21 sept. 2015

Amour du cheval ou amour du sport ?

Je me souviens combien je m'insurgeais avant en voyant les cavaliers de club changer de monture préférée comme de chemise lorsqu'ils découvraient les qualités supérieures du voisin de box. Ou lorsque je voyais ces mêmes cavaliers changer de demi-pension dès que l'actuelle montrait des signes de faiblesse (vieillesse, blessure, rétivité), sans même un regard en arrière. Et le summum: ces cavaliers qui achètent un cheval pour le vendre deux ans après car celui-ci n'est pas assez performant et ne ramène pas assez de flots à la maison. Je pensais que ces cavaliers étaient tout simplement sans cœur et prenaient les équidés pour des jouets que l'on remplace dès qu'ils ne nous divertissent plus ou cassent, et je vois encore des gens autour de moi penser comme cela. Mais depuis j'ai compris: le monde du cheval est divisé entre les amoureux du sport et les amoureux de l'animal

L'un n'empêche pas l'autre biensûr mais c'est cette différence qui va guider nos choix. Parfois je me pose la question de savoir si je préfère le sport ou l'animal: que faire lorsqu'on stagne avec sa demi-pension ? Rester car on y est attaché, qu'on privilégie le lien avec l'animal, la relation que l'on a créée et sa douce routine ? Ou changer pour pouvoir progresser, être un meilleur cavalier, acquérir de nouvelles connaissances et peut-être par là devenir un homme (ou femme) de cheval accompli ? Comment accorder ces deux envies ? Maintenant que je me suis retrouvée face à ces problématiques, je regarde avec plus d'indulgence les cavaliers cités plus haut. Il faut simplement admettre que tous les cavaliers n'ont pas la même passion et que c'est ok tant que le respect de l'animal est là. Remplacer son cheval par un meilleur n'empêche pas de lui trouver une bonne famille et de s'assurer que son avenir sera paisible. Changer régulièrement de monture ne veut pas dire que les sentiments éprouvés pour la précédente étaient faux. On peut aimer fort les chevaux mais plus fort encore la sensation éprouvée quand la taille des obstacles monte ou le sentiment lorsqu'on fini sur le podium. Tout est question d'être clair avec soi-même et de savoir où se situe sa passion. Plus qu'une question de passion, cela peut aussi être une question d'objectif: si le but d'un équitant est de devenir cavalier professionnel, il faudra savoir laisser de côté son cheval de cœur maître d'école pour lui préféré les jeunes talents qui permettront de faire ses preuves.

Choisir le coeur ou la raison ? Aimer le cheval ou la compétition ?
Une passion qui débute bien souvent durant l'enfance: mais comment évolue-t-elle ?
Crédit: couleur-lauragais.fr

Parfois aussi on passe de l'une à l'autre de ces passions, parfois il faut plusieurs montures pour trouver le cheval qui changera tout, parfois le cavalier qui a vendu son cheval sera celui qui le rachète pour lui offrir la retraite qu'il mérite, parfois nous ne sommes même plus passionnés par le cheval mais par UN cheval après lequel tout pourrait s'arrêter... Cavaliers, nous ne sommes pas tous liés par la même passion mais par le même sujet. Et celui-ci ne pâtit pas forcément de cette distinction, c'est plutôt le cavalier qui peut se retrouver torturé entre raison et cœur. Alors ne jugeons pas trop hâtivement ces cavaliers qui préfèrent trouver le cheval de tête de leur piquet de concours plutôt que le cheval d'une vie. Il n'y a pas lieu de penser qu'un équi-piéton vaut mieux qu'un cavalier lambda parce que s'il n'embête pas son cheval en montant dessus, c'est qu'il l'aime plus. Alors il n'y a pas lieu non plus de juger ces cavaliers compétiteurs. On ne peut pas hiérarchiser la passion ou les bons ou mauvais cavaliers tout simplement car nous n'avons pas tous la même pratique de l'équitation.

Mais que penser du fait qu'il y ait d'excellents cavaliers en selle et à pied qui se révèlent totalement décevant concernant la connaissance du cheval en tant qu'être vivant ? Tout cavalier quel qu'il soit ne devrait-il pas avoir une connaissance parfaite de l'animal, le comprendre pour évoluer au mieux selon ses objectifs ? Connaissance du cheval et pratique équestre ne devraient-ils pas être indissociables ou la différence de passion peut-elle justifier cette absence d'intérêt envers l'animal plus largement (sa sensibilité, son fonctionnement naturel, son corps...) ? Les amoureux du sport peuvent-ils se passer des avancées dans la connaissance du cheval ?


Et vous, êtes-vous plus passionnés par l'animal ou par le sport ? Comment conciliez-vous les deux ?

















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14 commentaires:

  1. J'avoue que j'ai quand même du mal avec les compétiteurs à outrance. Quand gagner à tout prix fait oublier le cheval. Au lieu de tenter de découvrir d'autres choses avec le cheval que l'on a, de chercher à progresser là où c'est possible, on change de cheval pour sauter toujours plus haut...
    Bon, je suis du genre à remonter mon ancienne DP 10 ans après et à faire un concours avec, quitte à sauter moins haut selon ses capacités, (18 ans, 1m45 au garrot, et on a fait un joli sans-faute en club 3 XD), donc je suis surement biaisée du côté des amoureux du cheval!
    En tout cas, bonne analyse!

