20 juil. 2017

Changer le statut du cheval en "animal de compagnie" ? Merci mais non merci.

Brigitte Bardot en avait parlé. Des politiques l'avaient proposé. A l'approche de la Présidentielle, cela a été remis sur le tapis (par Nicolas Dupont-Aignan notamment). De quoi je parle ? De la proposition de changement de statut du cheval pour le faire entrer dans la catégorie "animal de compagnie". A chaque fois cela a été refusé et pour moi c'est tant mieux car non, je ne souhaite pas que mon cheval devienne mon animal de compagnie.



Le cheval de compagnie, un danger pour la filière équestre ?


Le cheval est actuellement considéré par la loi comme un animal de rente, c'est-à-dire un animal élevé ou gardé pour sa rentabilité, à la base via "la production de denrées alimentaires, de laine, de peaux ou d'autres fins agricoles". Nous sommes bien d'accords que cette définition ne convient plus à la situation actuelle du cheval. Bien que la majorité des chevaux soient toujours utilisés dans l'optique d'être rentables (vendre cher un poulain avec de bons papiers, gagner de l'argent en faisant des résultats en concours, trouver une cavalerie gentille et résistante pour faire tourner un club), c'est désormais au travers d'une utilisation sportive et de loisir qui fait entrer une dimension affective et émotionnelle dans l'équation. Le cheval ne joue plus dans le même cour que les autres animaux "agricoles".

Mais pour autant, peut-on dire que le cheval est un animal de compagnie ? Un "animal détenu par l'homme pour son agrément et en tant que compagnon" comme un chien ou un chat ? La réponse est oui... dans une certaine mesure. S'il est improbable d'imaginer son cheval lové sur son tapis de salon, il est tout à fait possible d'en posséder un pour le simple plaisir de profiter de sa présence (comme le font les "équi-piétons"). Alors la question est réglée ? Pas vraiment. Catégoriser le cheval comme animal de compagnie permettrait de reconnaître que la valeur affective est plus importante que la valeur marchande dans la relation qu'entretiennent les cavaliers avec leurs chevaux. Ce qui serait appréciable, mais qui n'est pas la motivation première des personnes qui demandent ce changement de statut. Non, leur but est simplement d'exclure définitivement les chevaux de la consommation humaine et animale, car on ne peut pas manger un animal de compagnie. Un projet beau mais utopique: la France n'est pas prête à se passer de viande chevaline du jour au lendemain et si on ne peut plus la produire sur place, que fera-t-on ? On augmentera les importations de chevaux venus d'on ne sait d'où dans des conditions plus qu’effroyables. Et si on ne peut plus consommer de viande de cheval du tout, on peut dire bye bye à la majorité des races de trait (quid de la diversité génétique ? Les traits ont leur place ailleurs que dans nos assiettes, mais l'évolution est (trop) lente...). Bref, je ne suis pas sûre que ce soit la solution idéale.

Cheval de trait sur un carré de dressage.
Des champs de labour aux manèges, la place du cheval a et continue d'évoluer..
Crédit: cyberhorse.net.au

Sans compter que ce changement de statut pourrait provoquer d'autres "dommages collatéraux" non négligeables: la Convention Européenne pour la Protection des Animaux de Compagnie stipule dans son article 7 "aucun animal de compagnie ne doit être dressé d'une façon qui porte préjudice à sa santé et à son bien-être, notamment en le forçant à dépasser ses capacités ou sa force naturelles ou en utilisant des moyens artificiels qui provoquent des blessures ou d'inutiles douleurs, souffrances ou angoisses"En soi, cet article vise à protéger les animaux de tout abus, ce qui est très bien, mais il est trop ouvert à l'interprétation dans le milieu équestre. Est-ce qu'une cravache, des éperons ou même un mors un peu sévère ne seraient pas considérés comme des "moyens artificiels" à proscrire, quand bien même ils sont en réalité des outils de précision quand bien utilisés ? De même, le dressage, le CSO, le CCE à partir d'un certain niveau ne seraient-ils pas considérés comme pouvant porter préjudice à la santé et au bien-être des chevaux ? Ou tout simplement le fait de monter sur le dos de nos équidés, ne serait-ce pas déjà dépasser les capacités ou forces naturelles du cheval (quand on sait que, d'après des études, la majorité des chevaux ont mal au dos) ? Que dire des courses hippiques, qui cumulent à la fois effort physique intense et jeu d'argent ?... Cette place laissée au jugement de chacun pourrait signer la fin de bien des disciplines.



"De compagnie", une classification trop réductrice


En dehors de ces considérations d'ordre légal, la classification du cheval en "animal de compagnie" ne me convient pas car je trouve que le terme "de compagnie" et sa définition (qui précise parfois de faire vivre l'animal sous son toit) ne correspondent pas à la réalité et surtout, sont trop réducteurs.

Je vois la classification "de compagnie" comme minimisant la potentielle dangerosité de détenir un tel animal sans connaissances. "De compagnie", cela revient pour moi à le mettre sur le même plan que n'importe quel autre animal domestique alors que ses besoins et les connaissances nécessaires à son bien-être sont bien différents et plus complexes ! Je ne voudrais pas que l'on en vienne à se dire qu'on peut acheter un cheval aussi facilement qu'une souris: on voit déjà les dégâts que peuvent causer un néophyte en achetant un NAC (maltraitance, négligence, mauvaise éducation)... imaginez avec un animal encore plus coûteux, imposant et puissant ! Cette banalisation du cheval est d'autant plus dangereuse que l'on a déjà affaire, selon moi, à un phénomène "d'amateurisation" parmi les cavaliers. Nous (je m'inclue donc également) ne sommes plus capables de nous débrouiller seuls pour la gestion d'un cheval: nous sommes entourés d'une armée de plus en plus imposante de spécialistes (pareur, maréchal, vétérinaire, ostéopathe, dentiste, masseur, algo-thérapeute, pratiquant de shiatsu, kinésithérapeute, saddle fitter...) pour faire de la bobologie et ce sont les gérants et palefreniers qui gèrent le quotidien et les bases (nourrir le cheval avec quoi et comment, faire son box correctement, entretenir sa pâture, faire un planning d'entrainement cohérent...). Je ne remets pas en cause tous ces professionnels du milieu, qui ont bien une raison d'être, mais je déplore le fait que nous, cavaliers, devenions des assistés (à des degrés plus ou moins élevés, bien entendu) qui ont perdu l’œil, le savoir-faire, la réflexion, les connaissances des anciens "hommes et femmes de cheval". Aujourd'hui, on se laisse guider par d'autres et par la norme: débourrage à 3 ans car "c'est comme ça", ferrage systématique, nourrit avec le grain de l'écurie sans se poser d'autre question, on s'en remet aveuglement à des "pros" car ils ont la bonne étiquette...

