20 juil. 2017

Changer le statut du cheval en "animal de compagnie" ? Merci mais non merci.

Brigitte Bardot en avait parlé. Des politiques l'avaient proposé. A l'approche de la Présidentielle, cela a été remis sur le tapis (par Nicolas Dupont-Aignan notamment). De quoi je parle ? De la proposition de changement de statut du cheval pour le faire entrer dans la catégorie "animal de compagnie". A chaque fois cela a été refusé et pour moi c'est tant mieux car non, je ne souhaite pas que mon cheval devienne mon animal de compagnie.



Le cheval de compagnie, un danger pour la filière équestre ?


Le cheval est actuellement considéré par la loi comme un animal de rente, c'est-à-dire un animal élevé ou gardé pour sa rentabilité, à la base via "la production de denrées alimentaires, de laine, de peaux ou d'autres fins agricoles". Nous sommes bien d'accords que cette définition ne convient plus à la situation actuelle du cheval. Bien que la majorité des chevaux soient toujours utilisés dans l'optique d'être rentables (vendre cher un poulain avec de bons papiers, gagner de l'argent en faisant des résultats en concours, trouver une cavalerie gentille et résistante pour faire tourner un club), c'est désormais au travers d'une utilisation sportive et de loisir qui fait entrer une dimension affective et émotionnelle dans l'équation. Le cheval ne joue plus dans le même cour que les autres animaux "agricoles".

Mais pour autant, peut-on dire que le cheval est un animal de compagnie ? Un "animal détenu par l'homme pour son agrément et en tant que compagnon" comme un chien ou un chat ? La réponse est oui... dans une certaine mesure. S'il est improbable d'imaginer son cheval lové sur son tapis de salon, il est tout à fait possible d'en posséder un pour le simple plaisir de profiter de sa présence (comme le font les "équi-piétons"). Alors la question est réglée ? Pas vraiment. Catégoriser le cheval comme animal de compagnie permettrait de reconnaître que la valeur affective est plus importante que la valeur marchande dans la relation qu'entretiennent les cavaliers avec leurs chevaux. Ce qui serait appréciable, mais qui n'est pas la motivation première des personnes qui demandent ce changement de statut. Non, leur but est simplement d'exclure définitivement les chevaux de la consommation humaine et animale, car on ne peut pas manger un animal de compagnie. Un projet beau mais utopique: la France n'est pas prête à se passer de viande chevaline du jour au lendemain et si on ne peut plus la produire sur place, que fera-t-on ? On augmentera les importations de chevaux venus d'on ne sait d'où dans des conditions plus qu’effroyables. Et si on ne peut plus consommer de viande de cheval du tout, on peut dire bye bye à la majorité des races de trait (quid de la diversité génétique ? Les traits ont leur place ailleurs que dans nos assiettes, mais l'évolution est (trop) lente...). Bref, je ne suis pas sûre que ce soit la solution idéale.

Cheval de trait sur un carré de dressage.
Des champs de labour aux manèges, la place du cheval a et continue d'évoluer..
Crédit: cyberhorse.net.au

Sans compter que ce changement de statut pourrait provoquer d'autres "dommages collatéraux" non négligeables: la Convention Européenne pour la Protection des Animaux de Compagnie stipule dans son article 7 "aucun animal de compagnie ne doit être dressé d'une façon qui porte préjudice à sa santé et à son bien-être, notamment en le forçant à dépasser ses capacités ou sa force naturelles ou en utilisant des moyens artificiels qui provoquent des blessures ou d'inutiles douleurs, souffrances ou angoisses"En soi, cet article vise à protéger les animaux de tout abus, ce qui est très bien, mais il est trop ouvert à l'interprétation dans le milieu équestre. Est-ce qu'une cravache, des éperons ou même un mors un peu sévère ne seraient pas considérés comme des "moyens artificiels" à proscrire, quand bien même ils sont en réalité des outils de précision quand bien utilisés ? De même, le dressage, le CSO, le CCE à partir d'un certain niveau ne seraient-ils pas considérés comme pouvant porter préjudice à la santé et au bien-être des chevaux ? Ou tout simplement le fait de monter sur le dos de nos équidés, ne serait-ce pas déjà dépasser les capacités ou forces naturelles du cheval (quand on sait que, d'après des études, la majorité des chevaux ont mal au dos) ? Que dire des courses hippiques, qui cumulent à la fois effort physique intense et jeu d'argent ?... Cette place laissée au jugement de chacun pourrait signer la fin de bien des disciplines.



