28 mars 2016

J'ai testé pour vous... une séance de Bodywork pour soigner un syndrome High/Low.

Cet été, le cheval que j'ai en demi-pension a bénéficié d'une séance de bodywork pour soigner un possible syndrome high/low. Bodyquoi ? Syndrome "Allo" ? Ne connaissant pas du tout cette discipline et cette pathologie, j'ai décidé de faire ma reporter et de venir assister à la séance (oui, j'aime bien m'incruster comme ça). Plus de 6 mois après (on va dire que c'était le temps de prendre du recul sur les effets hein), je vous propose enfin de découvrir tout ça grâce à une debrief de cette séance et de ses résultats.



Le bodywork, qu'est-ce que c'est ?


Le bodywork est une médecine alternative propulsée par April Battles et centrée principalement sur le corps, tout en prenant en compte une part émotionnelle et spirituelle. Elle part du postulat que le cheval est capable de s'auto-guérir s'il est dans un environnement qui lui convient... ce qui n'est pas souvent le cas (sinon nous n'aurions jamais de bobos à guérir ou de spécialistes à appeler).

Le bodywork va donc prendre en compte le cheval dans sa globalité: dommages physiques ou psychiques déjà présents et analyse de sa conformation, sa posture, de son état musculaire, son état émotionnel, son alimentation, son passé, ses conditions de vie, son activité... Cette analyse va permettre au professionnel de repérer des dysfonctionnements et de guider le propriétaire pour l'aider à créer l'environnement nécessaire à la guérison de son cheval. Puis, la séance va consister en des massages, en diverses méthodes de touchers, de manipulations et en des mouvements de relaxation pour affecter le flux d'énergie du corps et lui donner l'impulsion nécessaire pour s'auto-guérir. Tout au long de la séance, c'est le cheval lui-même par ses réactions qui indique ce qui ne va pas et ce qu'il faut traiter; c'est pourquoi le bodywork nécessite plusieurs interventions pour être pleine efficace, le cheval se dévoilant et se débloquant un peu plus à chaque séance.

Posture typique, symptôme du syndrome high/low.
Le bodywork est efficace même pour les chevaux qui semblent sains...
Si on ne regarde pas leur posture.

Cette technique de médecine douce peut être utilisée en prévention n'importe quand, sur n'importe quel cheval, ou dès l'apparition de symptômes bénins ou de problèmes de comportement, qui peuvent en réalité avoir des causes plus profondes qu'il n'y parait: refuse de tourner d'un côté ou d'engager, difficultés à partir au galop ou se traverse, problèmes ostéopathiques récurrents, tente de mordre au sanglage, problèmes digestifs, hormonaux, allergies...



Le bodywork en réponse au syndrome high/low


Dans notre cas particulier, la découverte du bodywork s'est un peu faite par hasard. La propriétaire de ma DP avait remarqué que Loustic (sa fidèle monture qu'elle me prête chaque semaine) se tient souvent en ciseaux pour brouter (avec le même antérieur toujours avancé), et que l'antérieur resté en arrière est légèrement déformé (pied anciennement presque bot qui est resté plus creux, avec la fourchette peu développée, et légèrement évasé d'un côté). Dans une main, cette constatation, dans l'autre, la découverte au détour d'un forum de discussion d'un sujet sur le syndrome high/low. Révélation !

Le high/low est un problème très facile à détecter et enfaite très courant ! Les symptômes sont:
  1. La position typique au broutage ou à l'arrêt; en ciseaux avec le même antérieur toujours avancé (voir photo plus haut).
  2. Une différence de conformation entre les deux antérieurs avec celui resté en arrière (low) plus creux, avec une fourchette moins développée, une pince plus courte et des glomes hauts et serrés et l'antérieur resté en avant (high) qui est tout son contraire (plat, pince plus longue, glomes plus larges).
  3. Une dissymétrie des coudes avec le coude de l'antérieur "low" qui est sorti (on peut passer un ou deux doigts entre le coude et le ventre) et celui de l'antérieur "high" qui est rentré. Un détail un peu plus subtil mais qui est une bonne indication également.
Le syndrome high/low en image avec la comparaison de deux antérieurs de cheval.
Carton plein pour Loustic, on a un beau spécimen de high/low à la maison !