Cheval de compagnie, bonne ou mauvaise idée ?
Plus nous en sommes proche, plus nous nous en éloignons ? - Crédit: Google Image

Mais plus encore, je vois le terme "de compagnie" comme une méconnaissance du lien si particulier qui unit un cavalier à son cheval. J'ai tendance à penser qu'un chat, un chien nous tiennent bel et bien compagnie car ils sont présents au quotidien comme des amis, des membres de la famille. La relation avec le cheval est différente, plus consciente et plus impliquante puisqu'on choisit quand et combien de temps on lui consacre. Le cheval n'est pas en permanence à nos côtés, dans notre paysage: il a le droit à des moments qui lui sont pleinement consacrés, à lui et lui seul. Un peu comme un début de relation amoureuse, et c'est bien pour ça que l'on parle si souvent de "passion" pour les chevaux. Et le lien qui en résulte n'est semblable à aucun autre tissé avec d'autres espèces. On fait corps avec son cheval, dans tous les sens du terme: on partage des ressentis, des émotions, des sensations. On propose, on discute, on échange. On se détend, on travail, on se dépasse. Il voit en nous et on se voit en lui. Son corps devient un prolongement du nôtre. Aucune relation homme-animal n'est aussi ancienne et intime que celle-ci. Le cheval n'est plus une part de notre entourage, il est une part de nous. Un cheval sans cavalier reste un cheval, mais un cavalier sans cheval n'est plus rien. C'est difficile de mettre des mots sur quelque chose qui se ressent mais je pense que vous m'avez compris: le cheval est tellement plus qu'une simple "compagnie".



Le dernier mot Jean-Pierre...


Il est difficile en un seul article (pourtant long) de décrire précisément le fond de ma pensée avec toutes ses nuances. Le portrait que je dresse des cavaliers d'aujourd'hui n'est pas flatteur (mais le trait volontairement grossi) et ma façon de voir les choses risque de ne pas plaire à tout le monde: ce n'est pas une vérité absolue mais bien une réflexion tout à fait personnelle... et qui peut encore évoluer. D'autant que ma vision, je le reconnais, est biaisée par mon désir égoïste de continuer librement à monter à cheval et à pratiquer toutes sortes d'activités en selle. Car je pense que cela reste compatible avec le respect de l'intégrité des équidés, que cela n'empêche pas de les aimer profondément et de les rendre heureux. Bref, d'autres lois et notamment la reconnaissance par l'Assemblée Nationale le 28 janvier 2015 des animaux comme "êtres vivants doués de sensibilité"(nouvel article 515-14 du Code civil) œuvrent déjà à protéger le cheval et à le faire reconnaître comme étant plus qu'un objet de rente. Mais je ne souhaite pas pour autant qu'il devienne un simple objet d'admiration et être amputée d'une partie de tout ce qu'il peut m'apporter, en selle comme à pied. La solution serait-elle dans la création d'un nouveau statut ?...














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18 mai 2017

Le cheval facile ou gentil alias le mal aimé des cavaliers.

Le mythe de l'étalon noir n'est pas mort ! Il n'y a qu'à faire un tour dans les clubs pour s'apercevoir que les chevaux difficiles flattent l'ego de ceux qui arrivent à les monter. Et cette tendance est visible aussi chez les propriétaires: on veut acheter un cheval délicat, nerveux qui nous permettra de nous glorifier en l'ayant "vaincu" ou "dompté". Et le gentil cheval dans tout ça ? Considéré comme un "tonton" trop facile pour être intéressant, il est facilement laissé de côté ou dévalorisé. Mais qu'est-ce qui se cache derrière cette appellation "facile" ou "gentil" ? Et l'est-il vraiment ?



La gentillesse, nouvelle tare chez les chevaux ?


Il y a encore pas si longtemps, j'avais en demi-pension un cheval qu'on peut aisément qualifier de "gentil". Et maintenant, je monte une jument qu'on pourrait parfois dire "facile" (encore que...). On en a tous connu des comme ça. Parfois, c'est vrai, on a pu se dire c'était un peu trop simple et que les monter manquait un peu de piquant même si c'est un vrai plaisir. Mais certains osent carrément dire qu'on a moins, voire aucun, mérite à monter de tels chevaux ou du moins, c'est ce qui est sous-entendu quand on entend des phrases du genre "oui mais pour elle c'est facile, elle monte Untel", "oui mais lui il a de la chance, Unetelle est gentille, pas comme le mien qui pardonne moins". Des commentaires qui dévaluent totalement le travail présent et passé effectué sur ces chevaux. Il n'y a qu'à voir le fleurissement d'annonces de cavaliers cherchant un cheval "pas trop gentil, avec un peu de caractère" ou bien "avec du sang ou délicat, j'aime travailler ce genre de chevaux". Comme si gentillesse et facilité rimaient forcément avec effacé et inintéressant... Les chevaux délicats permettent de sortir de sa zone de confort et offrent un challenge excitant certes, mais un cheval gentil et facile permet de progresser plus vite et surtout de la bonne manière (chez eux, bien demandé = bien exécuté = les bonnes sensations) ! 

Bref, cette situation, Luc Pirick (feu enseignant reconnu) la décrit beaucoup mieux que moi en seulement quelques lignes:
<< Il n'est pas rare de voir des jeunes cavaliers, et surtout des adolescents, se valoriser de la difficulté de leur cheval. Certains en iraient même jusqu'à provoquer des défenses pour paraître plus méritants de les avoir maîtrisées. Un diction dit pourtant: "Il vaut mieux monter un tigre qui a l'air d'un agneau, qu'un agneau qui a l'air d'un tigre !". Le plus beau compliment qu'on puisse faire à un cavalier, qui a dressé son cheval, est de lui dire qu'il est facile, lui, parce que son cheval "va tout seul". 
Le moniteur doit convaincre ses élèves que la marque du bon cavalier n'est pas de corriger les faute mais de les éviter, que le véritable mérite n'est pas de dominer le cheval mais de lui donner envie de collaborer. Faire les choses bien et dans l'ordre, sans stress et sans défense; en équitation, le temps perdu se rattrape toujours ! >>
Un gentil cheval... mais pas facile.
Loustic, un cheval qui par sa gentillesse m'aura permis de vivre
certains de mes plus beaux moments équestres...


Que veut dire vraiment gentil ou facile chez un cheval ?