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    1. Je pensais comme toi avant mais après tout, si les chevaux sont bien traités, qu'est-ce qu'on peut y redire ? Le cavalier est content, les chevaux mènent une vie normale et bien soit :) On a pas la même passion tout simplement.

      Mais je t'avoue que je penche quand même plus de ton côté: j'étais prête à racheter la jument de mon coeur boiteuse, je voulais juste qu'elle soit avec moi pour toujours, peut importe si on faisait que de la balade à cheval ou à pied, l'important c'était la relation qu'on avait. ça ne s'est pas fait et depuis, la balance penche également côté "amour du sport": je fais beaucoup plus d'efforts dans ce sens, je VEUX progresser et c'est ce qui est primordial à ce jour. Par contre le jour où je pourrais enfin acheter mon cheval et être certaine que celui-là ne me quittera jamais, c'est la relation qui primera de nouveau avant le reste, je veux trouver le cheval d'une vie ! Mais j’achèterais quand même un cheval correspondant à mes objectifs de travail, le meilleur moyen de satisfaire les deux passions :)

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    2. "SI les chevaux sont bien traités": voilà tout le problème! Après, ce n'est pas que je pense que mon équitation soit meilleure, loin de là, c'est juste que je ne le comprends pas. Moi aussi, j'aime le côté sportif avec toujours l'objectif de progresser, mais je ne veux pas que ça soit au détriment du cheval. :-)

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    3. Ah oui mais on est d'accord: si après le cheval fait placard - travail - placard, là ça me dérange carrément ! Il y a un minimum à assurer sinon de toute façon on ne mérite pas de poser ses fesses sur le cheval quoi...

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  2. Sans la moindre hésitation, je suis une amoureuse du cheval, et plus particulièrement, je pense que Prince est LE cheval après lequel tout pourrait s'arrêter. Mais je ne renoncerais jamais complètement aux chevaux :)

    Et puis, j'étais comme toi, avant d'y réfléchir sérieusement, je ne pensais que du mal des cavaliers "de compétition", qui montent à cheval par amour du sport. Mais j'ai subit trop de critiques de cavaliers à l'esprit étriqué (mon équitation tranquille et de loisir ne serait pas une vraie équitation, parait-il), et j'ai compris qu'on avait juste pas les mêmes envies, les mêmes objectifs. Je pense qu'il est important de comprendre ça, et de le respecter.

    Il y a une réponse dans ton article sur laquelle j'ai un avis bien tranché : la passion du sport équestre NE JUSTIFIE EN AUCUN CAS une mauvaise connaissance du cheval en tant qu'être vivant, puisque comme tu l'as dit, tout cavalier, quel qu'il soit, quoi qu'il attende de l'équitation, se doit de faire passer son cheval et le respect de ce dernier et de sa vie animale avant TOUT. Et ça ne peut se faire qu'avec un certain nombre de connaissances.

    Voilà mon avis !! Et comme d'habitude, un article intéressant, parfaitement bien écrit,et agréable à lire :D

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    1. C'est vrai que je n'ai pas parlé à l'inverse des cavaliers critiqués car ils ne font "pas grand chose" et là encore, c'est bien une question de point de vue.

      La dernière question c'est surtout que dernièrement j'ai été sur le cul de voir un cavalier pro, un vrai, apparemment excellent pour le travail du cheval, plein de tact et de douceur et qui pourtant est persuadé qu'un cheval ne peut pas s'intoxiquer avec des plantes car il n'y crois pas, "ils savent ça les chevaux, ils les mangent pas, ils ont appris dans la nature"... ??!! On lui parle des écuries décimées aux Etats-Unis à cause du séneçon ? On lui rappelle que le cheval est domestiqué depuis tellement longtemps et a grandit entre 4 murs et donc ne reconnait plus aussi bien les plantes ? On lui explique le surpaturage ?

      Enfin bref, j'ai été choquée de voir qu'il peut y avoir un si grand écart entre maîtrise de l'équitation et connaissance de l'animal ! Alors dans son quotidien de cavalier pro ce n'est pas gênant (ça ne l'empêche pas de bien monter), donc est-ce acceptable ? Mais il y a pas un moment où ça va interférer ? Genre savoir que c'est prouvé scientifiquement que le box et le manque de contacts entre chevaux est source de stress, est-ce que ça ne changerait pas sa façon de gérer ses chevaux au travail pour les mettre dans de meilleures conditions ?...


      Je crois que je rêve trop d'un monde utopique.

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  3. Bon article. En ce qui me concerne, c'est 300% l'amour du cheval. Déjà, je n'ai pas du tout l'esprit de compétition (sauter plus haut, pourquoi faire, en plus ça stresse); ensuite, si je m'attache a un équidé, c'est surtout pour son caractère, qu'importe s'il ne sait pas partir sur le bon pied, il apprendra. D'ailleurs, mon premier (et actuel) cheval est un ancien poney de club, hyper têtu, qui m'a fait tomber récemment, mais que j'aime et que je ne laisserai jamais tomber.

