14 mars 2016

Ces deux rencontres qui ont changé ma vie de cavalière.



Cet article participe à la 25ème édition de la Cavalcade des blogs organisée par Cavali'erre sur le thème "Rencontre(s)".





L'équitation est une affaire de rencontres. Souvent, on attrape le virus du cheval grâce à un membre de notre famille, à une connaissance. On apprend, on évolue grâce à des moniteurs, des personnalités marquantes. On s'accroche, on continue grâce à notre cercle d'amis équitants. J'ai l'impression de n'avoir jamais connu tout ça, du moins jusqu'à un certain âge. J'ai bien sûr rencontré des personnes formidables qui m'ont donné ma chance, m'ont écoutée ou qui ont tout simplement fait preuve de gentillesse (Priscilla, Aude). Mais mes rencontres les plus marquantes, les plus instructrices, celles qui m'ont prises aux tripes et qui ont fait de moi la cavalière que je suis aujourd'hui, ce sont celles de chevaux. De deux chevaux en particulier.



Kaline de l'Henny


Malgré les années, j'ai encore le cœur qui se serre en écrivant son nom. Kaline, surnommée Morue pour son mauvais caractère au box, elle qui accueillait les cavaliers du club dents dehors, oreilles couchées et croupe en avant. Une furie à l'obstacle, qui prenait le mors aux dents et chargeait pour sauter à plat. Voilà comment on s'est rencontrées: il lui fallait un cavalier qui n'ait pas froid aux yeux, ferme mais sans violence. J'étais apparemment la mieux disposée pour ce poste, même si la jument me faisait un peu peur à pied et ne me plaisait pas particulièrement en selle.

Trois ans plus tard, j'entrais dans son box tranquillement sans qu'elle bouge une oreille et je connaissais par cœur ses endroits préférés pour les caresses. On abordait nos obstacles dans le calme et en équilibre. On abandonnait le releveur sur le plat. Je ne jurais plus que par elle. Jamais je ne m'en lassais, jamais elle ne m'agaçait, jamais je n'en avais peur. Avec elle, j'ai tout simplement compris ce que c'est de se dire "c'est ce cheval là et pas un autre". Un coup de cœur, un coup de foudre, appelez ça comme vous voulez. C'était simplement le bonheur comme je ne l'avais jamais connu en selle. Mais entre une boiterie intermittente et des soucis d'argent, les années club à ses côtés ont pris fin. Même au loin, je continuais de la surveiller et je montais un projet fou: celui de la racheter. Malheureusement, il fallait se rendre à l'évidence: malgré mes calculs savants, mes pauvres revenus d'étudiante ne me permettraient jamais d'assumer les soins pour ses pieds. Fin de mon rêve. Je décide de rester à pied et ne retourne que rarement la voir, c'est un tel crève-cœur d'être si proche et si loin à la fois. Quelques années après, à peine le deuil de mes espoirs digéré, la séparation devint définitive: à peine mise en retraite méritée, une colique l'a emportée.


C'est à cause d'elle que je n'ai pas voulu retourner en club. C'est parce que je n'ai pas voulu retourner en club que j'ai passé un an à pied. C'est parce que j'ai passé un an à pied que je me suis mise à observer et à dévorer livres et forums. C'est grâce à ces lectures et ces échanges que j'ai changé ma vision de l'équitation. C'est parce que j'ai changé de façon de voir les chevaux que j'ai décidé de prendre une demi-pension qui correspondait à cette nouvelle vision.


Loustic des Tarnauds


Me voilà lâchée dans la nature, seule avec un cheval réputé gentil et froid, mais seule quand même après plus d'un an sans avoir mis le pied à l'étrier. Loustic, je le connaissais vaguement car il a été en quelques sortes le voisin de box de Kaline: c'était aussi un cheval de club. Mais sa propriétaire a pu réaliser mon rêve échoué, celui de le racheter pour lui offrir une belle retraite suite à une boiterie. Sauf qu'avec un peu de repos au pré et un déferrage, le voilà comme neuf ! Prêt à en faire baver sa nouvelle demi-pensionnaire. Car j'ai tout à re-apprendre, des sensations à retrouver et il sait en profiter.

Loustic, ça aura été une angoisse de mal faire les choses, une inquiétude au moindre bobo ou changement de comportement, des remises en question à n'en plus finir, une incapacité à le faire trotter normalement pendant un paquet de séances, une quinzaine de tours de galop à batailler simplement pour qu'il cesse de m'arracher les bras, deux ans de répétition pour avoir une simple cession digne de ce nom, des heures à le marcher dans le froid l'hiver quand il était malade. Mais ça aura été aussi mes premiers galops sans selle ni filet en totale liberté, des sauvetages à l'obstacle où il pardonne toutes mes erreurs, des balades rênes longues lancé tel un pur-sang sur un hippodrome, mes premiers pas dans le travail à pied, mes premières victoires et vraies sensations en dressage, des premiers câlins et moments intimes qui veulent tout dire chez ce cheval si placide. Il m'en a fait baver, il m'a beaucoup donné, je l'ai détesté, je l'ai adoré, j'ai voulu arrêter, il va me manquer.

Loustic, c'est celui qui a affermi ma nouvelle vision de l'équitation, celui qui m'a inculqué plus que tous mes moniteurs réunis, celui qui m'a appris qu'il n'y a pas de petite victoire. Demain sera notre dernier jour ensemble et je n'ai aucun regret sur ces 3 ans et demi passés ensemble. Toutes les difficultés traversées m'ont grandis, il m'a tout simplement remise en selle (dans tous les sens du terme) et préparée pour la suite.



Ces deux rencontres sont liées et m'ont chacune apporté leur lot d'expériences bonnes et mauvaises, douloureuses et joyeuses. Les mots ne sauraient exprimer combien je suis reconnaissante envers ces deux chevaux et ceux qui m'ont permis de partager un bout de leur existence. Mes aventures avec eux sont terminées, mais j'ai hâte de voir ce que me réserve la suite. Si je retrouverais une Kaline et pourraient mettre en application ce que m'a appris Loustic, l'avenir nous le dira...






3 commentaires:

  1. La jument qu'on n'aime pas au départ, et sur laquelle on finit par craquer: je connais bien ça (et j'ai la chance d'avoir encore un rêve la concernant...) En tout cas, ce qu'ils semblent t'avoir tous les deux appris, c'est la patience. Deux belles rencontres, et je t'en souhaite une aussi belle à l'avenir :-D

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    1. Je crois que c'est le genre d'histoire qu'on retrouve dans tous les clubs, voir chez tous les cavaliers ^^

      Merci ! J'ai hâte de rencontrer le/la prochaine... Peut-être que ce sera celui/celle qui ne partira plus jamais ? ;)

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