27 avr. 2015

La génétique des robes équines pour les nuls: partie 2.

Nous avons déjà vu en première partie le fonctionnement des gènes déterminant la robe d'un cheval et comment ils se transmettent. Ces bases posées, il est temps de voir plus précisément comment la couleur d'une robe est déterminée, quel gène donne quelle couleur.



Une robe: trois gènes, une multitude de combinaisons !



Nous avons vu dans l'article précédent qu'un gène est composé de deux allèles dominants ou récessifs, ce qui est assez facile à comprendre. Là où ça se complique, c'est que la robe d'un cheval est déterminée non par un, mais par trois types de gènes; et dans un même type, le cheval peut être porteurs de plusieurs gènes, chacun avec deux allèles qui en plus peuvent subir des mutations; et chaque combinaison de ces gènes et allèle donne une variation de robe différente !

On a donc les gènes dits "de coloration" qui définissent la robe de base, comme une toile de fond: alezan, noir ou bai.
Puis les gènes de dilution qui vont faire varier la teinte de la robe, souvent d'ailleurs en l’éclaircissant: Crème, Dun, Silver, Champagne et Perle.
Et enfin les gènes responsables des panachures et autres marques: le Complexe Léopard, le gène Kit, Gris (G), Bringé et d'autres encore.

Sachant que tous les gènes et toutes les mutations n'ont pas encore été expliqués/découverts à ce jour, définir la robe d'un cheval est parfois un vrai casse-tête ! Le plus simple est de faire tester son cheval en laboratoire. Mais pour les robes les plus communes et répandues, il est tout à fait possible de s'en sortir sans la science avec un brin d'observation et en sachant qui sont les parents du cheval qu'on observe. C'est pourquoi on se remonte les manches et on se lance à la découverte des gènes de coloration !


Les gènes Extension et Agouti


Ces deux gènes sont les plus importants à connaitre car ce sont eux qui sont à l'origine de ce qui est considéré en génétique comme les trois robes de base (et qui sont aussi les plus répandues): l'alezan, le bai et le noir. Ces trois couleurs sont déterminées par la manifestation ou non du gène Agouti (A) et du gène Extension (E).

Le gène Extension contrôle en quelques sortes l'intensité du pigment noir (l'eumélanine) dans la robe. Sous sa forme dominante, il donne une robe noire ou brune. Sous sa forme récessive, il donne une robe marron-rouge (le pigment rouge étant la phéomélanine).

Le gène Agouti contrôle, lui, la diffusion ou non du pigment noir. Sous sa forme dominante, il ne fait apparaître la couleur noir que sur les extrémités (membres, bout du nez) et les crins, donc donne un phénotype bai. Sous sa forme récessive, il donne seulement une robe unie, quelque soit sa couleur. 




Les trois robes de bases


  • Le bai

D'après les caractéristiques des deux gènes, on peut en déduire facilement que la robe bai est due à un gène Extension dominant (pour ne pas avoir trop de pigment rouge) et un gène Agouti dominant pour enlever le noir sur le corps.

Un beau cheval bai où sont visibles les traces du pigment rouge du gène Extension.
Un cheval bai brun sur lequel on voit quand même les extrémités noires dues au gène Agouti.
Bai ou bai brun, on voit toujours les extrémités noires - Crédit: semilly.com

Les différentes variations de bai (bai brun appelé "Seal brown" noté At, noir pangaré qui n'existe enfaite pas car c'est du bai très sombre, bai cerise, "wild bai" qui donne un cheval qu'on pourrait confondre avec un alezan mais attention ! Ses paturons sont sombres, ce qui n'est pas possible sur un vrai alezan !) ne sont que des variations de l'allèle Agouti donnant une robe plus ou moins sombre.




  • L'alezan


La robe alezane résulte forcément de la présence de deux gènes Extension récessifs (le cheval est alors homozygote récessif, noté ee) puisque, rappelez-vous, s'il y avait un gène Extension dominant, c'est lui qui prendrait le pas sur le gène récessif (eh oui, le dominant... domine). Donc seul le pigment rouge est produit dans cette robe. De cette façon, peut importe comment s'exprime le gène Agouti par-dessus (en dominant ou récessif), le cheval ne pourra avoir qu'une robe "rouge", l'alezan "cache" le gène Agouti, et deux chevaux alezans produiront toujours un poulain alezan également.