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    1. Je crois qu'au final c'est toujours comme ça: c'est ceux qui nous font le plus tourner en bourrique qui finissent par nous séduire ! :)

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  4. Moi je me pose une question : "Et le cheval, lui, est-il passionné le sport que l'humain lui impose?

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    1. Cheval, chien, chat, animaux sauvages mis en cage... Tous les animaux subissent nos volontés. Le chien et le chat ne seraient-ils pas mieux à vivre en meute et en liberté ? Les rongeurs dans la nature ?

      A partir du moment où on décide de monter à cheval, on exerce une contrainte sur l'équidé, j'en suis personnellement consciente et j'espère que tous les cavaliers le sont. J'ai eu ce questionnement à un moment de me dire; si j'aime vraiment les chevaux, je devrais pas plutôt leur foutre la paix dans leur pré plutôt que de répéter des heures la même cessions à la jambe pour qu'elle soit parfaite ? Quel plaisir pour eux là-dedans ?

      Alors je reconnais que je suis en partie égoïste et j'ai envie de garder mon plaisir de grimper dessus. Mais à côté de ça, j'essaye de faire le maximum pour leur offrir la meilleure vie possible et compenser ce "dérangement" que je leur impose. Je les respecte, je privilégie la douceur dans nos rapports, je m'adapte à chaque monture pour ne pas lui demander plus qu'elle ne peut, je milite pour les pieds nus, pour la vie au pré en compagnie de d'autres équidés et je ne fais pas QUE monter dessus. Je pars en balade, je joue à pied, je propose pleins d'autres choses pour que le cheval y trouve aussi son compte et s'épanouisse.

      Et j'ose espérer que chaque cavalier fonctionne ainsi et que si un cheval est capable de tourner à haut niveau, c'est que la vie qu'il mène à côté lui correspond, qu'il a les capacités pour et que ça lui est demandé de telle façon qu'il ait envie de coopérer. Je comprend les cavaliers qui préfèrent le sport si et uniquement SI ces conditions sont respectées. Le bien-être du cheval est et devra toujours être la priorité.

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    2. Je me suis posée la même question ''si j'aime vraiment les chevaux, je devrais pas plutôt leur foutre la paix''. Et j'assume le fait que j'ai besoin de les monter. Et je pense même qu'ils y trouvent du plaisir. Du moins, si on leur accorde un mode de vie qui leur correspond, et un travail adapté à leur capacités à leurs goûts. Peut-être que je me trompe, c'est en tout cas une vision très humaine des choses. Mon poney vit au pré à l'année avec son copain shetland et il est toujours très content de travailler avec moi. Il rechigne un peu lorsqu'il voit arriver la bride (il est monté exclusivement avec), pourtant en extérieur je vois bien qu'il fait plein d'efforts !
      Benjamine

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  5. Ah, délicate question ! Bien sûr que j'aime l'animal, mais force est pour moi de reconnaître que si je ne pouvais plus monter et devais uniquement rester "piétonne"... Ça m'emm**derait !
    J'aime dresser, constater semaine après semaine les progrès réalisés, sentir les rares et précieux moments où le cheval effectue parfaitement la figure demandée dans la relaxation, souplesse et légèreté ^^... Et un concours de temps en temps pour le plaisir ne fait pas de mal ;).
    Après, oui monter un cheval c'est forcément lui imposer une contrainte à laquelle il n'a pas vraiment son mot à dire, et ce dans un but purement personnel pour nous humains. Mais les contraintes peuvent êtres adoucies et minimisées... Car honnêtement, que deviendraient 900 000 chevaux (presque 1 million) non montés et laissés entre eux en liberté dans les champs ? Ça ne serait pas viable à terme (on verrait peut-être des chevax exposés dans les zoos qui sait ?). On a trop modifié l'environnement pour faire demi-tour, et nous sommes désormais obligés d'intervenir (à un degré plus ou moins important) dans la vie des chevaux si on veut leur garantir une place à nos côtés pour les années à venir... Qu'on se le dise et que les fanatiques et gagas des "hommes sont super méchants et devraient foutre la paix à tous les animaux à jamais et les laisser vivre en liberté" en prenne note.

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    1. Je suis d'accord avec tout !

      J'aime le cheval avant tout, mais ça me manquerait énormément de ne plus monter !

      Et pour moi le cheval fait partie des espèces comme le chien, le chat qui se sont le mieux adaptées à l'homme (même s'ils n'ont pas eu le choix) et qui peuvent trouver aussi leur confort dans l'utilisation qu'on en fait. Un cheval peut s'épanouir aussi en étant utilisé pour l'équitation, tout est une question d'équilibre et comme tu dis, d'adoucir les contraintes qu'on lui impose en lui offrant la meilleure vie possible à côté :) Et comme l'homme a tendance à faire disparaître ce qui ne lui sert pas...

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