Au final, ces petits problèmes de symétrie se répercutent sur tout le corps avec un cheval qui n'est plus tout à fait droit (de façon presque imperceptible parfois), qui muscle plus un côté que l'autre et présente un côté raide, qui déséquilibre sa selle à cause d'un omoplate rentré ou sorti (conséquence directe du coude)... Bref, pas mal de désagréments dont on ne sait de prime abord à quoi les attribuer mais qui peuvent heureusement être réglés avec un bon parage, des exercices adaptés pour étirer, assouplir et muscler dans le bon sens, un tour chez l’ostéopathe et... du bodywork !

En effet, c'est April Battles, la spécialiste dans ce domaine, qui a découvert que le syndrome high/low est enfaite dû à une posture de compensation lorsque le cheval a une première côté déplacée (90% de sa clientèle la consulte pour cela) ! Cette première côte luxée bloque l'épaule, ce qui explique la position en ciseaux en brouter puisque l'épaule ne peut plus s'avancer (ce qui n'est pas le cas en selle, l'encolure relevée bloque moins le mouvement), les allures étriquées, le côté raide... Le problème est que ce syndrome est peu connu en France et nos ostéopathes ne sont donc pas formés pour le repérer et le soigner, ils ne font qu'agir sur ses conséquences. De plus, l’ostéopathie agit sur les muscles quand le bodywork agit sur les tissus: les deux pratiques sont donc complémentaires pour un résultat optimal !



Déroulement d'une séance de bodywork


Sur le papier, le bodywork semble donc être une pratique extraordinaire, qui convainc tout de suite de son bien fondé. Mais lorsque la séance a eu lieu, j'étais moins informée et j'ai été bien moins séduite.

La séance a été réalisée par Isabelle Dorand, spécialiste formée directement auprès d'April Battles et qui a tellement de cordes à son arc que ça en est presque une vaudou du cheval. La séance commence par un certain nombre de questions sur Loustic, son passé, comment il vit, tout en l'observant attentivement. Grand moment de silence où elle reste accroupie à le fixer en prenant des notes, pendant que nous nous demandons ce qu'il se passe, s'il faut attendre ou si ce silence est gênant et qu'il faut le briser.

Puis on passe aux premières manipulations qui consistent enfaite à de simples touchers, bras tendus, chaque main posée à un endroit que je suppose stratégique, pendant de longues minutes. Isabelle "attend". Enfin, nous attendons et elle, nous ne savons pas trop ce qu'elle fait. En bonne curieuse, je ne peux m'empêcher de lui poser des questions, lui tendre des perches pour avoir des explications, je lui demande si elle ressent des choses mais je n'obtiendrais qu'un "oui" et rien d'autre. Bon.

Après pas mal de touchers sur tout le corps, elle passe cette fois à des massages et des flexions. Là, pas besoin d'explications, les effets sont plus visibles: elle lui prend l'antérieur et le tire en avant, Loustic résiste puis se laisse aller, gagne en amplitude et se détend complètement, se laissant étirer et ne cherchant même plus à ramener son membre une fois posé au sol. Les manipulations sont parfois très appuyées (on a un cheval un peu insensible et très placide) mais sans brusquerie et très souvent suivies de signes de détente (baillements, fermeture des yeux, tête baissée).

Les effets d'une séance de bodywork sur un cheval atteint du syndrome high/low.
Avant/après séance de bodywork: des antérieurs enfin alignés et des tissus bien remplis !

Enfin, après 1h/1h30 de travail, Isabelle nous dit que sa côte est débloquée ainsi que d'autres zones de son corps et nous montre 5 mouvements (visibles sur cette vidéo) qu'il faudra désormais lui faire effectuer à chaque séance pour entretenir sa souplesse et empêcher le high/low de revenir ou du moins, le limiter. Elle nous préconise également de parer ses pieds plus court pour améliorer ses aplombs (quand je vous disais qu'elle est impressionnante, elle a aussi une formation de pareuse !). Enfin, elle nous dit qu'à chaque séance, il faut passer notre main le long de sa colonne vertébrale en répétant une phrase du type "je veux que tu te libère de ta crainte d'être abandonné": car c'était ça qu'elle notait au début de la séance en observant Loustic, les émotions enfouies qu'elle ressentait chez lui ! Peur, insécurité, crainte d'être abandonné entre autre, bref que des trucs hyper positifs qu'il faut chasser... en leur disant simplement de partir.