Génétique de la robe alezane.
ça c'est du pigment roux ! - Crédit: lemoulin.superforum.fr


  • Le noir

La robe noir est le résultat d'au moins un gène Extension sous sa forme dominante et de deux gènes Agouti récessifs. Si le cheval n'a que des gènes Extension récessif, il est alezan. Si par contre il possède un gène Agouti dominant, il sera bai. Un cheval présentant deux allèles Extension dominants (EE) possède donc un des génotypes les plus recherchés ! En effet, un noir homozygote dominant est un vrai noir (et pas seulement un bai brun très très foncé) et ne peut pas produire d'alezan ! Donc on croisant deux chevaux homozygotes dominants noirs, ou un homozygote dominant avec un noir hétérozygote (Ee ou eE), on est sûre à 100% de produire un cheval noir pur !

Un cheval à la vraie robe noire homorozygote dominant.
Un vrai cheval noir se distingue facilement d'un bai brun ... - Crédit: Ohmydollz.com
Le cheval bai brun se distingue du cheval noir par ses flancs roux.
 ...aussi foncé soit-il, grâce à l'absence de poils roux sur les flancs et la tête - Crédit: histoires-de-romans.com



Le dernier mot Jean-Pierre...


Oui, c'était bref. Mais en matière de génétique, mieux vaut y aller pas à pas d'autant qu'ici, je ne vous présente qu'une version light. Pour cette fois, retenez surtout que Extension = robe noire ou rousse et Agouti = noir sur tout le corps ou seulement aux extrémités. A vous, si vous vous en sentez le courage, d'aller lire des articles plus détaillés à ce sujet (comme ceux des haras nationaux) maintenant que vous êtes un peu armés, et de faire vos travaux pratiques: si vous connaissez la robe des parents de votre cheval et qu'il est alezan, bai ou noir, essayez de deviner leurs génotypes à tous en vous aidant des tableaux de la dernière fois. Eh oui, simple à expliquer et à comprendre, mais plus difficile à appliquer !














.................................................Pour aller plus loin.................................................



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20 avr. 2015

Les expressions françaises issues de l'univers équestre.

Le français est une langue riche et très imagée, friande d'expressions plus cocasses les unes que les autres. Mais sait-on d'où nous viennent ces expressions parfois désuètes mais souvent encore au goût du jour ? En fouillant un peu, on s'aperçoit que beaucoup ont été empruntées au vocabulaire militaire, à une époque où les armées étaient très sollicitées et omniprésentes dans le vie des hommes... Tout comme l'étaient les chevaux ! Eh oui, nos précieux équidés ont été un facteur d'enrichissement de la langue de Molière, si c'est pas la classe ça ! Faisons donc un petit tour des expressions issues de l'univers équestre.


"Ce n'est pas la mort du petit cheval"


Cette expression peut être utilisée de deux façons:
- "Si tu participes à ce concours, c'est la mort du petit cheval !" ce qui signifie "tu cours à ta perte", "c'est la fin des haricots".
- "Même si tu perds, ce n'est pas la mort du petit cheval" ce qui signifie "ce n'est pas grave".

Mais qui est ce petit cheval dont tout le monde se fout ou dont la mort pourrait signifier la fin de tout espoir ? Son histoire est assez floue mais il semblerait communément admis que cette expression est inspirée du monde des courses, ou plutôt de leur version miniature. Les jeux de petits chevaux nés dans les années 1930 étaient une des meilleures sources d'argent des casinos. Avec leur disparition dans les années 1950, ça a été la "mort du petit cheval" synonyme d'une grosse perte de revenus ! Un vrai drame pour les casinos, la fin d'espérance de gros gains... mais qui pour autant n'a pas remit en cause leur survie.



"Ne pas être dans son assiette"


Cette expression signifie "ne pas se sentir bien", "ne pas être dans son état normal".

Je suis sûre que, comme moi, beaucoup  pensaient plutôt à l'assiette pour manger (allez avouez, on a tous un côté blond en nous). Mais point du tout ! On parle bien de l'assiette à cheval, l'assise en selle, qui permet de tenir sur sa monture et qui correspond à la recherche d'équilibre, de confort et d'accompagnement. A l'inverse, lorsqu'on n'est pas dans son assiette, on risque de basculer, on n'est pas à l'aise. Quelque chose ne va pas, tout simplement. Le fait d'avoir une bonne assise peut aussi désigner symboliquement un bon état d'esprit.

Explication et origine de l'expression "ne pas être dans son assiette".
Ici ce serait plutôt mettre les pieds dans le plat... - Crédit: ruelles.wdp.com


"A cheval donné, on ne regarde pas la bouche"


La bouche, les dents ou la bride. Cette expression signifie que l'on "ne critique pas un cadeau", "on ne regarde pas les défauts d'un cadeau car il faut être reconnaissant/content d'en avoir un".