"De compagnie", une classification trop réductrice


En dehors de ces considérations d'ordre légal, la classification du cheval en "animal de compagnie" ne me convient pas car je trouve que le terme "de compagnie" et sa définition (qui précise parfois de faire vivre l'animal sous son toit) ne correspondent pas à la réalité et surtout, sont trop réducteurs.

Je vois la classification "de compagnie" comme minimisant la potentielle dangerosité de détenir un tel animal sans connaissances. "De compagnie", cela revient pour moi à le mettre sur le même plan que n'importe quel autre animal domestique alors que ses besoins et les connaissances nécessaires à son bien-être sont bien différents et plus complexes ! Je ne voudrais pas que l'on en vienne à se dire qu'on peut acheter un cheval aussi facilement qu'une souris: on voit déjà les dégâts que peuvent causer un néophyte en achetant un NAC (maltraitance, négligence, mauvaise éducation)... imaginez avec un animal encore plus coûteux, imposant et puissant ! Cette banalisation du cheval est d'autant plus dangereuse que l'on a déjà affaire, selon moi, à un phénomène "d'amateurisation" parmi les cavaliers. Nous (je m'inclue donc également) ne sommes plus capables de nous débrouiller seuls pour la gestion d'un cheval: nous sommes entourés d'une armée de plus en plus imposante de spécialistes (pareur, maréchal, vétérinaire, ostéopathe, dentiste, masseur, algo-thérapeute, pratiquant de shiatsu, kinésithérapeute, saddle fitter...) pour faire de la bobologie et ce sont les gérants et palefreniers qui gèrent le quotidien et les bases (nourrir le cheval avec quoi et comment, faire son box correctement, entretenir sa pâture, faire un planning d'entrainement cohérent...). Je ne remets pas en cause tous ces professionnels du milieu, qui ont bien une raison d'être, mais je déplore le fait que nous, cavaliers, devenions des assistés (à des degrés plus ou moins élevés, bien entendu) qui ont perdu l’œil, le savoir-faire, la réflexion, les connaissances des anciens "hommes et femmes de cheval". Aujourd'hui, on se laisse guider par d'autres et par la norme: débourrage à 3 ans car "c'est comme ça", ferrage systématique, nourrit avec le grain de l'écurie sans se poser d'autre question, on s'en remet aveuglement à des "pros" car ils ont la bonne étiquette...

Cheval de compagnie, bonne ou mauvaise idée ?
Plus nous en sommes proche, plus nous nous en éloignons ? - Crédit: Google Image

Mais plus encore, je vois le terme "de compagnie" comme une méconnaissance du lien si particulier qui unit un cavalier à son cheval. J'ai tendance à penser qu'un chat, un chien nous tiennent bel et bien compagnie car ils sont présents au quotidien comme des amis, des membres de la famille. La relation avec le cheval est différente, plus consciente et plus impliquante puisqu'on choisit quand et combien de temps on lui consacre. Le cheval n'est pas en permanence à nos côtés, dans notre paysage: il a le droit à des moments qui lui sont pleinement consacrés, à lui et lui seul. Un peu comme un début de relation amoureuse, et c'est bien pour ça que l'on parle si souvent de "passion" pour les chevaux. Et le lien qui en résulte n'est semblable à aucun autre tissé avec d'autres espèces. On fait corps avec son cheval, dans tous les sens du terme: on partage des ressentis, des émotions, des sensations. On propose, on discute, on échange. On se détend, on travail, on se dépasse. Il voit en nous et on se voit en lui. Son corps devient un prolongement du nôtre. Aucune relation homme-animal n'est aussi ancienne et intime que celle-ci. Le cheval n'est plus une part de notre entourage, il est une part de nous. Un cheval sans cavalier reste un cheval, mais un cavalier sans cheval n'est plus rien. C'est difficile de mettre des mots sur quelque chose qui se ressent mais je pense que vous m'avez compris: le cheval est tellement plus qu'une simple "compagnie".