Au final, qu'est-ce qu'un cheval facile ou gentil ? C'est avant tout un cheval bien dressé. Surprise ! On regarde avec admiration le cavalier qui parvient à contenir un cheval irrespectueux ou à rester en selle sur un cheval qui se défend, mais on oublie que toutes ces défenses sont la preuve d'un travail mal fait (ou pas fini). Tandis que le gentil cheval facile en est arrivé là grâce à des années de travail dans le bon sens, à lui apprendre à se poser, à le désensibiliser à tout un tas de choses, à lui apprendre à faire confiance pour qu'en retour il donne tout son cœur, supporte avec patience et bonne humeur les erreurs et aide son cavalier à évoluer correctement. Alors, qui mérite le plus d'admiration ?

Et puis il faut prendre également en compte les apparences et la réalitéDes cas où le cheval parait gentil et facile mais ne l'est pas, c'est simplement que son cavalier le monte à la perfection et lui permet d'évoluer de manière calme et juste. De l'extérieur on se dit que le cheval est simple, mais en réalité c'est que le cavalier est bon et lui correspond. Changez le pilote et vous découvrirez un cheval qui se défend à la moindre faute de main, qui se perd et se fâche à la moindre imprécision et qui ne supporte pas la moindre contrariété. Le fameux "tigre qui a l'air d'un agneau". Et quand le cheval est réellement gentil, cela ne veut pas systématiquement dire qu'il est facile. Ce cheval qui supporte patiemment les erreurs de son cavalier, ne lève jamais les fesses, ne bouge pas au montoir comme lors des soins, ne profite jamais des faiblesses de son pilote... mais s'économise continuellement pour fuir le travail, est froid à la jambe, en équilibre sur les épaules; il est gentil oui, mais facile à monter ? Pas tant que ça... Il est simple de juger tant qu'on a pas les fesses dessus.



Le dernier mot Jean-Pierre...


Bref, je voulais rappeler avec cette courte réflexion que les mots "gentil" ou "facile" ne signifient rien ou en tout cas ne donnent pas une bonne idée de la réalité. Qu'il faut juger ces chevaux en se rappelant tout le chemin qu'ils ont parcouru et la valeur du travail qui a ou est effectué sur eux. Qu'il faut arrêter de minimiser le travail des cavaliers sur leur dos car, soit ce sont eux qui ont permis au cheval de devenir ainsi, soit ils travaillent de façon suffisamment juste pour que le cheval reste comme tel et sont dans les deux cas méritants. Et la prochaine fois qu'on vous dit que votre cheval à l'air gentil ou facile, souriez ! Soit vous le montez à la perfection ce qui donne cette impression, soit vous avez réussi à en faire un cheval bien dans tête et généreux. Vous avez tout gagné quoi.














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3 mai 2017

Ces petites manies de cavalières qui nous trahissent...

La Cavalcade des blogs de mars organisée par Cavali'Erre avait pour thème "Habitudes et petites manies", un sujet qui m'inspirait bien mais que j'ai malheureusement manqué. Mais comme dirait ma mère: "vieux motard que j'aimais" (vous l'avez ? "Mieux vaut tard que jamais" pour les plus lents) donc j'ai quand même décidé de vous faire un petit article sur les manies que nous avons, nous, cavalières, et qui nous trahissent au quotidien. Allez, c'est cadeau.


  • Trouver la bonne foulée pour passer les trottoirs et marquages au sol. C'est plus fort que toi, à partir du moment où tu commences à marcher en regardant tes pieds, il faut que tu enjambes parfaitement la moindre petite fissure au sol, la moindre feuille morte, quitte à devoir accélérer le pas pour rester dans le bon rythme et à laisser tes potes sur place... mais attention quand même à lever les yeux pour traverser la route !
Chute rigolote fille qui marche. Fail.
Je vous avais prévenus... - Crédit: Giphy

  • Vouloir faire sauter des obstacles à tous tes animaux de compagnie. Et te faire troller 50 fois car ton chien/chat/lapin passe à côté ou en dessous. C'est plus sournois que les chevaux ces petites bêtes mais faut avouer que certains ont un passage de dos qui vaut le détour ! Je peux vous l'avouer: je construisais des parcours avec des Mikado géants pour mon pinsher nain. Et elle avait un geste de devant fabuleux.

Chien qui saute. Lol.
On a trouvé le Bosty des chiens ! Un style certain ! - Crédit: Giphy

  • Se pencher en avant à chaque obstacle quand tu regardes un CSO. Quand t'arrives à convaincre ton entourage de regarder Equidia (ou que tu as caché la télécommande), tu ne PEUX PAS adopter la posture familiale "avachie dans le canapé": même si tu essayes de te la jouer cool, à chaque obstacle qui vient un peu vite tu te penches en avant avec le cavalier et tu te rapproche de plus en plus dangereusement du bord de canapé à mesure que le parcours défile. 
Réaction supporter devant un match.
"Mais nooon ! C'était qu'une petite touchette du postérieur !" - Crédit: Giphy

  • Ne pas pouvoir s'empêcher de rectifier les gens qui parlent des "pattes" des chevaux. Ou qui disent que le poney est le petit du cheval. Que l'équitation n'est pas un sport. T'as bien essayé de ne pas réagir mais c'est plus fort que toi, il faut que tu interviennes ! Ce serait comme laisser dire que Rogue est un méchant dans Harry Potter: tu ne peux pas laisser ces gens dans leur absurde ignorance. 
Le poney n'est pas le petit du cheval et un cheval n'a pas de pattes !
Et encore, on fait l'effort de vous le dire avec le sourire - Crédit: Giphy

  • Faire du vélo les talons bas. Dites moi que je ne suis pas la seule à le faire. Pitié. En vrai, j'ai TOUT LE TEMPS les talons bas à cause de l'équitation. Du coup, malgré mes même pas 60 kg, j'ai un pas d'éléphant et si je cours sur un tapis de course, on a l'impression que je vais le traverser à tout moment pendant qu'il gémit sous l'attaque de mes talons... 
Vélo cheval.
Je pose ce gif là - Crédit: Giphy

  • Ne pas pouvoir s'empêcher de critiquer les acteurs qui montent à cheval dans les films. Nan mais sérieux, pour jouer un rôle de guerrier à cheval, ils pouvaient choisir un acteur qui fait un peu mieux que du tape-cul en tenant la crinière non ?! C'est quand même pas compliqué !!
Nicki Minaj.
"Je dis rien, mais j'en pense pas moins" - Crédit: Giphy

  • Lever très haut les yeux au ciel en voyant les accessoires de mode inspirés du cheval. Et soupirer façon "pfff je porte la même chose tous les dimanches pour 2 fois moins cher chez Decath' !".
Lama qui se la pète. Frimeur.
En vrai on critique, mais on se sent fraîches ! - Crédit: Giphy

  • Avoir en fond d'écran ton Pompom d'amour alors que toutes tes copines ont leur mec. Et prendre un air dégagé quand tes potes se rendent compte que Pompom n'est pas seulement sur le fond d'écran mais dans TOUT ton téléphone et même sur TOUS tes réseaux sociaux (Facebook envahi, Snapchat de lui sous toutes ses coutures, compte Instagram dédié...).
Changement de sujet après moment de gène.
Depuis, tu apprends l'art du changement de sujet - Crédit: Giphy



Et toi, c'est quoi tes autres petites manies typiques d'une cavalière ?




