16 janv. 2018

Décider d'acheter un cheval : entre rêve et cauchemar.

Il y a trois mois, je vous annonçais que je suis devenue propriétaire. Dans un récit plein d'émotions, je vous partageais ma joie absolue qui semblait pouvoir durer indéfiniment. Mais pourtant, pour en arriver à cet océan de bonheur, tout n'a pas été rose. Car acheter un cheval, ce n'est pas seulement signer un chèque et se vautrer dans son allégresse. Je dirais même que la décision de devenir propriétaire à été une des pires à prendre de mon existence. Vous êtes prévenus. 



Étape 1 : la Désillusion


J’ai commencé à monter à poney pendant les vacances d'été de mes 5 ans. À 8 ans, mes parents m'inscrivaient en poney-club. À 20 ans, je prenais ma première DP avec mon salaire de job étudiant. Et pendant toutes ces années où ma passion est allée grandissante, je n’ai bien sûre rêvé que d’une seule chose : avoir mon propre cheval. Le Père Noël étant visiblement décidé à faire la sourde oreille et mes parents pas encore millionnaires, j'ai monté un plan très simple: faire de hautes études qui me permettraient de trouver rapidement un job qui en plus serait bien payé (longues études = prestige + haut salaire = pire mensonge de l'humanité vendu par l'Education Nationale). Tout cela ne demandait qu'un peu de patience (dit d'un air dégagé comme si ça avait été simple) mais dès que je signerai mon premier contrat de travail, je me mettrai à la recherche de mon cheval rien qu'à moi. Tout simplement. Ahah (vous sentez l'ironie dans ce rire ?).

Penser qu'acheter un cheval c'est simple, c'est à mourir de rire !
Moi en repensant à ma naïveté quand je croyais que tout serait si simple.

Bien des années plus tard, Master et quelques économies en poche, j'ai enfin décroché le saint Graal du CDI (ou presque, et je vous passe les détails de cette bataille là qui a aussi été éprouvante). Excitation intense, joie suprême, j'ai aussitôt commencé des calculs pour acheter ma perle rare… et j'ai déchanté aussi vite. Quand on a un loyer à payer et qu'on fini de s'installer, des animaux à charge, des projets de couple, un salaire de débutante et la malchance d’être cavalière en région parisienne (coucou les pensions à partir de 600€ par mois !), on se rend vite compte que caser un cheval dans son budget mensuel tient du miracle. Montagnes russes émotionnelles, j'ai traversé un gros moment de découragement et de déprime : tous ces efforts, toutes ces années d’attente, de privation, de travail pour se rendre compte que son rêve n’est toujours pas accessible, qu’au moment où on pensait enfin toucher au but, la ligne d’arrivée s’éloigne… C'est rude de se rendre compte que parfois, la volonté et le travail ne suffisent pas pour atteindre ses rêves et que la réalité de la vie courante et ses factures doivent passer en premier.



Étape 2 : le Désespoir


Je me suis donc pris une bonne claque par le retour à la réalité mais je n'ai pas dit mon dernier mot. Etant une adepte des To Do List, des carnets de note et des tableurs, j'ai organisé les représailles sous forme d'un dossier d'étude de mon projet d'achat de cheval. Je n'allais pas abandonner sans étudier le sujet sous toutes ses coutures jusqu'à trouver une solution ! Il est très certainement imparfait mais il pourrait en inspirer certains et m'a bien aidé dans ma réflexion, alors je vous partage ce qu'il contenait:

  • Mes critères d'achat : afin de vérifier que le cheval dont je rêvais correspondait bien en réalité à mon niveau et mes envies équestres (on n'achète pas un sauteur pété de sang pour aller juste faire de la balade tranquille le dimanche, en général) et surtout déterminer son prix en comparant avec ce qui se vendait à ce moment-là.
  • Le coût d'un cheval à l'achat : en n'oubliant pas les petits frais annexes dont j'avais pris les tarifs approximatifs.
Tableau des dépenses à l'achat d'un cheval.
  • Le coût d'un cheval à l'entretien : en faisant une étude comparative des écuries de la région proposant la formule que je recherchais (pension pré/box ou pré intégral) pour avoir une fourchette de prix de TOUS les frais liés au cheval lissés mensuellement. Et en distinguant les dépenses minimales (c'est-à-dire incontournables comme l'hébergement et les soins) des dépenses variables (qui ne tombent pas tous les mois, qui peuvent être reportées ou supprimées) afin d'avoir une idée des frais qui tombent quoiqu'il arrive, même quand le mois est difficile (c'est cette somme là qu'il faut être sûr et certain de pouvoir sortir chaque mois).

Tableaux des dépenses mensuelles et à l'année pour l'entretien d'un cheval.