Le dernier mot Jean-Pierre...


Il est difficile en un seul article (pourtant long) de décrire précisément le fond de ma pensée avec toutes ses nuances. Le portrait que je dresse des cavaliers d'aujourd'hui n'est pas flatteur (mais le trait volontairement grossi) et ma façon de voir les choses risque de ne pas plaire à tout le monde: ce n'est pas une vérité absolue mais bien une réflexion tout à fait personnelle... et qui peut encore évoluer. D'autant que ma vision, je le reconnais, est biaisée par mon désir égoïste de continuer librement à monter à cheval et à pratiquer toutes sortes d'activités en selle. Car je pense que cela reste compatible avec le respect de l'intégrité des équidés, que cela n'empêche pas de les aimer profondément et de les rendre heureux. Bref, d'autres lois et notamment la reconnaissance par l'Assemblée Nationale le 28 janvier 2015 des animaux comme "êtres vivants doués de sensibilité"(nouvel article 515-14 du Code civil) œuvrent déjà à protéger le cheval et à le faire reconnaître comme étant plus qu'un objet de rente. Mais je ne souhaite pas pour autant qu'il devienne un simple objet d'admiration et être amputée d'une partie de tout ce qu'il peut m'apporter, en selle comme à pied. La solution serait-elle dans la création d'un nouveau statut ?...














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3 commentaires:

  1. Au top cet article MaryLou :) !
    Je suis plutôt en accord avec tout ce que tu dis. En revanche, la création d'un nouveau statut pour le cheval me semble très compliqué tant le monde du cheval est éclaté, il y a tellement d'univers différents, avec des personnes différentes, des "disciplines" différentes, de structures différentes. Dur dur d'harmoniser tout ça, il me semblerait plus judicieux de réguler chaque monde équestre avec des lois spécifiques en fonction des usages et des "fonctions" des équidés concernés.
    En tout cas, j'adore, je me posais justement aussi cette question, l'article tombe à pic tu as bien organisé tes idées et ton argumentation ;)

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    1. Merci beaucoup pour tous ces gentils compliments ! :D

      Effectivement, le plus judicieux serait de pouvoir statuer au cas par cas, mais ça me semble aussi peu réalisable que de trouver un nouveau statut pour l'ensemble des chevaux...

      Mais je viens d'apprendre par Cavali'erre qu'en Suisse ce sont les propriétaires qui choisissent de déclarer leurs chevaux comme "animaux de rente" ou "animaux de compagnie". Je trouve cette liberté d'action intéressante, après il faudrait savoir précisément ce que cela change dans l'utilisation ou les devoirs envers l'équidé.

      Bref, je pense qu'on doit être pas mal de cavaliers à s'interroger à ce propos. Mais si je sais que je ne veux pas que mon cheval soit considéré comme un animal de compagnie, je n'ai pas d'autre proposition à avancer pour le sortir de la case "animal de rente"... :/

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  2. Hello ! Wahou super article & réflexion très intéressante !
    Pour ma part je suis entièrement d'accord avec toi ! Le cheval n'est pas un animal de compagnie. Je suis déjà absolument contre l'humanisation des chevaux. Un cheval reste un animal dangereux et il doit être traité comme tel.
    Il est vrai que les cavaliers d'aujourd'hui ne sont plus aussi connaisseurs et aussi exigeants envers leur chevaux. Maintenant on achète un cheval comme on achète une baguette de pain & je trouve que c'est n'importe quoi ! Il faut avoir tellement de connaissances et d'expérience pour acquérir un cheval. Il ne faut pas oublier que l'utilisation première du cheval est purement professionnel ; en agriculture pour labourer la terre ou pour en faire des steacks (désolé d'être crue ^^). Donc le cheval n'est ni plus ni moins qu'une vache sur laquelle on monte. Alors je veux bien qu'il y ait une évolution de la relation homme-cheval mais on peut s'attacher à un dada autant qu'à une vache ! Bref pour moi la question ne se pose pas.
    J''ai hâte de lire ton prochain article !

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