui apporte, à ne pas réclamer, à attendre le signal pour la prendre... Mais cela veut dire aussi que j’ai revu mon utilisation des friandises qui sont devenues un outil de travail ! Fini de distribuer des carottes gratuitement, les bonbons sont désormais un renforcement positif dans le cadre d'exercices. J’ai copié le fonctionnement du clicker en le remplaçant par un « Ouiiiiii » que je prononce très aigüe et fort quand Easy fait quelque chose de bien. À force d’associer ce « oui » à une récompense, il en a compris la signification et je peux maintenant me contenter de cette exclamation pour lui indiquer qu’il a fait ce qui était attendu. Couplé à sa nouvelle éducation face à la nourriture sur laquelle je suis très pointilleuse, j’ai désormais un cheval qui attend sagement les bonbons , ne réclame plus et ne s’impatiente plus ! Ouf !

Photo cavalière et poulain.

Portrait avec mon cheval.

Cheval de Noël avec des bois !
2 secondes avant le drame avec la feuille de la discorde.



Le dernier mot Jean-Pierre...


Un mois de décembre très instructif, de façon positive comme négative. J'ai fait une erreur, je me suis laissée avoir par la facilité : "acheter" l'affection d'Easy par la nourriture. Et la vie s'est chargée de me rappeler que les relations basées sur de mauvaises raisons finissent toujours mal ! Finalement, notre complicité a vraiment commencé à se construire une fois les limites bien posées, quand on a pu faire connaissance et échanger dans le respect mutuel et dans un cadre clair. Et c'est bien le temps passé ensemble et rien d'autre, qui nous a finalement rapprochés...


3 commentaires:

  1. Ouille ouille ouille... et ton doigt, ça va ? Djazz a aussi tenté l'autre jour... sauf qu'il m'a eu du premier coup et par surprise alors que je ne laisse pas passer, il faut le dire : ils ont une sacrée mâchoire ! ^^

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Pelé comme une banane ! Ahah ! Comme il lâchait pas, du coup, j'ai tiré, la peau est restée... Mais ça va, ça a été superficiel et vite guéri.

      Oui c'est là qu'on se souvient que les herbivores aussi ont de la puissance dans la mâchoire !...

      Supprimer
  2. Et bien dis donc ! Ton loulou n'a pas du te rater en te mordant ! QU'est-ce qu'ils peuvent être nouilles quand ils s'impatientent ! ^^ Heureusement tu as bien réagit, même si il ne t'a pas aidé à le faire dans le calme! ^^

    Un chouette mois malgré tout et de surtout de très beaux moments j'ai l'impression. :)

    RépondreSupprimer