2 avr. 2017

La génétique des robes équines pour les nuls: partie 3.

Il y a un moment maintenant, j'avais commencé à vous parler génétique et à vous expliquer le fonctionnement des robes de base (le plus simple quoi) puis j'avais laissé le sujet en suspend. Et pour cause, une fois ces bases passées, ça se complique drôlement... Notamment lorsque je me suis penchée sur le cas des robes blanche et grise pour lesquelles il a été assez difficile de démêler le faux du vrai et de comprendre toutes les nuances. Mais telle une investigatrice de l’extrême, j'ai été me plonger dans les méandres de la génétique pour vous livrer ce résumé clair (non) et concis (non plus).



La robe grise et le gène Gray


Nous avons vu précédemment qu'il n'existe que 3 robes de base qui servent de toile de fond: l'alezan, le bai et le noir. Le gène Gray (noté G) qui donne la robe grise est donc un gène particulier qui vient s'appliquer par-dessus une de ces robes, ce n'est pas une robe à part entière. C'est pourquoi les poulains gris naissent quasiment tout le temps d'une autre couleur et que les fameuses lunettes apparaissent progressivement jusqu'à ce tout le corps devienne gris puis s'éclaircisse avec le temps (ce qui se produit plus ou moins rapidement selon les individus). Durant tout cette période de transition, le gris peut donc passer par du rouanné (restant de la robe de base), du pommelé, du truité selon l'action d'autres gènes.

Poulain gris qui nait bai.
Bai ? Eh non ! Ses lunettes trahissent ce futur gris !
Crédit: equiddesign.site-forums.com

Pour schématiser de façon simple, ce gène fonctionne comme les cheveux blancs chez l'être humain: le gris recouvre progressivement la vraie couleur et évolue vers le blanc en prenant de l'âge. Mais si chez l'être humain cela est dû à l'arrêt de production de pigments (la mélamine), ce n'est pas le cas chez les chevaux gris, au contraire: le gène Gray bloque simplement l'apparition des pigments de coloration mais ceux-ci sont bien produits et s'accumulent dans l'organisme, ce qui provoque parfois l'apparition d'un mélanome, une tumeur cancéreuse. Mais heureusement, cette évolution n'est pas systématique.

Autre particularité de cette robe: le gène Gray est dominant ! Il suffit qu'un cheval possède un seul exemplaire du gène Gray sous forme dominante pour qu'il soit gris, peut importe ses autres allèles. De même, un cheval gris homozygote produira TOUJOURS du gris et un cheval hétérozygote sur le gène Gray aura 50% de chances de produire également du gris (important à savoir si l'on veut faire reproduire et avoir une chance d'avoir une autre robe). Donc de façon logique, pour qu'un cheval soit gris, il faut obligatoirement qu'un de ses parents le soit.

La robe grise peut donc connaitre de nombreuses variations au cours de la vie du cheval qui la porte mais finira toujours pas un blanc immaculé... même si la robe ne peut pas être appelée "blanche" pour autant. Alors comment distinguer un vrai blanc d'un gris ? Il faut avoir connu le cheval dans sa jeunesse car un blanc l'est dès sa naissance, contrairement au gris. Autrement, la couleur de la peau peut être un indicateur: un gris aura systématiquement la peau grise tandis qu'un blanc aura la peau rose. Sinon, le test en laboratoire reste le plus simple car la robe blanche est un cas assez difficile à cerner...

Un seul gène gris peut donner une multitude de robes !
Un gène, de nombreuses variations de robe ! Crédit: Google Images



Le cas de la robe blanche 


On aimerait bien se dire que pour la robe blanche il existe un gène White et puis basta. C'est d'ailleurs ce qu'on croit encore souvent en France mais c'est faux. Cela a été prouvé par les américains qui, avec leurs chevaux plus colorés que les nôtres, ont davantage creusé la question.

Le blanc est enfaite une mutation du gène KIT, responsable entre autres des robes tobiano, sabino et rouan. On compte pas moins de 20 mutations de ce gène répertoriées à ce jour et plusieurs d'entre elles peuvent donner un cheval d'apparence blanche: notamment le gène Sabino (noté Sb1) en "version maximale" (le blanc prend toute la place) ou une mutation out juste découverte et plus rare qu'on appelle "Dominant White" (noté DW, qui fait apparaître des plaques blanches et donc cache partiellement ou totalement la couleur) et qui est létal sous forme homozygote (mais un hétérozygote sur le DW peut donc naître blanc et en parfaite santé). Donc le blanc est en réalité... une forme de pie où les taches ne se voient pas !

Exemple de sabino ou dominant white chez un pur sang anglais.
Yukichan, jument PS Dominant White - Crédit: netkeiba.com

Ces mutations du gène KIT se retrouvent chez plusieurs races, peuvent se transmettre... mais aussi apparaître spontanément (quand je vous dis que le cas de la robe blanche est un vrai casse-tête) ! Lorsque l'on est éleveur et que l'on veut obtenir cette belle robe d'ivoire, il faut aussi savoir qu'elle a un prix... En effet, il faut être extrêmement attentif au génotype des parents sous peine de perdre le poulain. Car comme on l'a dit, un poulain Dominant White homozygote ne serait pas viable et il existe aussi le cas de l'Overo Lethal White Syndrom ou Syndrome du Poulain Blanc. Ce "syndrome" est le résultat du croisement de deux chevaux Frame Overo. Il faut savoir que le gène qui intervient dans la robe overo ne sert pas uniquement à déterminer la couleur du poil mais aussi à la mise en place des organes. Et lorsqu'il est présent sous forme dominante (donc poulain homozygote Frame Overo), il créer une malformation de l'intestin. Le poulain naît tout blanc, parait normal les premières heures puis présente rapidement des signes de colique qui ne peut être soulagée, car son intestin n'est pas fini et les crottins ne peuvent donc s'évacuer. Un poulain homozygote sur l'overo est donc fatalement condamné. Il faut donc bien faire tester ses chevaux et réfléchir ses croisements pour obtenir du blanc sans risque !

Si l'on aime la robe blanche mais que l'on se moque de la génétique, on peut également se contenter d'acheter un cheval "d'apparence" blanche: un gris qui a éclaircit, un cremello ou perlino très très clair...

La robe blanche est en réalité assez rare.
Eh non ! Ce cheval n'est pas blanc... enfin pas vraiment ;)



Le dernier mot Jean-Pierre...


