12 oct. 2017

Les cavaliers, de mauvais sportifs ?

L’automne commence à peine qu’on sent déjà l’odeur de raclette au coin de la rue et bim, je vous sors un article sur le sport pour vous rappeler à de bonnes résolutions et vous faire culpabiliser un peu d’avoir mis dans votre caddie ces 3 kg de fromage. Encore une fois je ne vais pas faire l’unanimité mais j’avais envie de vous parler de ma vision de l’équitation en tant que sport et de comment il est pratiqué.



L'équitation, un vrai sport ?


Si on faisait la liste des sports les plus remis en cause quant à leur investissement physique, l’équitation classique figurerait sûrement dans la tête de liste. « Ce n’est pas un vrai sport, c’est le cheval qui fait tout » : combien cette remarque faite en riant ou sérieusement a pu nous faire bondir, mais au final, n’y aurait-il pas un fond de vérité ? Car ne nous voilons pas la face : le vrai sportif du duo, c’est bien le cheval qui court, qui saute, qui porte, qui tire, qui se tortille. C’est lui qui accomplit tous les efforts visibles et les plus difficiles, puisqu’on lui demande non seulement de se dépasser physiquement, mais aussi de le faire avec le handicap d’un poids parfois gênant à porter (cavalier maladroit). Pour accomplir cet exploit sans se blesser, il est indispensable que sa condition physique (endurance et musculature) soit exemplaire.

Et le cavalier dans tout ça alors ? Pour suivre le cheval dans ses efforts sans l’entraver, cela lui demande de l’équilibre, du tonus musculaire, de la souplesse, et ce, de la part de quasiment tout le corps, même si les cuisses, les abdos et les dorsaux sont les groupes musculaires les plus sollicités lors de la pratique de l’équitation. Tenir son dos droit demande des abdos et un dos fort, tenir en selle un corps tonique pour encaisser les secousses, trotter enlevé sollicite les cuisses et les fesses… Pour plus de détails, une liste complète des muscles mobilisés suivant le mouvement demandé en selle est disponible ici.

Ces efforts ne sont pas violents mais exigent un gainage des muscles profonds du corps, un gainage posturale puisqu’on fait varier sa position dans une multitude de nuances pour accompagner les mouvements de sa monture. Sans compter le cardio qui est nécessaire pour maintenir tous ces efforts pendant une heure voire plus. Et si on ajoute à cela tous les exercices imposés hors du temps passé en selle comme curer les box, balayer, faire des allers-retours entre écurie et prés, le transport de l’équipement et de la nourriture… On arrive au final à une pratique physique d’intensité certes moyenne, mais assez complète.

La voltige, véritable sport équestre.
Bon, il y a des disciplines pour lesquelles on se pose moins de questions que d'autres...
Crédit: Giphy.com



Problème de sport ou problème de pratique ?


Selon la définition du Larousse, un sport est une « activité physique visant à améliorer sa condition physique » et un « ensemble des exercices physiques se présentant sous forme de jeux individuels ou collectifs, donnant généralement lieu à des compétitions, pratiqués en observant certaines règles précises ». D’après ce qu’on a vu précédemment, l’équitation répond bien à la seconde définition, puisqu’il y a bien effort physique de la part du cavalier pouvant être reproduit en compétition et réglementé. Mais qu'en est-il de la première définition… ? Est-ce que les cavaliers se mettent à monter à cheval dans le but d’améliorer, d’entretenir leur condition physique ? 

Au fond, on s’en moque un peu de savoir si l’équitation répond parfaitement à la définition de sport. C’est simplement que cette réflexion me permet d’exposer le constat qui m’a inspiré cet article : si l’équitation est un sport, les cavaliers ne sont pas des sportifs. Pourquoi ? Car majoritairement, ils ne se comportent pas comme tels et ne se préoccupent pas assez de leur condition physique. Bien souvent, on ne s’échauffe pas avant de monter, on ne s’étire pas après, on ne s’entretient pas en dehors des séances d’équitation, bref on ne fait rien pour se préparer et optimiser notre façon de monter ! J'en ai fait l'expérience récemment: étant en retard, on a détendu ma jument pour moi et aussitôt arrivée aux écuries, j'ai commencé le travail avec elle. Eh bien j'ai été moins performante dans ma monte que d'habitude, tout simplement car je n'avais pas eu le temps d'échauffer mon corps en même temps que ma monture en début de séance ! Si elle était prête à travailler, je ne l'étais pas. J'en suis venue à me redire pour la 100ème fois que je serais plus disponible et plus efficace en selle si je commençais par m'échauffer à pied... ce qui est l'évidence même. L'équitation est un sport et à ce titre il demande une vraie préparation physique des deux athlètes. C'est logique, on le sait et pourtant on ne le fait pas par manque d'habitude, parce que ça n'est malheureusement presque jamais enseigné en club (en tout cas en équitation classique), par paresse... et plus étonnant (et aberrant), ce phénomène touche même le haut niveau.

