20 avr. 2015

Les expressions françaises issues de l'univers équestre.

Le français est une langue riche et très imagée, friande d'expressions plus cocasses les unes que les autres. Mais sait-on d'où nous viennent ces expressions parfois désuètes mais souvent encore au goût du jour ? En fouillant un peu, on s'aperçoit que beaucoup ont été empruntées au vocabulaire militaire, à une époque où les armées étaient très sollicitées et omniprésentes dans le vie des hommes... Tout comme l'étaient les chevaux ! Eh oui, nos précieux équidés ont été un facteur d'enrichissement de la langue de Molière, si c'est pas la classe ça ! Faisons donc un petit tour des expressions issues de l'univers équestre.


"Ce n'est pas la mort du petit cheval"


Cette expression peut être utilisée de deux façons:
- "Si tu participes à ce concours, c'est la mort du petit cheval !" ce qui signifie "tu cours à ta perte", "c'est la fin des haricots".
- "Même si tu perds, ce n'est pas la mort du petit cheval" ce qui signifie "ce n'est pas grave".

Mais qui est ce petit cheval dont tout le monde se fout ou dont la mort pourrait signifier la fin de tout espoir ? Son histoire est assez floue mais il semblerait communément admis que cette expression est inspirée du monde des courses, ou plutôt de leur version miniature. Les jeux de petits chevaux nés dans les années 1930 étaient une des meilleures sources d'argent des casinos. Avec leur disparition dans les années 1950, ça a été la "mort du petit cheval" synonyme d'une grosse perte de revenus ! Un vrai drame pour les casinos, la fin d'espérance de gros gains... mais qui pour autant n'a pas remit en cause leur survie.



"Ne pas être dans son assiette"


Cette expression signifie "ne pas se sentir bien", "ne pas être dans son état normal".

Je suis sûre que, comme moi, beaucoup  pensaient plutôt à l'assiette pour manger (allez avouez, on a tous un côté blond en nous). Mais point du tout ! On parle bien de l'assiette à cheval, l'assise en selle, qui permet de tenir sur sa monture et qui correspond à la recherche d'équilibre, de confort et d'accompagnement. A l'inverse, lorsqu'on n'est pas dans son assiette, on risque de basculer, on n'est pas à l'aise. Quelque chose ne va pas, tout simplement. Le fait d'avoir une bonne assise peut aussi désigner symboliquement un bon état d'esprit.

Explication et origine de l'expression "ne pas être dans son assiette".
Ici ce serait plutôt mettre les pieds dans le plat... - Crédit: ruelles.wdp.com


"A cheval donné, on ne regarde pas la bouche"


La bouche, les dents ou la bride. Cette expression signifie que l'on "ne critique pas un cadeau", "on ne regarde pas les défauts d'un cadeau car il faut être reconnaissant/content d'en avoir un".

Certainement une des expressions d'origine équestre les plus anciennes que nous ayons puisqu'elle existe en latin médiéval sous la forme "non oportet equi dentes inspicere donati" (à noter dans votre carnet de répliques "Comment briller en société, version équestre"). A l'époque où le cheval avait une valeur inestimable puisqu'il permettait de voyager et de travailler la terre, en recevoir un en cadeau - fut-il vieux, rétif, malade, en mauvaise santé - était un véritable don du ciel ! Peut importe les défauts, c'était un présent incroyable qui méritait des remerciements en bonne et due forme. De nos jours, le savoir-vivre nous a appris qu'il était très impoli de critiquer un cadeau.



"Ne pas se trouver sous le sabot d'un cheval"


Cette expression signifie que quelque chose est "rare" ou "difficile à trouver".

Datant du XVIIème siècle, il semble que cette expression ait été modifiée au fil du temps dans une volonté de simplification et de compréhension. A l'origine, on disait "ne pas se trouver dans le pas d'un cheval", le pas désignant les traces de sabots au sol. Et qu'est-ce que qu'on trouve dans les traces de sabots ? De l'herbe, de la boue, bref des choses sans valeur et qu'on voit partout. Donc logiquement ce qui ne se trouve PAS sous le sabot d'un cheval, ce sont les choses rares et de plus grande importance/utilité !



"Mettre à pied"


Cette expression signifie "renvoyer" (quelqu'un de façon temporaire ou définitive).