On retient: beaucoup de robes ont l'air blanches mais ne le sont pas. A commencer par le gris causé par le gène Gray qui agit comme un masque qui vient progressivement teinter la robe de base du cheval. On reconnait le vrai blanc (qui est en réalité plutôt rare) du gris grâce à la peau rose mais quant à savoir quel gène ou mutation exacte donne cette robe immaculée, c'est une autre paire de manche ! Mais pour impressionner ses potes cavaliers avec son savoir, on garde en tête que la robe blanche est une mutation d'une robe pie et que pour l'obtenir, on prend garde à ne pas croiser deux chevaux déjà blancs sans connaitre leur génotype !














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13 févr. 2017

Les noms des figures de dressage version honnête.

Il faut l'avouer, les dresseurs se la pètent beaucoup. Convaincus de leur supériorité car ils ont réussi à remettre au gout du jour le haut de forme et à faire marcher des chevaux en crabe sans avoir l'air ridicule, ils ont en plus décidé de donner des noms pompeux aux figures de dressage, histoire de rajouter une couche de brillant à leur discipline. Mais aujourd'hui, j'ai décidé de rétablir l'équilibre et de ne plus laisser les CSOtistes être les seuls à parler honteusement de taxis et de georgettes. Aujourd'hui, je vous livre les noms des figures de manège en version honnête !

Cavalier thug.
Bientôt vous ne serez plus des thugs les gars !


La volte aka "la patate"

On a beau avoir fait l'exercice de placer des plots pour tracer un beau rond des centaines de fois, on a toujours pas le compas dans l’œil. C'est comme la théorie de la tartine qui tombe toujours du côté de la confiture: c'est comme ça, tu ne peux pas luter, ta volte finira toujours par déraper et par ressembler plus ou moins à une patate.


Le cercle aka "la volte de taille indéfinie"

Donc une patate, mais qui en plus n'a jamais la dimension qu'il faut. Sérieusement, 5 mètres, 10 mètres, 20 mètres, il y a vraiment quelqu'un qui visualise la taille que ça fait ?


La diagonale aka "je me fais embarquer sur la longueur"

À la base, ça paraissait plutôt simple et ça devait ressembler à ça:

Puis Pompom s'est un peu trop enthousiasmé sur l'allongement, a pris de la vitesse et c'est parti en freestyle...
Saut acrobatique freestyle poney.


La ligne brisée au galop aka "ce p***** de pied qui va quand même changer"

C'est important de travailler le contre galop qu'ils disent. Ça va aider à améliorer le galop qu'ils disent. Sauf que t'as beau serrer les fesses autant que tu peux et faire la statue pour ne plus bouger tes aides, t'as une chance sur 3 pour que Pompom sente que t'as cligné plus fort de l’œil droit et change de pied sur la seconde partie de la ligne...


Le changement de pied aka "la fesse volante"

Quand tu regardes les chevaux de Grand Prix danser d'un pied à l'autre, ça a l'air tellement simple et fluide.
Changement de pied au galop.
Mais de ton côté, Pompom du Pré Perdu qui ne fait PAS de Grand Prix continue de vouloir les passer en commençant par l'arrière. A croire qu'il ne connait toujours pas son antérieur et son postérieur... 
Ruade d'un cheval.


La demi volte aka "Pompom rentre plus vite à la maison"

Un demi cercle quoi. La solution de facilité pour ne pas finir en patate (cf plus haut dans cet article) et écourter ta figure quand t'as la flemme de faire les choses jusqu'au bout. 


La demi volte renversée aka "la hanche qui dérape"

Tu mets toute ton énergie à partir sur une belle diagonale sans que ça parte en vrille, tu tiens Pompom bien droit pour le garder dans le rang et conséquence: il est tellement droit qu'il tourne comme un paquebot avec les hanches qui s'échappent plutôt que d'épouser la jolie courbe de ton demi cercle...


Le piaffer/passage aka le "j'vais rendre mon déjeuner"

Non mais vraiment, il n'y a que moi qui me marre parfois à voir les cavaliers de chevaux avec du rebond se faire secouer de haut en bas avec la tête qui ballote pour certains ? Nous on voit ça:
Cheval avec du rebond. Piaffer et passage.
Mais je suis sûre que de la haut ils ressentent quelque chose qui ressemble plus à ça:
Le passage et le piaffer façon chèvre.
Ce gif insinue-t-il que les dresseurs sont des chèvres ? Je laisse le lecteur en décider.


La serpentine/8 de chiffre aka le "j'sais-plus-où-j'en-suis-dans-mes-aides"

Bon, avec le temps et l'expérience, on ne se fait plus avoir. Mais rappelez vous quand vous étiez jeunes et qu'à force de répéter des 8 ou des serpentines, vous finissiez par vous emmêler les cravaches et ne même plus savoir où était votre droite de votre gauche pendant que votre coach hurlait "mais nooon, c'est la jambe extérieur que tu dois reculer là !".


Le reculer aka "j'ai perdu la marche avant"

Avouons-le: les plus beaux reculer bien diagonalisés qu'on obtient sont souvent fortuits, alors qu'on demandait juste à Pompom un arrêt franc ou de tenir plus de 2 secondes immobile. Par contre dès que Coach regarde, bizarrement là, c'est une autre histoire...

Le reculer à cheval.


La cession à la jambe/appuyer aka "l'épaule supersonique"

Vous avez beau commencer à mettre votre jambe 3 km avant de partir sur votre cession ou votre appuyer, rien n'y fait; cette épaule avance toujours trop vite pour les postérieurs qui se traînent péniblement sur une trajectoire à peine différente d'une diagonale. Voilà le mouvement que vous devriez obtenir:
Appuyer Valegro.
Et l'amplitude réelle du mouvement de l’arrière-main de Pompom qui fait semblant de rentrer le postérieur: 
Poney qui se gratte les fesses.


L'épaule en dedans aka le "j'veux pas partir sur le cercle"

Pour apprendre l'épaule en dedans, on a tous commencé par cette technique de faire un cercle au début de la longueur du manège, puis de marcher droit sur la piste en gardant la même attitude incurvée. Et on a tous connu ce moment de désaccord où Pompom, lui, continuerait bien sur son cercle...
Epaule en dedans ratée.
On a dit pas par là !


La pirouette aka "cacahuète"

Parce qu'en plus de rimer, c'est comme ça que ça fini. Tout simplement.

Pirouette et chute poney shetland.


Les hanches en dedans aka "Pompom goûte le pare-botte"

Parce que c'est un malin celui-là: plutôt que de sortir les hanches de la piste, il rentre la tête et tout ce qu'il peut dans le pare-botte. Cheval Majax, le roi de l'illusion.