Certainement une des expressions d'origine équestre les plus anciennes que nous ayons puisqu'elle existe en latin médiéval sous la forme "non oportet equi dentes inspicere donati" (à noter dans votre carnet de répliques "Comment briller en société, version équestre"). A l'époque où le cheval avait une valeur inestimable puisqu'il permettait de voyager et de travailler la terre, en recevoir un en cadeau - fut-il vieux, rétif, malade, en mauvaise santé - était un véritable don du ciel ! Peut importe les défauts, c'était un présent incroyable qui méritait des remerciements en bonne et due forme. De nos jours, le savoir-vivre nous a appris qu'il était très impoli de critiquer un cadeau.



"Ne pas se trouver sous le sabot d'un cheval"


Cette expression signifie que quelque chose est "rare" ou "difficile à trouver".

Datant du XVIIème siècle, il semble que cette expression ait été modifiée au fil du temps dans une volonté de simplification et de compréhension. A l'origine, on disait "ne pas se trouver dans le pas d'un cheval", le pas désignant les traces de sabots au sol. Et qu'est-ce que qu'on trouve dans les traces de sabots ? De l'herbe, de la boue, bref des choses sans valeur et qu'on voit partout. Donc logiquement ce qui ne se trouve PAS sous le sabot d'un cheval, ce sont les choses rares et de plus grande importance/utilité !



"Mettre à pied"


Cette expression signifie "renvoyer" (quelqu'un de façon temporaire ou définitive).

Vous ne l'attendiez pas ici celle-là hein ? Et pourtant, cette expression du XVième siècle provient de la cavalerie militaire. Lorsqu'un cavalier ou grenadier commettait une faute, on le privait pour un temps de son cheval afin de le punir et de lui faire subir la honte de rentrer à pied parmi les autres soldats (et d'ensuite effectuer tout un tas de tâches ingrates). De nos jours, être démis de nos fonctions même temporairement est assez humiliant pour qu'on n'en rajoute pas en plus...



"Etre à cheval sur"


Cette expression signifie "être exigeant à propos de", "attacher de l'importance à".

Un bon cavalier doit tout savoir de son cheval, être intransigeant sur le dressage, parfaitement au point à l'obstacle, ne rien laisser passer concernant les soins, exiger de son cheval un éducation parfaite: le cavalier ne doit pas être seulement "à cheval" mais véritablement lié, attaché à sa monture et incollable sur tout ce qui la concerne. Attitude que reproduit une personne passionnée par la langue française (par exemple), qui doit connaitre les règles d'orthographe par cœur et ne tolérera aucune faute. On a donc utilisé l'imagerie équestre pour nommer ce phénomène et faire apparaître cette expression dans le Dictionnaire de l'Académie Française en 1832.



"Etre droit dans ses bottes"


Cette expression signifie "garder une attitude constante", "être ferme et déterminé, sans plier", "avoir sa conscience pour soi".

Là encore, cette expression semble avoir été inspirée de faits équestres. Les militaires à cheval devaient se tenir droit en selle, donc dans leurs bottes. Le sens plus moral de l'expression est peut-être inspiré du fait qu'un militaire doit toujours être déterminé et ne jamais dévier de son but en mission.



"Ronger son frein"


Cette expression signifie "contenir avec peine son impatience/dépit/colère".

A l'époque où il n'y avait pas de véhicule, comment voyageait-on ? A cheval. Et à quoi correspond le frein sur un cheval ? Bingo, au mors ! Quand le cheval s'impatiente, qu'il trépigne, qu'il est stressé et cherche à fuir, on le retient avec des actions de mains qui bloquent son élan. Le cheval se défend alors dans la bouche et "ronge son frein". En l'empêchant de s'exprimer, il bouillonne littéralement de l'intérieur mais ne peux agir, situation que nous pouvons nous aussi connaitre dans la vie quotidienne.

Origine et explication de l'expression "ronger son frein"
Ronger son frein - Crédit: jules.f-comte.fr.over-blog.com


"Etre coiffé au poteau"


Cette expression signifie "être battu au dernier moment", "être battu de justesse".

Même sans être expert en courses hippiques, on sait tous que la ligne d'arrivée est symbolisée par un poteau. En 1906, le verbe "coiffer" a pris le sens de "dépasser": tous les ingrédients étaient réunis pour donner naissance à cette expression qui désignait un cheval gagnant d'une courte tête sur un autre. Cette situation a été transposée dans la vie de tous les jours et signifie maintenant que quelqu'un l'a emporté sur nous au dernier moment (pour obtenir un job par exemple).