Stage de préparation physique et sportive du cavalier.
La préparation physique du cavalier classique est si peu questionnée qu'il faut aller chercher
dans des initiatives isolées de stage pour avoir des réponses complètes !
Crédit: Page Fbk "Le cavalier est un sportif"



Les bienfaits de l'entretien physique pour les cavaliers


Alors bouh c'est pas bien, nous cavaliers ne prenons pas assez soin de notre corps, mais plus que de le savoir, encore faut-il s'en convaincre pour trouver la motivation de s'y mettre. Alors je vous ai préparé une petite liste non exhaustive des bienfaits de l'échauffement, de l'étirement et de la pratique d'un sport complémentaire.

  • Protéger son corps: s'échauffer permet d'éviter de se faire mal en demandant un effort trop intense et trop vite aux muscles (claquage). S'étirer permet une meilleure récupération et d'éviter les courbatures. Et se muscler grâce à un sport complémentaire (musculation, fitness, natation...) prévient l'apparition de douleurs diverses. Par exemple, pour les gens qui ont mal au dos après une heure de dressage, faire du gainage (renforcement de la sangle abdominale) et muscler ses dorsaux permettra de "gainer" la colonne: quand le dos est fatigué, ce sont les abdominaux qui prennent le relais et permettent de se tenir droit. Avec des muscles plus forts et endurants, se tenir bien droit est plus facile et évite de se blesser avec une mauvaise position. Plus généralement, des muscles développés soutiennent et enveloppent mieux le squelette, les articulation, les tendons et les protègent donc en cas de chute ! 
  • Améliorer son endurance: enchaîner plusieurs fois un parcours d'obstacle, répéter encore et encore une reprise de dressage, tenir tout un tour de cross ; ça demande du souffle, surtout sur des chevaux avec beaucoup d'énergie ou au contraire très froids ! Alors quoi de mieux qu'un peu de course à pied, de vélo ou de natation pour améliorer son cardio, ses capacités respiratoires, en bref son endurance, pour tenir le rythme ? 
  • Gagner en tonicité et en équilibre: il n'y a que les non-équitants pour imaginer qu'on se tient en selle comme on se tient dans son fauteuil devant la télé. À cheval, il faut avoir un corps alerte, tendu sans contraction, tonique pour se faire léger en selle et capable de suivre et réagir sans heurt aux mouvements de son cheval. Et pour ça, il faut endurcir ses muscles tout en travaillant sa souplesse et sa réactivité, un peu à l'image des footballeurs qui doivent courir à petits pas très très rapides pour placer leurs pieds dans de petits cerceaux. 
  • Améliorer la connexion entre son corps et son esprit: la pratique d'un sport exigeant plus d'implication et de mouvements du corps que l'équitation permet de faire bouger des muscles qu'on a parfois oublié ou d'en découvrir de nouveaux (tmtc quand une courbature à un endroit improbable se fait connaitre), de faire le point sur ses forces et ses faiblesses et d'améliorer sa proprioception (perception de la position des différentes parties de son corps et repérage de ses membres dans l'espace). Mieux connaitre son corps, c'est savoir mieux l'utiliser. Et quand on sait la finesse qu'exige l'équitation (peser plus sur une fesse, fermer ses doigts, redresser légèrement les épaules), améliorer sa sensibilité, la qualité de ses ressentis, la maîtrise de son corps ne peut être qu'un atout. 
  • Garder la ligne: pas simplement pour pourvoir parader en maillot de bain l'été sur la plage, mais bien pour soulager d'un poids son cheval. Je ne vais pas revenir sur la question du poids des cavaliers, mais il n'y a pas à tortiller: moins le cheval a à porter, mieux il se porte justement. 100 kg toniques, ça reste 100 kg quand même et les efforts physiques pour le cheval sont plus éprouvants que s'il ne portait que 60 kg. D'autant qu'on sait que le cheval est un animal plus tracteur que porteur et que son dos est comme un pont entre deux piliers: rien pour le soutenir à part sa musculature, donc très fragile ! Plus on le soulage, plus il pourra être performant. Alors le but n'est pas que tous les cavaliers pèsent 50 kg, mais bien que tous nous fassions l'effort par respect pour nos chevaux de rester au plus près de notre poids de forme (qui dépend de la taille, la morphologie naturelle, la santé etc de chacun). Et nos genoux nous en remercierons: ce sont les premiers à souffrir du surpoids qui est d'autant plus dangereux en équitation où nous sollicitons énormément les articulations et ligaments des genoux ! 
L'équitation est un sport mais les cavaliers ne sont pas des sportifs.
Sport, échauffement, étirements: des basiques à intégrer à notre quotidien équestre !



Le dernier mot Jean-Pierre...