La transition aka "à la recherche du timing perdu"

Parce que les transitions montantes comme descendantes, c'est une question de bon dosage des aides et de timing. Et c'est pas si simple enfaite: entre les transitions descendantes qui mettent trois heures à venir...
Sliding stop ou arrêt glissé à cheval.
Et les transitions montantes qui, au contraire, sont parfois faites avec un peu trop d’énergie...

Départ triple galop poney.


Eh ouais, vu comme ça, le dressage c'est direct moins prout-prout, paillettes et arc-en-ciel. Et toi, si tu devais renommer les figures de manège version honnête, ça donnerait quoi ?



27 janv. 2017

J'ai testé pour vous... une journée d'initiation au saddle fitting par l'EASE.

En décembre dernier, j'ai eu la chance de participer à l’événement dont je vous avais parlé avec envie sur Facebook: la journée d'initiation au saddle fitting par l'EASE. Une association toute nouvelle, une discipline en plein essor mais toujours un peu obscure ? Il n'en fallait pas plus pour piquer ma curiosité... Je vous livre ici un résumé de ce stage avec en prime mes impressions, qui sont bien sûre totalement subjectives et n'engagent que moi.



Qu'est-ce qui se cache derrière l'acronyme EASE ?


La réponse est enfaite évidente: c'est Eugénie Cottereau, l'auteur du site qu'on ne présente plus Saddle-Fitting. Portée par sa passion, elle s'est associée à d'autres professionnels (saddle fitters et selliers) afin de créé en 2016 l'association d'Ergonomie Appliquée à la Sellerie et à l'Equitation. Le but de cette entité est de développer et de donner un cadre à la pratique du saddle fitting (et plus largement, à toutes les disciplines et pratiques concernant l'adaptation du matériel équestre), cela afin d'aider les propriétaires à s'y retrouver dans le foisonnement d'offres de matériel, aider les professionnels (cavaliers, éleveurs...) à acquérir des bases en la matière et encourager les bonnes pratiques chez les professionnels de la selle (selliers, commerciaux, revendeurs et saddle-fitters). Afin d'atteindre ces objectifs, l'EASE a créé une charte éthique à laquelle tous ses membres souscrivent et l'association propose des formations un peu partout en France.
Le saddle fitting français par l'EASE.
Enfin une association pour le développement du saddle fitting en France !



Un programme de lancement prometteur


Afin de promouvoir la création de l'association, un premier événement a été organisé le 12 décembre dans le Val d'Oise (95), aux écuries du Château (domaine de Seraincourt). Si le temps ne jouait pas en notre faveur (froid, gris, bruine), nous avons été accueillis dans un cadre sympathique avec un bon petit déjeuner de croissants et autres pâtisseries ! Et on peut dire que le programme de la journée était tout aussi alléchant... Au lieu de simplement se focaliser sur la selle, l'EASE proposait réellement un tour complet de la question de l'impact de la selle ET du cavalier sur le cheval: pour cela, il est important de comprendre comment fonctionne le cheval seul, quel est le rôle de la selle et comment la choisir, et enfin l'impact du cavalier et de sa posture sur la biomécanique du cheval. C'est ainsi que la journée s'est déclinée en trois parties complémentaires:
  1. Un retour sur l'anatomie du cheval, sa biomécanique, ses dysfonctionnements et comment il est impacté par le port d'une selle et d'un cavalier, afin d'expliquer ensuite le rôle de l’ostéopathe et montrer quelques techniques à appliquer au quotidien pour évaluer/soulager nos chevaux.
  2. Une analyse de la selle, son anatomie, ce que diverses études nous ont appris sur elle jusque-là, pour enfin apprendre en pratique comment évaluer sa selle et son adaptation à son cheval.
  3. Une revue des problèmes de posture chez les cavaliers et comment y remédier afin de travailler son cheval de manière optimale grâce à une position en selle qui lui permet de fonctionner pleinement.
Vue de la salle dans laquelle s'est déroulée la journée d'initiation au saddle fitting.
Notre salle théorique et de repas... Plutôt sympa le cadre non ?

Pour chacune de ces parties sont intervenus dans l'ordre Yoann Le Foll, vétérinaire, ostéopathe et physiothérapeute, Annette Rancurel, saddle fitter (consultante en selle depuis 2008) dans la Région Parisienne qui a fondé sa société Equinologie, et Evelyn Labrie, cavalière et enseignante canadienne spécialisée en équitation académique et artistique désormais installée en France. Ancienne écuyer de l'Académie du Spectale Équestre de Versailles, elle a fondé en 2008 Lusitano Del Arte afin de transmettre son savoir. Bref, du beau monde qui sait vraiment de quoi il parle.



Résumé et avis sur cette journée avec l'EASE


  • Partie biomécanique équine avec Yoann Le Foll (matin)

On attaque fort dès le matin avec ce qui était pour moi la partie la plus difficile et "technique", étant donné que je n'ai que peu de connaissances en biomécanique équine... et malheureusement je ne suis pas beaucoup plus avancée, car c'était également la partie la moins bien présentée de la journée... Trop d'informations présentées de façon trop rapide pour respecter le planning (et pourtant, cela s'est malheureusement éternisé au détriment des interventions suivantes), ce qui a donné un contenu un peu brouillon et difficile à suivre pour les novices comme moi. De plus, le praticien présent semblait assez désabusé par sa propre profession ce qui était un peu déconcertant: pour lui, l’ostéopathie repose surtout sur de la croyance car pour le moment, il y a beaucoup d'incohérences dans cette discipline suivant les techniques que l'on utilise (structurelle/mécaniste, cranio-sacrée, fasciale, viscérale, fluidique/énergétique) et peu de preuves que l’ostéopathie fasse réellement effet. Pour lui, le principe de l'ostéopathie, c'est de créer des pathologies pour correspondre au traitement proposé, c'est une pratique qui est dans l'auto-justification. 

Ossements de chevaux, modèles ostéopathiques.
Boite crânienne et reconstitution de colonne
vertébrale pour appuyer les explications biomécaniques.