"Avoir la bride sur le cou/Lâcher la bride à quelqu'un"


Cette expression signifie "être libre de faire ce que l'on veut / Laisser quelqu'un libre d'agir comme il le souhaite".

Expression toute simple et très claire: quand vous lâchez vos rênes, votre cheval redevient libre de faire ce que bon lui semble. Fin de l'histoire, merci au revoir.



"Manquer le coche"


Ou rater ou louper. Cette expression signifie "manquer ou laisser passer une occasion".

Au XVIIème siècle, le coche était un bateau de rivière, tiré par des chevaux sur les berges, et qui servait au transport d'individus. Le coche avait donc des horaires de passage à différents arrêts (le bus fluvial de l'époque quoi). Quand vous manquiez le coche, c'est tout simplement que vous manquiez le passage du bateau à votre arrêt. Donc par extension, c'est devenu le fait de rater quelque chose qui aurait pu être excitant (eh oui, partir en bateau, c'était déjà une petite aventure).



"Donner un coup de collier"


Cette expression signifie "produire un effort intense et bref", "se remettre au travail de façon plus acharnée".

Cette métaphore nous vient de temps pas si lointains puisqu'elle est valable pour tout travail de traction associé à un cheval. Pour tirer une charrue ou débarder une forêt, le cheval est équipé d'un collier passé autour de l'encolure et qui repose près des épaules, sur lequel il pèse pour tirer sa charge. Quand le cheval met un "coup de collier", c'est qu'il met une pression plus forte, fait un effort plus conséquent pour venir à bout d'une difficulté où pour se lancer dans le mouvement en avant.



"Mettre le pied à l'étrier"


Cette expression signifie "débuter quelque chose" ou "être dans une situation favorable à la réussite de quelque chose".

Mettre le pied à l'étrier pour un cavalier permet de se hisser en selle et marque donc le début de la séance. On a donc bien la notion qu'on est au commencement de quelque chose et qu'on s'élève par ses propres moyens. On est dans la bonne situation pour arriver en selle, ce qui est une réussite (d'ailleurs, on parle toujours après un échec de la nécessité de "se remettre en selle"). 



"Monter sur ses grands chevaux"


    Cette expression signifie "s'emporter", "se mettre en colère", "prendre de haut".

    Elle trouve son origine à l'époque médiévale (rien que ça). Pour combattre, les chevaliers choisissaient de préférence des montures de grande taille pour avoir un meilleur point de vue, impressionner l'adversaire et le dominer: les fameux destriers (en opposition au palefroi qui servait pour les dames, les parades et les voyages et au sommier qui était en fait le cheval de bat). A l'origine, monter sur ses grands chevaux signifiait donc qu'on partait au combat. Cette expression est restée de façon figurée: la fougue qu'il faut pour affronter son ennemi, le fait de partir en croisade pour défendre ses idées, regarder de haut son adversaire, tout cela se retrouve chez une personne qui "monte sur ses grands chevaux".

    Origine et explication de l'expression "monter sur ses grands chevaux".
    Monter sur ses grands chevaux, c'est pas de tout repos! - Crédit: clic-cheval.com


    "C'est mon dada"


    Cette expression signifie que quelques chose est notre "activité/sujet de prédilection/favori".

    Dada, on le sait tous, c'est le mot enfantin pour désigner les chevaux. Ce que l'on sait moins, c'est que ce mot et l'expression qui l'accompagne proviennent de l'anglais, et plus précisément de la littérature. L'écrivain Sterne dans un de ses romans a employé le terme de "hobby-horse", traduit par "dada", pour désigner une idée fixe. Au sens propre, ce mot désigne les bâtons en bois surmontés d'une tête de cheval que les enfants s'amusent à chevaucher. Au sens figuré, "to ride one’s hobby-horse" se traduit par "enfourcher son dada ; partir sur son dada", c’est-à-dire poursuivre/mettre à pratique son sujet/activité favori.



    Le dernier mot Jean-Pierre...


    Je n'ai choisi ici que les expressions que l'on entend encore de nos jours, et pas seulement dans la bouche des plus de 70 ans. Mais je suis sûre que l'ont peut en trouver un tas d'autres et que vous êtes peut-être capable de m'en donner...? En tout cas, je trouve cela passionnant de voir à quel point l'art équestre a pu inspirer ou marquer la langue française. C'est un véritable témoignage des époques passées. Alors chérissez la langue française car elle le rend bien à nos équidés !