  • L'état de mon budget personnel : combien d'argent j'avais de côté et combien il me restait en fin de mois une fois toutes les factures payées. Le point le plus important du dossier car c'est ce budget qui déterminerait la faisabilité du projet et conditionnerait l'achat (prendre un PP ou un ONC, choisir l'écurie grand luxe ou le pré d'à côté...). C'est surtout à ce moment-là qu'on détermine si on préfère attendre encore un peu pour augmenter son budget et ne pas avoir à renoncer à ses ambitions: si on rêve de concours, mieux vaut patienter un peu pour s'acheter son cheval de Grand Prix et être de sortie tous les week-end plutôt que de s'acheter un ONC par impatience et se retrouver frustrée d'être coincé en concours Club. 
  • Le point sur tout le matériel dont je disposais : afin de prévoir les dépenses des mois suivants pour équiper ma nouvelle monture et inscrire ce budget dans l'argent à disposer avant achat (histoire de ne pas être prise de court et ne pas devoir laisser Pompom se les geler si enfaîte il n'avait pas besoin d'une mais de deux couvertures).
  • Les questions/problèmes que soulève l'achat d'un cheval : la pire partie de mon dossier. Le reste n'était qu'une affaire de calculs et de chiffres que l'on manipule. Là, on en venait au casse-tête des questions presque existentielles genre "tu préfères des dents en bois ou une jambe en mousse": comment faire si je dois le même mois emmener ma voiture au garage et payer le véto ? Comment je fais pour vivre ma passion à fond et en même temps me payer des vacances ? Comment j'explique à mon Chéri que je dois réduire ma participation financière à nos projets communs car je finance mon projet perso ? Est-ce que je suis prête à sacrifier mes autres loisirs pour me consacrer au cheval ?...

Arrivée à la fin de mon dossier, autant le dire, j'étais désespérée. Les chiffres semblaient astronomiques, mon budget ridicule et certaines questions ne trouvaient pas de réponse. Le seul avantage, c'est que je savais désormais à quoi m'attendre précisément. Mais comme les chiffres, on leur fait dire ce que l'on veut, j'ai filouté un peu pour pousser les murs : économiser encore quelques mois malgré l'impatience, être moins regardante sur la cagnotte de secours, revoir à la baisse mes critères et donc mon budget d'achat et grâce au ciel avoir LA proposition de pension dont je rêvais chez Coach... et le miracle se produisit: 8 mois après le début de tout ce projet, tout finissait par rentrer dans mon budget. Ça tenait au poil de fesse, c'était risqué... mais ça se tentait.



Étape 3 : la Peur


Je pensais que lorsque arriverait ce moment, je sauterais de joie, je pensais que je m’engouffrerais dans la moindre ouverture me permettant d'atteindre mon rêve... Mais là encore, non. Décidément, rien n'aura jamais été simple ou comme prévu dans cette aventure ! J'y étais, j'y étais enfin pour de bon, si je le voulais, je pouvais me lancer dans l'achat. Mais j'avais peur. Je me sentais comme au bord d'une falaise: après avoir couru si longtemps vers la sommet, après avoir eu tant envie de sauter, je restais là à tanguer au bord, n'osant plus faire ce dernier pas. Acheter mon cheval, c'était le projet qui avait guidé toute ma vie (choix de mes études, de mon lieu d’habitation...), un rêve tellement énorme que j'avais maintenant peur de le réaliser. Et puis c'était une telle responsabilité financière ! Et en terme de temps ! Est-ce qu'au final c'est ce que je voulais ? Est-ce que j'étais prête pour ça ? Et comment je choisirais mon futur cheval ? Comment je serais sûre que c'est le bon ? Et si ça se passait mal ? Et si je perdais mon job ? Et si, et si, et si ?

Vous l'avez compris: panique à bord, j'étais dépassée. Alors je me suis fixée début 2018 pour me lancer. Quelques mois d'attente en plus pour affirmer ma décision et économiser encore... et surtout me rassurer. Mais j'étais maintenant si proche de mon but que ça m'obsédait, pire: je m'en rendais malade. Je ne pensais plus qu'à ça, j'avançais puis reculais l'échéance sans cesse, incapable de me décider, noyée dans un torrent de sentiments contradictoires. Dans un tel état de stress, j'ai fini par demander conseil autour de moi, à Coach, mes parents, mon Chéri. Qui ont été unanimes: j'avais bien étudié la question, je m'étais préparée au pire, il n'y avait plus qu'un moyen de savoir si ça pouvait marcher. C'était de me lancer. Qu'est-ce que je risquais ? J'étais entourée et chaque problème qui pourrait se présenter serait traité l'un après l'autre, en temps et en heure. Rien ne sert de s’inquiéter d'avance et de chercher les conditions optimales: on a qu'une vie, il faut se lancer avant qu'il ne soit trop tard. Le moment idéal n'existe pas, c'est nous le choisissons. Des mots qui m'ont suffisamment tranquillisée pour que je me m'imagine à ce moment-là attendre sagement janvier 2018 comme je l'avais prévu, mais en réalité, la suite vous la connaissez...