Vous ne l'attendiez pas ici celle-là hein ? Et pourtant, cette expression du XVième siècle provient de la cavalerie militaire. Lorsqu'un cavalier ou grenadier commettait une faute, on le privait pour un temps de son cheval afin de le punir et de lui faire subir la honte de rentrer à pied parmi les autres soldats (et d'ensuite effectuer tout un tas de tâches ingrates). De nos jours, être démis de nos fonctions même temporairement est assez humiliant pour qu'on n'en rajoute pas en plus...



"Etre à cheval sur"


Cette expression signifie "être exigeant à propos de", "attacher de l'importance à".

Un bon cavalier doit tout savoir de son cheval, être intransigeant sur le dressage, parfaitement au point à l'obstacle, ne rien laisser passer concernant les soins, exiger de son cheval un éducation parfaite: le cavalier ne doit pas être seulement "à cheval" mais véritablement lié, attaché à sa monture et incollable sur tout ce qui la concerne. Attitude que reproduit une personne passionnée par la langue française (par exemple), qui doit connaitre les règles d'orthographe par cœur et ne tolérera aucune faute. On a donc utilisé l'imagerie équestre pour nommer ce phénomène et faire apparaître cette expression dans le Dictionnaire de l'Académie Française en 1832.



"Etre droit dans ses bottes"


Cette expression signifie "garder une attitude constante", "être ferme et déterminé, sans plier", "avoir sa conscience pour soi".

Là encore, cette expression semble avoir été inspirée de faits équestres. Les militaires à cheval devaient se tenir droit en selle, donc dans leurs bottes. Le sens plus moral de l'expression est peut-être inspiré du fait qu'un militaire doit toujours être déterminé et ne jamais dévier de son but en mission.



"Ronger son frein"


Cette expression signifie "contenir avec peine son impatience/dépit/colère".

A l'époque où il n'y avait pas de véhicule, comment voyageait-on ? A cheval. Et à quoi correspond le frein sur un cheval ? Bingo, au mors ! Quand le cheval s'impatiente, qu'il trépigne, qu'il est stressé et cherche à fuir, on le retient avec des actions de mains qui bloquent son élan. Le cheval se défend alors dans la bouche et "ronge son frein". En l'empêchant de s'exprimer, il bouillonne littéralement de l'intérieur mais ne peux agir, situation que nous pouvons nous aussi connaitre dans la vie quotidienne.

Origine et explication de l'expression "ronger son frein"
Ronger son frein - Crédit: jules.f-comte.fr.over-blog.com


"Etre coiffé au poteau"


Cette expression signifie "être battu au dernier moment", "être battu de justesse".

Même sans être expert en courses hippiques, on sait tous que la ligne d'arrivée est symbolisée par un poteau. En 1906, le verbe "coiffer" a pris le sens de "dépasser": tous les ingrédients étaient réunis pour donner naissance à cette expression qui désignait un cheval gagnant d'une courte tête sur un autre. Cette situation a été transposée dans la vie de tous les jours et signifie maintenant que quelqu'un l'a emporté sur nous au dernier moment (pour obtenir un job par exemple).



"Avoir la bride sur le cou/Lâcher la bride à quelqu'un"


Cette expression signifie "être libre de faire ce que l'on veut / Laisser quelqu'un libre d'agir comme il le souhaite".

Expression toute simple et très claire: quand vous lâchez vos rênes, votre cheval redevient libre de faire ce que bon lui semble. Fin de l'histoire, merci au revoir.



"Manquer le coche"


Ou rater ou louper. Cette expression signifie "manquer ou laisser passer une occasion".

Au XVIIème siècle, le coche était un bateau de rivière, tiré par des chevaux sur les berges, et qui servait au transport d'individus. Le coche avait donc des horaires de passage à différents arrêts (le bus fluvial de l'époque quoi). Quand vous manquiez le coche, c'est tout simplement que vous manquiez le passage du bateau à votre arrêt. Donc par extension, c'est devenu le fait de rater quelque chose qui aurait pu être excitant (eh oui, partir en bateau, c'était déjà une petite aventure).



"Donner un coup de collier"


Cette expression signifie "produire un effort intense et bref", "se remettre au travail de façon plus acharnée".

Cette métaphore nous vient de temps pas si lointains puisqu'elle est valable pour tout travail de traction associé à un cheval. Pour tirer une charrue ou débarder une forêt, le cheval est équipé d'un collier passé autour de l'encolure et qui repose près des épaules, sur lequel il pèse pour tirer sa charge. Quand le cheval met un "coup de collier", c'est qu'il met une pression plus forte, fait un effort plus conséquent pour venir à bout d'une difficulté où pour se lancer dans le mouvement en avant.