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    13 avr. 2015

    Faire de l'équitation quand on est fauché...

    "L'équitation est un sport de riches". Oui. Mais il manque une partie à la citation: "... pratiqué essentiellement par des pauvres". Parce qu'on ne va pas se mentir, la moitié d'entre nous est obligée de se saigner pour faire vivre son cheval dans des conditions décentes et pourrait partir aux Bahamas chaque été en mettant de côté la somme dépensée tous les mois pour Pompom. Mais si vous en êtes à ce stade, c'est que vous avez déjà la chance d'être propriétaire (et ça rime avec "à découvert" !). Il y a les autres, les pauvres cavaliers - dans tous les sens du terme - qui ne peuvent pas s'offrir ce luxe. Ni même celui de se payer des concours. Ou juste des cours (coucou !). Alors comment on fait pour avoir sa dose d'équitation (car évidemment, il est impensable de tout simplement s'en passer) et  pour essayer de progresser quand on est fauché ?



    Taper papa/maman pour qu'ils payent les cours


    Les menacer de fuguer, se mettre à sécher les cours, fumer des bédos pour les convaincre de vous laisser monter à cheval car de cette manière, vous n'aurez plus jamais le temps de faire toutes ces conneries... Non bien évidemment je rigole ! Pour monter à cheval, pas de bon plan miracle à part les habituels: parents qui payent - job d'été pour payer l'année - coup de main à l'écurie contre cours - monter dans un élevage si on est bon.

    Comment se payer des cours d'équitation quand on est pauvre.
    "Papa, je veux un autre poney" - Crédit - Tumblr.com


    Proposer ses services aux copains proprios


    Ces petits bourges qui ont déjà un cheval et qui se plaignent que ça prend trop de temps...* Wow wow on remballe la jalousie ! Et au contraire, on propose gentiment de dépanner les potes et connaissances pour sortir leur cheval quand ils ne sont pas disponibles. Même si ça se résume à un brossage et faire un tour en main, parfois il n'en faut pas plus pour combler son besoin de contact équin. Et même à pied, on peut apprendre un tas de choses: établir une mini complicité avec le cheval si ça se produit régulièrement, observer son comportement et l'analyser, lui faire des soins nouveaux, en profiter pour rencontrer d'autres cavaliers et échanger, observer la vie à l'écurie...


    Prendre un abonnement chez Décathlon


    Oui, je suis une pub ambulante pour la marque Fouganza. Pas de GPA dans mon casier ou de bottes en écailles vernies. L'équitation a pour réputation d'être un sport d'élégance et de raffinement, ce qui fait la part belle aux grandes marques, mais il faut avouer qu'à la fin du mois on est bien content de retrouver la petite marque de Décathlon. Parce que oui, Fouganza fait bien le job, à moindre prix et on est loin désormais de la botte en caoutchouc rigide qui fait flop flop à chaque pas. Et puis de toute manière, quand Pompom t'as déchiré pour la 2ème fois ta couverture à 100 balles ou encore paumé une guêtre à 60 €, tu deviens vite moins regardant.

    Pantalon d'équitation Fouganza, bottines lacées Fouganza, bombe Fouganza.
    Pantalon Fouganza 1er prix, bottines lacées Fouganza, bombe Fouganza.
    Et ouais.

    Mais une fois j'ai craqué mon slip et j'ai acheté des chaps Eric Thomas. Trop une ouf.



    Lire tout mais pas n'importe quoi


    Pas la composition de votre shampoing quand vous êtes au toilettes et qu'il n'y a plus de magazines à lire, non. Plusieurs types de lectures sont à la portée de toutes les bourses:
    • Des livres: ce sont les lectures les plus organisées, les plus savantes et qui vous permettent de cibler des thèmes précis. Les livres les plus chers sont souvent plus longs et complets, ils peuvent donc occuper pendant plusieurs mois (entre la lecture et l'application). Ça vaut alors le coup d'investir 20 à 30€ sachant que c'est parfois le coût d'un seul cours en club !
    • Des magazines: qui regorgent de sujets d'actualité pour avoir une vraie culture équestre et être au fait des dernières nouveautés et avancées en matière d'équitation et de soin du cheval. Et parallèlement, les magazines abordent aussi des sujets non-savants mais pourtant très intéressants et divertissants.
    • Des blogs et autres sites: pour ceux qui sont vraiment radins ou ric rac, on a inventé une chose merveilleuse qui s'appelle Internet et qui regorge de milliers d'informations en accès illimité et gratuit (une fois ta connexion payée bien sûr, sauf si tu hack celle de ton voisin). Alors oui le blog qui vous raconte que Marie a emmené Mirabelle en balade et que c'était troooop génial vous apportera pas grand chose. Mais sur le net, on trouve aussi des petites merveilles comme celles dans ma blogroll, toutes rédigées par des personnes expérimentées, ou des blogs comme, tiens, celui-ci (quelle coïncidence !) où des gens essayent en toute simplicité (et en toute modestie) de partager leurs découvertes. Le tout est de savoir fouiner, trouver les bons sites et savoir prendre du recul pour en prendre et en laisser.