Easy Money, trotteur français réformé des courses.
Easy qui se marre bien en sachant que j'ai fini par ne suivre aucun des plans établis...



Le dernier mot Jean-Pierre...


Bref, tout ce récit pour donner espoir à ceux qui sont dans la situation dans laquelle j'étais il y a encore pas si longtemps. Quand on attend ce jour béni où l'on deviendra propriétaire, le temps semble horriblement long, on a l'impression qu'on y arrivera jamais mais il ne faut pas renoncer ! Travail et patience finissent toujours par payer. Il y a eu des moments pas simples et j'aurais tellement souhaité l'avoir plus jeune, mais je suis désormais fière de m'être payée et d'assumer mon cheval totalement seule.

Cet article vaut aussi comme conseil et mise en garde: se lancer dans un achat n'est pas anodin, peut-être un parcours semé d’embûches plus pénible que joyeux, et il faut bien s'y préparer ! J'entends psychologiquement, matériellement et financièrement. Car même si je ne suis pas un exemple à suivre - car en lisant entre le lignes, vous comprendrez que je me suis lancée avec un budget restreint (d'où les sueurs froides et questionnements), sans vraie soupape de sécurité et en revoyant carrément mes critères d'achat à la baisse pour me lancer sans tarder - j'avais bien conscience d'où je mettais les pieds et des risques.

Fort heureusement jusqu'ici tout se passe bien, je vis comme avant et je dépense moins pour Easy que ce que j'avais calculé ! Comme quoi, rien ne servait de s'angoisser, si ce n'est qu'avoir envisagé le pire m'a évité de mauvaises surprises à l'arrivée. Quand bien même, je vous conseille de vous lancer avec plus de moyens que moi, je pense que ça permet de mieux vivre cette aventure, surtout si vous êtes beaucoup un peu stressés de nature comme moi. Enfin ce que je retiens au désormais, c'est que le cauchemar de l'achat a bel et bien laissé place au rêve d'avoir mon bel équidé à mes côtés.














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5 commentaires:

  1. Et là, je suis bien heureuse de ne pas avoir eu l'occasion de réfléchir à l'achat, sinon je ne sais pas si je me serais lancée. Et c'est vrai que c'est parfois compliqué financièrement, mais ils en valent tellement le coup.
    Et contente pour toi que cette période se soit enfin et bien terminée!

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    1. Enfaite je pense que c'est ce juste équilibre qu'il faut trouver: être prêt à l'achat en ayant bien étudié ce que ça implique mais ne pas non plus se poser trop de questions !
      Quand j'ai parlé sur un forum de mon dossier, la moitié des cavaliers m'ont répondu que s'ils avaient fait autant de calculs, ils ne se seraient fait peur et n'auraient pas acheté ahah. Et pourtant, tout va bien pour tout le monde ! :)

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  2. Drôle on a un peu la même histoire jusqu'à un point : j'ai attendu de finir mes études, j'ai décroché le CDI (que j'appelle aussi Saint Graal lol) et j'ai aussitôt acheté mon cheval. Mais j'ai pas mis 4000 e de budget. J'ai visé moins haut et même si certains mois sont difficiles, j'ai toujours réussi. Faut juste se lancer ! Et je n'ai jamais eu peur :)

    Je suis contente que tu ais réussi dans ton projet, c'est super !

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    1. Je pense que j'aurais été chez mes parents, dès la signature du contrat je me serais lancée... Mais en réalité quand j'ai signé, ça ne faisait pas si longtemps que j'étais en ménage et déjà ça, ça représentait des grosses dépenses qui font peur (bonjour l'électroménager à changer !) :p
      Je suis une stressée de nature, surtout pour tout ce qui touche au financier, ça peut déraper tellement vite et ma peur c'est de ne pas pouvoir assurer pour mes animaux en cas de pépin...
      Je mets toujours du temps à prendre une décision mais bizarrement une fois que c'est fait, c'est bon je fonce !

      Je te rassure, comme je l'ai dis dans l'article, j'ai revu largement mes critères à la baisse pour pouvoir me lancer sans attendre. Du coup, Easy ne m'a pas coûté 4000€ (ni même 2000€ ahah) ;)

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    2. Du moment que tu vis ton rêve, j'ai envie de dire, c'est TOP MOUMOUTE :p

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