Le dernier mot Jean-Pierre...


Après avoir assisté à la séance, je suis restée assez sceptique. Je ne crois absolument pas à la libération des émotions enfouies en leur disant simplement de partir (la parole n'est pas le mode de communication des animaux, comment cela pourrait-il les aider ?) et je ne vois pas comment il est possible de les déterminer juste en regardant le cheval. J'ai été très frustrée par le peu d'explications données au cours de la séance, comme si on essayait de mystifier le bodywork (ou alors était-ce un besoin de concentration ?), ce qui m'a amenée à regarder d'un oeil encore plus critique le fait de simplement procéder par des touchers (encore une fois sans expliquer le but et les effets) et de faire faire au cheval des exercices qu'on aurait pu trouver sur le net... D'autant plus qu'après cette séance pourtant assez chère (120€ !), nous n'avons pas remarqué de changement flagrant au travail ou dans les allures.

MAIS il se peut que nous ayons eu de trop grandes attentes envers cette séance, sachant aussi que l'efficacité du bodywork se révèle sur plusieurs séances (ce qui n'est malheureusement pas possible à cause du prix et du fait qu'Isabelle vienne de Suisse). De plus, les conseils sur le parage se sont révélés plutôt bénéfiques, Loustic a clairement retrouvé de la souplesse sur son côté qui était bloqué (alors qu'il avait vu l'ostéo peu de temps avant sans changement), son high/low s'est amélioré durant une bonne période, son dos s'est un peu retendu (grâce à la séance, aux 5 exercices qui l'entretiennent bien et au travail) et enfin, grâce à des photos comparatives, on a pu s'apercevoir que Loustic semblait un peu plus "rempli", avec de plus belles formes après la séance. Sans compter que ça l'avait bien détendu !

Je pense donc que le bodywork peut être très efficace (malgré quelques désappointements, il y a eu des effets positifs avec une seule séance ! Et après tout, la médecine n'est pas non plus une science exacte et chaque individu réagit plus ou moins fort) et doit avoir des résultats très intéressants avec des séances régulières. Si vous en avez la possibilité, cela ne peut être que bénéfique d'intégrer cette médecine alternative à vos traditionnels rendez-vous annuels avec le dentiste et l'ostéopathe ou au moins de tester à l'occasion une séance.














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14 mars 2016

Ces deux rencontres qui ont changé ma vie de cavalière.



Cet article participe à la 25ème édition de la Cavalcade des blogs organisée par Cavali'erre sur le thème "Rencontre(s)".





L'équitation est une affaire de rencontres. Souvent, on attrape le virus du cheval grâce à un membre de notre famille, à une connaissance. On apprend, on évolue grâce à des moniteurs, des personnalités marquantes. On s'accroche, on continue grâce à notre cercle d'amis équitants. J'ai l'impression de n'avoir jamais connu tout ça, du moins jusqu'à un certain âge. J'ai bien sûr rencontré des personnes formidables qui m'ont donné ma chance, m'ont écoutée ou qui ont tout simplement fait preuve de gentillesse (Priscilla, Aude). Mais mes rencontres les plus marquantes, les plus instructrices, celles qui m'ont prises aux tripes et qui ont fait de moi la cavalière que je suis aujourd'hui, ce sont celles de chevaux. De deux chevaux en particulier.



Kaline de l'Henny


Malgré les années, j'ai encore le cœur qui se serre en écrivant son nom. Kaline, surnommée Morue pour son mauvais caractère au box, elle qui accueillait les cavaliers du club dents dehors, oreilles couchées et croupe en avant. Une furie à l'obstacle, qui prenait le mors aux dents et chargeait pour sauter à plat. Voilà comment on s'est rencontrées: il lui fallait un cavalier qui n'ait pas froid aux yeux, ferme mais sans violence. J'étais apparemment la mieux disposée pour ce poste, même si la jument me faisait un peu peur à pied et ne me plaisait pas particulièrement en selle.