    Regarder les cours des autres


    Oui, ça fait un peu labrador qui bave en regardant son maître manger du pâté.
    Regarder les cours d'équitation des autres pour apprendre.
    Pas de regard trop insistant, c'est un peu gênant - Crédit: Giphy.com
    Mais on apprend énormément en regardant les autres monter ! On exerce son œil pour apprendre à repérer les indicateurs d'un travail juste. On apprend de nouveaux exercices. On tend l'oreille pour entendre les conseils du moniteur et on fait particulièrement attention quand on repère un cavalier qui a les mêmes défauts que nous pour savoir comment il les corrige. En bref, on enregistre tout un tas d'informations visuelles et auditives en étant installé sur sa chaise longue le long de la carrière: que demande le peuple ?


    Regarder des vidéos


    Pour les élus qui ont Equidia, pas la peine de venir nous narguer, merci. Pour les autres, il n'y a pas Mastercard mais notre ami Youtube et ses copains (Dailymotion & cie). On peut trouver tout un tas de vidéos d'exercices dans toutes les disciplines: bonnes ou mauvaises, il y a toujours une leçon à en tirer ou des éléments desquels s'inspirer. Il ne vous reste plus qu'à vous abonner à quelques chaînes ou par procéder par mots-clés de recherche. Vous aurez ainsi l'illustration en mouvement de ce que vous aurez pu lire précédemment, ce qui vous permettra également de mieux comprendre certaines descriptions un peu complexe ("mettre la jambe intérieure à la sangle et tendre la rênes extérieur en pesant sur sa fesse gauche et en gardant son centre de gravité...").


    Discuter sur des forums


    Un forum, c'est un peu un zoo: un endroit où on aime aller flâner de longues heures pour se divertir et apprendre 2-3 choses, et dans lequel on trouve rassemblées pleins d'espèces qui n'ont rien en commun et qui pour certaines ne devraient jamais se retrouver à proximité (le mignon petit flamand rose innocent et le tigre puissant et affamé par exemple). Dans un forum, c'est pareil: tu as les personnes agressives qui viennent seulement troller, les "meubles" qui postent mais n'apportent rien aux conversations, les donneur de leçons, les kikoulol etc... et au milieu de tout ça, des gens normaux avec des niveaux très différents mais qui essayent tous d'apporter leur pierre à l'édifice quand tu as une question. Les forums, ça permet d'avoir non plus des consignes, des données "scientifiques", mais plutôt des retours d'expériences, des petites astuces du quotidien. Et il y a autant d'avis et d'expériences qu'il y a de personnes, c'est ça qui fait la richesse des forums ! C'est un lieu où on peut s'ouvrir de nouveaux horizons grâce à la discussion.


    Parcourir les sites de petites annonces


    Quand t'es fauché, t'as quand même besoin de nourrir l'espoir que dans le futur, les jours seront meilleurs. Qu'un jour tu monteras quand et autant que tu voudras car tu auras TON cheval. Alors FindyourHorse et ChevalAnnonce sont dans tes favoris et cela fait au moins 30 fois que tu as fait la recherche de ton cheval parfait (car oui tu sais déjà quel âge, quelle race, quelle robe, quelles origines ect ton cheval devra avoir). Et au final: t'es juste encore plus déprimé(e) de voir toutes ces belles occasions te passer sous le nez mais c'est comme ça, tu peux pas t'en empêcher !
    Regarder les petites annonces équestres à la recherche du cheval parfait.
    Encore une belle occasion qui s'envole au loin - Crédit: Giphy.com



    * A toutes mes connaissances proprios, je suis bien sûre plus que reconnaissante chaque fois qu'on me laisse un cheval à m'occuper ! Pas taper !





    6 avr. 2015

    Pourquoi ferre-t-on les chevaux ?