Bref, je n'ai donc pas été séduite par ce début de journée et l'étonnante position de Yoann Le Foll, même si ça ne remet pas en cause la qualité de son savoir. Grâce à son intervention, j'ai d'ailleurs noté pas mal de choses importantes à rappeler ou à connaitre. En vrac :
- Que la colonne vertébrale chez le cheval est comme un pont entre 4 piliers.
- Que les cervicales ont une bonne latéro-flexion alors que le reste de la colonne est très très peu mobile hormis la partie sous la selle, d'où l'importance de bloquer le moins possible ce mouvement/cette zone en ayant une selle adaptée.
- Que c'est un gros ligament qui est responsable/permet de porter la tête et mécaniquement, étire le dos si le cheval baisse la tête (d'où l'intérêt de l'extension d'encolure pour le dos).
- Que la montée du garrot tant recherchée en équitation est possible grâce aux muscles extenseurs de l'encolure mais que ceux-ci sont atrophiés à l'état naturel car le cheval ne les utilise pas !
- Que c'est le dessous du cheval qui permet de maintenir le dos (encolure + abdos).
- Que la masse viscérale est très importante chez le cheval et joue sur sa respiration: quand il galope, le mouvement de balancier de l'allure fait que les viscères viennent écraser son diaphragme et le font expirer. Donc si on contraint le cheval (à l'exemple du rollkur), celui-ci se retrouve à devoir galoper en apnée !
- Que la selle repose sur le trapèze, ce muscle très important pour le mouvement des antérieurs. Si la selle est mal ajustée ou mal positionnée, elle compresse donc le muscle et limite le mouvent de l'avant-main, créer un "trou" derrière les omoplates et fait s'affaisser le dos.
- Que beaucoup des mouvements que l'on demande au cheval ne sont pas naturels pour lui, donc si on ajoute à cela une mauvaise selle et le poids du cavalier, cela peut suffire à casser un cheval dès le débourrage. Ce qui arrive enfaite très souvent mais les chevaux les plus résistants endureront la douleur en silence et feront tout de même de très bon destriers...
- Que l'ostéopathe ne doit intervenir qu'en dernier recours après avoir vérifié les pieds, la santé, la façon de travailler, de monter etc etc... L'ostéopathie ne sera efficace que si toutes les autres causes sont éliminées.

Cours d'ostéopathie équine.
Yoann Le Foll nous montrant la position des différents muscles de l'encolure.

Suite à cette partie théorique, nous sommes allés en extérieur pour que Yoann le Foll nous montre directement sur un cheval la position de tous les muscles et os dont il nous avait parlé précédemment. Puis nous nous sommes exercés à évaluer la locomotion de plusieurs chevaux (ce qui m'a permis de confirmer que décidément, je suis vraiment nulle à ça) avant qu'il ne conclut en nous montrant quelques manipulations à faire pour étirer/échauffer les chevaux et vérifier qu'ils n'ont pas de douleurs au dos.

Pour finir, la citation de Yoann Le Foll:
<< Plus personne ne sait ce qu'est un cheval >>
(pour lui, les moniteurs d'aujourd'hui ne sont plus que de simples animateurs sans réelles connaissances de l'animal et qui produisent des cavaliers "ignorants")


  • Partie saddle fitting avec Annette Rancurel (après-midi)

C'est le moment que j'attendais avec le plus d'impatience: l'initiation au saddle fitting à proprement parler ! Et Annette Rancurel a présenté ça de façon vraiment ludique et dynamique en illustrant tous ses propos d'anecdotes, de cas pratiques et en nous montrant des enregistrements de son tapis à capteurs de pressions. Mis en parallèle avec des descriptions de la selle évaluée, du cheval, des problèmes rencontré, c'était passionnant et très parlant ! Si on ajoute à cela le fait qu'Annette a beaucoup parlé de "prendre son temps" alors évidemment, elle ne pouvait que me plaire...

Historiogramme des pressions enregistrées suite à l'utilisation d'une selle.
Projection des enregistrements d'un tapis à capteurs de pressions.

Elle a donc commencé par nous rappeler une première chose: avant de reprocher quoi que ce soit à une selle, il faut prendre le temps d'étudier et d'améliorer la posture du cavalier. Les trois professionnels de la journée sont d'accord là-dessus et y reviennent toujours: l'impact du cavalier sur le cheval est le premier facteur à étudier. Il est très important en selle de se recentrer ! Après, seulement, on peut passer à l'étude du matériel, en gardant en tête quelques points de vigilance: 
- L'ennemi n°1 à surveiller avec les selles, ce sont les points de pression. Et tout de suite en n°2, les frottements.
- Les pressions à l'arrière sont les pires car les plus dangereuses avec la proximité des reins.
- La dureté du matériel est sous-estimée mais elle peut aussi être à l'origine de nombreux tracas. Gare au cuir neuf ! Tout comme de simples couteaux d'étrivière mal placés peuvent rentrer dans la peau du cheval et le gêner. Tout détail dans la selle est important !
- Et enfin, il faut se méfier du marketing et des charlatans: quand un cheval a une mauvaise selle, un """"professionnel""" peut lui en mettre une autre toute aussi mauvaise sur le dos en nous faisant croire qu'elle est mieux car le cheval semble soulagé. Cela s'explique tout simplement par le fait que les points de pression d'une selle à l'autre ne sont pas les mêmes donc effectivement, le cheval se sent libéré... pour un temps. Comme Annette Rancurel le dit elle-même; le saddle fitting c'est 80% de bon sens et 20% de connaissance. Alors gardez l’œil !

Et pour vous aider, certains signes ne trompent pas et indiquent bel et bien une selle qui n'est pas adaptée (c'est le moment où je vous invite à aller relire cet article contenant un petit check-up rapide et simple): 
- apparition de poils blancs, de bosses
- raideur cervicale
- premiers pas ataxiques
- atrophie musculaire dans la région du trapèze
- zones sans transpiration
- changement de musculature
+ pleins de signaux au sanglage et au travail comme par exemple un cheval qui fait des difficultés pour les transitions descendantes ou pour les départs au galop: le cheval redoute sans doute les points de pression doublés par la force d'inertie et rétive par anticipation ! (Dans ces cas-là, n'essayez pas de tricher en achetant un fameux amortisseur en gel: Annette Rancurel est catégorique, c'est une NULLITÉ TOTALE).

A contrario, une bonne selle bien adaptée :
- épargne la colonne vertébrale de toute pression
- distribue de façon homogène et sur la plus grande surface possible les pressions
- équilibre le cavalier en lui permettant de se verticaliser. Cela ne veut pas forcément dire que le pommeau et le troussequin de la selle doivent être au même niveau, mais que le siège doit être droit pour maintenir le cavalier dans le bon axe.

N'oubliez pas également de bien utiliser toutes les "fonctionnalités" de votre selle pour l'optimiser, comme le sanglage. S'il y a plusieurs sanglons, ce n'est pas pour une question de sécurité si jamais l'un d'eux casse (comme on nous répète souvent en club), c'est pour positionner au mieux la selle sur le dos ! Par exemple, pour une selle qui tourne à droite, on va utiliser les deux premiers sanglons à droite et les deux derniers à gauche. Pour une selle qui part en avant, on va utiliser les deux premiers de chaque côté. Dans cette logique, quand on achète sa selle, il faut être attentif à la place des sanglons: s'ils sont trop éloignés de la pointe du quartier, cela va faire avancer la selle.

Annette Rancurel prenant les mesures qui serviront à définir
la taille de l'arcade nécessaire pour la selle de ce cheval.