Trois ans plus tard, j'entrais dans son box tranquillement sans qu'elle bouge une oreille et je connaissais par cœur ses endroits préférés pour les caresses. On abordait nos obstacles dans le calme et en équilibre. On abandonnait le releveur sur le plat. Je ne jurais plus que par elle. Jamais je ne m'en lassais, jamais elle ne m'agaçait, jamais je n'en avais peur. Avec elle, j'ai tout simplement compris ce que c'est de se dire "c'est ce cheval là et pas un autre". Un coup de cœur, un coup de foudre, appelez ça comme vous voulez. C'était simplement le bonheur comme je ne l'avais jamais connu en selle. Mais entre une boiterie intermittente et des soucis d'argent, les années club à ses côtés ont pris fin. Même au loin, je continuais de la surveiller et je montais un projet fou: celui de la racheter. Malheureusement, il fallait se rendre à l'évidence: malgré mes calculs savants, mes pauvres revenus d'étudiante ne me permettraient jamais d'assumer les soins pour ses pieds. Fin de mon rêve. Je décide de rester à pied et ne retourne que rarement la voir, c'est un tel crève-cœur d'être si proche et si loin à la fois. Quelques années après, à peine le deuil de mes espoirs digéré, la séparation devint définitive: à peine mise en retraite méritée, une colique l'a emportée.


C'est à cause d'elle que je n'ai pas voulu retourner en club. C'est parce que je n'ai pas voulu retourner en club que j'ai passé un an à pied. C'est parce que j'ai passé un an à pied que je me suis mise à observer et à dévorer livres et forums. C'est grâce à ces lectures et ces échanges que j'ai changé ma vision de l'équitation. C'est parce que j'ai changé de façon de voir les chevaux que j'ai décidé de prendre une demi-pension qui correspondait à cette nouvelle vision.


Loustic des Tarnauds


Me voilà lâchée dans la nature, seule avec un cheval réputé gentil et froid, mais seule quand même après plus d'un an sans avoir mis le pied à l'étrier. Loustic, je le connaissais vaguement car il a été en quelques sortes le voisin de box de Kaline: c'était aussi un cheval de club. Mais sa propriétaire a pu réaliser mon rêve échoué, celui de le racheter pour lui offrir une belle retraite suite à une boiterie. Sauf qu'avec un peu de repos au pré et un déferrage, le voilà comme neuf ! Prêt à en faire baver sa nouvelle demi-pensionnaire. Car j'ai tout à re-apprendre, des sensations à retrouver et il sait en profiter.

Loustic, ça aura été une angoisse de mal faire les choses, une inquiétude au moindre bobo ou changement de comportement, des remises en question à n'en plus finir, une incapacité à le faire trotter normalement pendant un paquet de séances, une quinzaine de tours de galop à batailler simplement pour qu'il cesse de m'arracher les bras, deux ans de répétition pour avoir une simple cession digne de ce nom, des heures à le marcher dans le froid l'hiver quand il était malade. Mais ça aura été aussi mes premiers galops sans selle ni filet en totale liberté, des sauvetages à l'obstacle où il pardonne toutes mes erreurs, des balades rênes longues lancé tel un pur-sang sur un hippodrome, mes premiers pas dans le travail à pied, mes premières victoires et vraies sensations en dressage, des premiers câlins et moments intimes qui veulent tout dire chez ce cheval si placide. Il m'en a fait baver, il m'a beaucoup donné, je l'ai détesté, je l'ai adoré, j'ai voulu arrêter, il va me manquer.

Loustic, c'est celui qui a affermi ma nouvelle vision de l'équitation, celui qui m'a inculqué plus que tous mes moniteurs réunis, celui qui m'a appris qu'il n'y a pas de petite victoire. Demain sera notre dernier jour ensemble et je n'ai aucun regret sur ces 3 ans et demi passés ensemble. Toutes les difficultés traversées m'ont grandis, il m'a tout simplement remise en selle (dans tous les sens du terme) et préparée pour la suite.



Ces deux rencontres sont liées et m'ont chacune apporté leur lot d'expériences bonnes et mauvaises, douloureuses et joyeuses. Les mots ne sauraient exprimer combien je suis reconnaissante envers ces deux chevaux et ceux qui m'ont permis de partager un bout de leur existence. Mes aventures avec eux sont terminées, mais j'ai hâte de voir ce que me réserve la suite. Si je retrouverais une Kaline et pourraient mettre en application ce que m'a appris Loustic, l'avenir nous le dira...