    "Pas de pied, pas de cheval" a dit Lafosse lors d'un cours d'hippiatrie en 1772. Cette phrase devenue maintenant célèbre prouve bien l'importance de la santé des pieds chez nos équidés. C'est pourquoi aujourd'hui le débat fait rage pour savoir s'il faut ou non déferrer les chevaux et quels sont les bienfaits et les méfaits de chaque pratique. Mais avant d'en arriver là, ne devrions-nous pas nous demander pourquoi systématiquement vers 3 ans, nous prenons la décision de ferrer les chevaux ? Quelle est l'utilité de ferrer ?





    Histoire de la ferrure: invention et évolution


    Durant la Grèce Antique, le cheval était déjà utilisé quotidiennement pour le travail dans les champs, le transport et la guerre. Il évoluait donc sur des terrains très variés, était utilisé plusieurs heures par jour et pouvait parcourir de nombreux kilomètres.... tout cela pieds nus ! Les écrits antiques parlent longuement des soins apportés aux sabots et de la façon dont ils évoluent au fil du temps (durcissement de la corne suite aux nombreuses stimulations...) mais n'évoquent jamais l'utilisation de protections. Et pour autant, il n'est pratiquement jamais fait mention de problèmes de pieds et de boiteries alors que ceux-ci sont devenus récurrents de nos jours... 

    Cependant, un premier outil de protection des sabots est apparu avec Xénophon (le même qui a écrit le premier traité d'équitation nommé "De l'équitation") au Xème siècle avant J.C: l'embatai, une sorte de sandale de cuir (mais aussi parfois en paille ou fibre végétale) lacée aux pieds des chevaux pour protéger le sabot des abrasions. 

    Suite à ça, les Romains inventèrent l'hipposandale: une plaque métallique couvrant le dessous du sabot et venant en épouser les bords, fixée au paturon à l'aide d’œillets et de lanières en cuir. Cette invention était peu pratique et obligeait les chevaux à se déplacer très lentement pour les maintenir en place. C'est pourquoi elle s'est peu diffusée et était utilisée surtout pour les chevaux de trait et ceux aux pieds malades.

    L'hipposandale, invention Romaine pour protéger les sabots des chevaux.
    L'hipposandale à l'époque des Romains - Crédit: sabots-sans-fers.com

    Il est plus difficile de déterminer la date d'apparition du fer circulaire clouté. Des fers de ce genre, fixés uniquement sur le bord d'appui externe du pied, ont été retrouvés très tôt en Mongolie, a peu près au moment où l'hipposandale a été crée. Au niveau européen, il semblerait que les premiers fers cloutés soient attribués aux Celtes. Avec la conquête de la Gaule, ceux-ci seraient arrivés aux Romains qui l'adaptèrent à leurs chevaux plus grands et plus lourds. On aurait également retrouvé un traité militaire byzantin qui parlait de fers pleins (notamment utilisés en Orient mais non cloutés), c'est-à-dire qui recouvraient entièrement le dessous du pied comme une plaque de métal et qui avaient été créés afin de protéger les chevaux de guerre des chausses-trappes, des piques déposés au sol par les ennemis et autres dangers.

    Ce qui est certain, c'est que les premiers témoignages écrits sur le ferrage en Europe datent du Vème siècle, au Moyen-Age. C'est également là que sont rapportés pour la première fois l'apparition de pathologies du pied et des membres... alors que le ferrage concernait désormais une majorité des chevaux (les routes pavés se sont développées à cette époque, encourageant le ferrage). Coïncidence ? Mais il faudra attendre encore le VIème ou VIIème siècle pour que les fers soient utilisés de manière systématique à travers le monde

    Une fois le fer installé dans les mœurs, il n'a évolué que très lentement. En 1600 apparaissent les premiers traités de ferrures mais ce n'est qu'au 19ème siècle que sont nées les premières écoles de maréchalerie. Et depuis, les fers ont peu changé. Des nouveaux matériaux ont été testés, des alternatives inventées mais toutes ces initiatives restent marginales et ne sont pas prêtes de remplacer le fer en métal.



    Le rôle du fer à cheval


    L'histoire de la ferrure nous montre donc qu'elle a été inventée principalement pour préserver les pieds de l'abrasion et des pièges et projectiles en temps de guerre. Pourtant au commencement, tout allait bien pieds nus...? On peut supposer qu'à l'époque, le cheval était avant tout un véhicule qu'on utilisait jusqu'à l'usure. Passé un certain nombre de kilomètres parcourus chaque jour (bien plus qu'ils n'en parcourent à l'état sauvage),  les sabots des chevaux on dû s'user plus vite qu'il ne pouvait se renouveler. Il était alors nécessaire de trouver un moyen de les préserver pour continuer à exploiter autant les équidés: c'est là que le ferrage intervient. Quant au développement du fer pour la guerre, il s'est fait au même titre que la création d'armures pour protéger le corps des chevaux lors des combats. 