Bon, en résumé: l'équitation est bien un sport mais s'il n'a pas cette image, c'est certainement parce que nous, cavaliers, ne nous comportons pas en sportifs. Notre copie est à revoir, non seulement pour notre bien (comme développé en 3ème partie de cet article) mais aussi pour celui de notre cheval ! Prendre soin de notre corps, c'est prendre soin de celui de notre monture car nous lui transmettons toutes nos défaillances. Si vous avez mal quelque part, vous allez changer votre position pour soulager la zone douloureuse, donc changer l'équilibre de votre cheval qui va devoir compenser également de son côté. Si par exemple vous êtes bloqués à droite, vous bloquerez également le mouvement de votre cheval de ce côté. Si vous n'avez pas de souffle, vous devrez écourter votre séance (ou alors continuer avec une monte qui se dégrade car le corps ne suit plus) donc ralentir la progression de votre monture. Bref, l'équitation est bien un sport d'équipe où il vaut mieux que chaque membre soit au même niveau. Et c'est bien dommage que cela ne soit pas plus souvent enseigné.

Personnellement, je cours une fois par semaine (parfois deux, entre 5 et 10 km chaque sortie) et je fais régulièrement des séances de renforcement musculaire. Comparé à la période lointaine où je ne faisais aucun sport en dehors de l'équitation, j'ai remarqué que: je n'ai plus de courbatures en fin de grosses séances, j'ai plus d'endurance en selle et les jambes plus toniques, j'ai le dos qui se redresse de plus en plus en dressage et mes douleurs aux épaules (restant de tendinites chroniques qui réapparaissaient parfois en selle) ont totalement disparues ! Il me reste à inclure des échauffements à pied avant de monter en selle et une visite annuelle chez l'ostéo et je serai pas mal. Je reviendrai d'ailleurs prochainement avec un article spécial échauffement et en attendant, n'hésitez pas à partager vos expériences en commentaire et à indiquer le sport que vous pratiquez en parallèle de l'équitation !







8 commentaires:

  1. J'ai cru que c'était ta participation à la Cavalcade de ce mois-ci au début tellement t'es dans le thème!
    Ça compte comme échauffement le pansage?
    Et pour le côté "activité physique cherchant à améliorer sa condition physique", je dirais que c'est pas pour rien qu'on utilise l'équitation en équitherapie pour les personnes ayant des problèmes moteurs, en fait ça fait bosser plein de muscles.
    Mais bon,faudrait quand même que je me remettes au sport XD

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    1. Ah oui ? Je n'ai même pas vu le thème du mois ! Qui l'organise ?

      Et d'après les HN: oui, le pansage bien actif (faire de grands gestes en étrillant etc) est un début d'échauffement :p Mais je vais revenir sur ce sujet !

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    2. C'est sur "votre définition de l'athlète heureux", chez Pauline, D'un cheval l'autre
      https://dunchevalautre.com/cavalcade-des-blogs-votre-definition-de-lathlete-heureux/

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  2. article très complet et qui apporte beaucoup je trouve. Je me suis aussi rendue compte récemment que pratiquer un sport en plus de l'equitation ne pouvait que m'améliorer une fois à cheval! Pour moi ce constat est venu avec l'aquabike: je trouve que la position sur le vélo (en suspension la plupart du temps) renforce exactement les muscles qui nous servent ensuite à cheval + le cardio donc c'est très complémentaire, et j'ai été ravie de découvrir ce sport (même si je préfère 1000 fois être en selle bien sûr!)

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    1. Merci pour ton avis ! :)

      Aquabike, pas mal comme idée ! Je pense aux gens qui ont des soucis d'articulations (genou, cheville): ça peut être pas mal pour renforcer les muscles sans se faire mal (l'eau permettant de se soulager du poids du corps)... (Hélène, si tu me lis)

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  3. Bravo pour cet article très complet ! Qui en plus m'a permis de connaitre ton blog :)
    Il se trouve justement que c'est un des thèmes principaux que je développe sur mon blog : https://les-supers-cavaliers.com/ grâce auquel j'espère participer également à une prise de conscience des cavaliers sur l'importance de la préparation physique pour améliorer leur progression, leurs performances, leur bien-être ainsi que celui de leur cheval :)

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    1. Merci beaucoup !
      Et du coup je découvre également ton blog grâce à ton commentaire. J'ai survolé pour le moment mais je vais prendre le temps d'aller lire prochainement ;) (d'autant que je prépare l'article sur l'échauffement)

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  4. Excellent article !
    A une période je perdait facilement mon souffle et avait peu d'endurance lors des parcours en CSO, faire du vélo a vite améliorer tout ça. Je fait désormais plus de sport en plus de l'équitation, et c'est vrai que maintenant, j'ai une meilleure condition physique et je récupère mieux des grosses séances à cheval (sous la chaleur)

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