"Mettre le pied à l'étrier"


Cette expression signifie "débuter quelque chose" ou "être dans une situation favorable à la réussite de quelque chose".

Mettre le pied à l'étrier pour un cavalier permet de se hisser en selle et marque donc le début de la séance. On a donc bien la notion qu'on est au commencement de quelque chose et qu'on s'élève par ses propres moyens. On est dans la bonne situation pour arriver en selle, ce qui est une réussite (d'ailleurs, on parle toujours après un échec de la nécessité de "se remettre en selle"). 



"Monter sur ses grands chevaux"


    Cette expression signifie "s'emporter", "se mettre en colère", "prendre de haut".

    Elle trouve son origine à l'époque médiévale (rien que ça). Pour combattre, les chevaliers choisissaient de préférence des montures de grande taille pour avoir un meilleur point de vue, impressionner l'adversaire et le dominer: les fameux destriers (en opposition au palefroi qui servait pour les dames, les parades et les voyages et au sommier qui était en fait le cheval de bat). A l'origine, monter sur ses grands chevaux signifiait donc qu'on partait au combat. Cette expression est restée de façon figurée: la fougue qu'il faut pour affronter son ennemi, le fait de partir en croisade pour défendre ses idées, regarder de haut son adversaire, tout cela se retrouve chez une personne qui "monte sur ses grands chevaux".

    Origine et explication de l'expression "monter sur ses grands chevaux".
    Monter sur ses grands chevaux, c'est pas de tout repos! - Crédit: clic-cheval.com


    "C'est mon dada"


    Cette expression signifie que quelques chose est notre "activité/sujet de prédilection/favori".

    Dada, on le sait tous, c'est le mot enfantin pour désigner les chevaux. Ce que l'on sait moins, c'est que ce mot et l'expression qui l'accompagne proviennent de l'anglais, et plus précisément de la littérature. L'écrivain Sterne dans un de ses romans a employé le terme de "hobby-horse", traduit par "dada", pour désigner une idée fixe. Au sens propre, ce mot désigne les bâtons en bois surmontés d'une tête de cheval que les enfants s'amusent à chevaucher. Au sens figuré, "to ride one’s hobby-horse" se traduit par "enfourcher son dada ; partir sur son dada", c’est-à-dire poursuivre/mettre à pratique son sujet/activité favori.



    Le dernier mot Jean-Pierre...


    Je n'ai choisi ici que les expressions que l'on entend encore de nos jours, et pas seulement dans la bouche des plus de 70 ans. Mais je suis sûre que l'ont peut en trouver un tas d'autres et que vous êtes peut-être capable de m'en donner...? En tout cas, je trouve cela passionnant de voir à quel point l'art équestre a pu inspirer ou marquer la langue française. C'est un véritable témoignage des époques passées. Alors chérissez la langue française car elle le rend bien à nos équidés !














    .............................................A lire aussi sur le blog..............................................


    7 commentaires:

    1. La première expression, je ne la connaissais pas.
      Et en fait, une fois qu'on y pense "ne pas être dans son assiette" et "mettre à pied" ont un sens évident en rapport avec l'univers équestre, mais je n'avais pas fait le lien!
      Et sinon, si t'en veux d'autres, des citations équestres, y'en a chez Soon a horse aussi ;-) http://soon-a-horse.blogspot.fr/2015/02/les-citations-francaises-version.html

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      1. Je te rassure, tu n'es pas la seule ^^

        Oui je connaissais l'article de Soon-a-horse, j'avais même commenté en disant que j'avais le même en préparation :)

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    2. Et ben, j'en aurais appris des choses sur cet article ! C'est vrai qu'il y en a des vraiment évidentes auxquelles je n'avais jamais pensé ^^ Merci la (crinière) blonde !!

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    3. Le coup de l'assiette, j'en reste sur le cul ! J'aurai jamais cru que c'est cette assiette là dont on parlait ! Merci pour les précisions ! :)
      Et merci Cavali'Erre <3

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      1. Maintenant manquerait plus de belles illustrations de ces expressions: un cavalier debout dans une assiette, un cheval qui se fait par un poteau... :p

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    4. Ah, merci pour la culture générale =) ! Je retiens la phrase en latin pour la ressortir un beau jour rien que pour crâner ^^...

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    5. Il y a aussi
      Obéir à la lettre
      Boute en train, etc

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