Enfin, nous sommes passés à la partie pratique en commençant par faire le tour des outils qui peuvent nous aider à prendre les mesures de notre selle: un niveau (pour voir si le siège est droit), un Flexicurf qui permet de mesurer les évolutions du dos du cheval (outil bleu sur la photo ci-dessus), un "pad gel" (rien à voir avec ceux du commerce) qui après 20-30 min d'utilisation sous la selle montre grâce à son moulage s'il y a des points de pression, et le fameux tapis à capteurs de pressions qui permet d'avoir des données en temps réel (les analyses thermographiques ont été laissées de côté car jugées trop biaisées par le cheval lui-même).

Puis, Annette nous a montré quelques mesures que prend un saddle fitter sur un cheval bien au carré:
- Marquer le tour et la pointe de l'épaule afin de vérifier que la selle ne gène pas son mouvement.
- Marquer un trait à 3 doigts derrière l'omoplate et un autre à la dernière côte pour définir la zone dans laquelle la selle doit reposer.
- Mesurer "l'ouverture du garrot" à 3 doigts derrière l'omoplate et la reporter sur une feuille pour avoir une idée de la taille d'arçon nécessaire (cf la photo ci-dessus).
- Utiliser le niveau pour voir si le dos est droit dans la zone thoracique (et vérifier si le garrot est réellement haut ou si ce n'est qu'une impression).
- Observer et prendre des photos des pieds du cheval, de comment il se tient au naturel, de comment il se tient pour brouter...
Tout ceci peut également être réalisé par le cavalier et être envoyé, avec une fourchette du prix que l'on souhaite investir dans une selle, au saddle fitter avant son intervention pour commencer à l'aiguiller dans son choix de selles à apporter (sachant que les selles de dressage sont les plus difficiles à bien adapter).

Pour finir, la citation d'Annette Rancurel:
<< Il y a la conception de la selle et la réussite de l'adaptation. >>
(rappel sur le fait qu'une bonne selle ne fait pas tout) 


  • Partie technique équestre avec Evelyn Labrie (après-midi)

Quelle déception car avec le retard pris le matin, nous avons dû écourter de plus de moitié l'intervention d'Evelyn Labrie, pour qui j'ai eu un véritable coup de cœur ! Drôle, pédagogue, un petit accent québécois charmant et surtout une philosophie équestre qui met en avant une équitation fine et respectueuse, tout au poids du corps et aux jambes... j'adore et j'adhère ! Son approche du dressage prônant la justesse du cavalier pour obtenir la justesse du cheval est captivante et semble tellement évidente ! Je ne saurais malheureusement vous retranscrire grand chose de son intervention: afin de passer vite sur tout ce qu'elle voulait nous présenter, son débit de parole était assez élevé et j'ai préféré me concentrer sur ses explications plutôt que de prendre des notes (je ne voulais pas risquer d'en perdre une miette !). Mais si un jour vous avec l'occasion de la rencontrer ou de faire un stage avec (elle se déplace !), foncez: je me porte garant !

Evolution du travail de dressage selon Evelyn Labrie.
Une de ses diapos qui, si vous agrandissez, vous donnera une
bonne idée de son approche de l'équitation et du dressage.

Je vous partage quand même quelques bribes de son intervention que j'ai eu le temps de gribouiller dans la marge de mon bloc-note:
- Elle nous expliquait ne pas aimer le mot "position" pour parler de l'attitude du cavalier à cheval. "Position" fait penser à quelque chose de statique, on devrait plutôt parler de "posture" car en équitation, on n'est jamais fixe, on s'adapte au cheval !
- Notre posture si elle est bonne devrait nous permettre 1) de bien respirer, 2) de s'auto-étirer, 3) d'être stable, 4) d'avoir du liant avec le cheval (accompagner le mouvement, principalement avec le bassin).
- Elle nous a parlé de la "pince", terme que je ne connaissais pas et qui désigne la partie qui relie la hanche au genou et qui est, pour elle, la clé de la stabilité à cheval.
- Le travail du cavalier sur lui-même compte beaucoup et il y a beaucoup de choses à faire ! Elle explique qu'un bon cavalier devrait faire du cardio, de la musculation, des étirements, des exercices pour travailler sa posture et son équilibre, tout ça pour améliorer notre posture et nos capacités à cheval et réduire notre impact sur le mouvement de notre équidé. C'est la première des choses à faire avant de vouloir intervenir sur le cheval directement: s'améliorer soi-même et devenir un vrai athlète.

Et justement, elle nous a ensuite montré quelques mouvements à réaliser en selle pour améliorer sa posture et s'étirer, mais aussi quelques exercices à pied pour mieux faire accepter le mors à son cheval et lui apprendre à céder. Malheureusement, ce fut trop bref et difficile à suivre car la nuit étant tombée et l'heure avançant, elle n'a pu nous montrer qu'une poignée d'exercices, en statique, au milieu d'une allée d'écurie pendant que nous nous entassions comme nous pouvions autour.

Le cavalier doit s'améliorer pour ne pas augmenter les disymétries de son équidé.
Evelyn Labrie montrant des exercices
de monté de genoux et de battements.

Pour finir, les citations d'Evelyn Labrie:
<< Le mental, ce sera toujours fondamental >>
 (à propos du travail/apprentissage du cheval)
<< Le cavalier doit avoir les fesses intelligentes. >> 
(sous-entendu: ressentir ce qu'il se passe, s'adapter)



Le dernier mot Jean-Pierre...


Je trouve que la création de l'EASE est une excellente initiative qu'il est important de soutenir. Encore de nombreux cavaliers ignorent qu'une selle s'adapte à soi-même autant (voir même plus) qu'à son cheval et une partie des professionnels (selliers et compagnie) tire profit de ce manque d'information (ou est tout simplement aussi peu renseignée). La création de cette association est un bon moyen de démocratiser le saddle fitting, d'instruire un peu plus la population cavalière en matière d'équipement (et pas seulement !) et d'encadrer les pratiques de vente de matériel. Cette approche complète (en rappelant que la selle n'existe pas seule mais doit être remise dans le contexte du couple cavalier-cheval et de leurs défauts particuliers) est ce qui, selon moi, fait la force et l'intérêt de cette association.

S'il y a eu quelques couacs au niveau de la gestion du timing qui font que nous n'avons malheureusement pas pu voir tout ce qui était prévu, cette journée reste une excellente expérience qui m'aura permis de découvrir des professionnels très intéressants, mais aussi de rencontrer des passionnés du cheval d'horizons très divers autour d'un bon burger durant la pause de midi. L'EASE a péché par gourmandise en voulant trop en proposer en une seule journée mais je suis sure que le tir sera rectifié dès la prochaine initiation. Pour une première, on reste sur notre faim mais on en redemande aussi !













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