    De nos jours, le nombre grandissant de chevaux pieds nus et ce, même au haut niveau, prouve bien que le cheval peut se passer de protection pour l'utilisation que l'on en fait. Avec les une à deux heures de travail quotidien que le cheval de sport moderne effectue, on est bien loin des dizaines et des dizaines de kilomètres que pouvaient parcourir les chevaux à l'époque, et sur des terrains beaucoup moins adaptés que nos carrières. Cela ne laisse guère le temps à nos chevaux d'user leurs sabots comme ils le faisaient à l'époque de l'invention du fer. C'est même le contraire puisque nos chevaux qui ont les pieds nus, qu'ils soient en box ou au pré, à la retraire ou en pleine carrière sportive (oui, pieds nus ne veut pas dire loisir: la preuve avec cette cavalière de cross en CSI* avec un cheval déferré), ont quand même besoin d'être parés !

    Il reste vraisemblablement un seul cas où les fers ont leur pleine utilité: pour soigner des pathologies ou des faiblesses ! Pour un cheval qui présente de naissance de très mauvais pieds ou pour certaines atteintes orthopédiques, ils ont régulièrement prouvé leur efficacité (comme les fers appelés "egg bar"). Mais les pieds d'un cheval sain ne semblent avoir besoin d'aucune protection, pour peu qu'on en prenne soin et qu'on leur laisse le temps de s'adapter et se renforcer. Car en effet, le pied d'un cheval est un élément vivant aux capacités exceptionnelles !



    Le pied du cheval et ses fonctionnalités extraordinaires


    N'avez-vous pas remarqué combien les sabots des chevaux semblent petits comparé au reste de leur corps ? C'est tout simplement que la nature est bien faite et a doté les équidés de pieds légers pour leur permettre de fuir plus vite. De plus, la corne pousse de 1 à 2 cm par mois afin d'assurer un bon rapport usure/pousse et remplacer rapidement la corne qui casse.

    Car si un cheval s’abîme un peu la corne, c'est tout à fait normal ! Le sabot n'est pas un objet inerte de la dureté de la pierre. La corne est souple et peut se dilater, oui oui. Quand le cheval pose son pied au sol, la corne se dilate sur toute la paroi (le talon est l'endroit où ce phénomène est le plus visible) de façon horizontale et verticale pour assurer un bon équilibre au cheval et s'adapter au terrain. Si le cheval marche sur un caillou, la corne va se casser afin d'égaliser le niveau du sol et éviter au cheval de se fouler un membre. Un peu comme si quand nous marchions sur un caillou, notre basket se perçait afin de faire rentrer le caillou dans la semelle et garder le pied bien plat, au lieu de se fouler la cheville en dérapant dessus. Mais pas de panique, le sabot se durcit avec le temps pour ne pas casser n'importe quand et la pousse de la corne peut s'accélerer si besoin est.

    Les éléments du pied d'un cheval.
    Schéma du pied pour rappel - Crédit: galopin-fr.net

    Dans le pied se trouve également au-dessus de la fourchette ce qu'on appelle le coussinet plantaire. Il fonctionne comme un cœur miniature très puissant: c'est lui qui pompe le sang dans les membres. Au naturel, la fourchette du cheval touche le sol et chaque fois qu'il s'appuie sur un membre, la fourchette presse cette pompe et assure une bonne circulation du sang dans les membres, et par là dans le reste du corps. En plus de cela, la fourchette en touchant le sol joue un rôle d'amortisseur très important: c'est elle qui absorbe tous les chocs que ressent le cheval lorsqu'il pose ses pieds. Lorsqu'un cheval marche, ce sont d'abord les parties molles (la fourchette et les glomes) qui touchent le sol pour absorber les chocs, puis les talons, les quartiers et enfin la pince.



    Les conséquences du fer sur les propriétés du pied


    Maintenant que l'on en sait plus sur l'importance du pied et son rôle chez le cheval, mettons cela en perspective avec la pose de fers:
    • Le fer surélève légèrement le pied: la fourchette du cheval ne peut donc plus toucher le sol. On prive donc notre équidé de ses amortisseurs, sachant en plus qu'à chaque pas sur un sol rigide, le fer vibre de façon infime contre le pied et que ces vibrations remontent jusqu'aux tendons et aux ligaments sur lesquels elles provoquent des lésions sur le long terme. En 1984, des examens réalisés à la faculté vétérinaire de l'Université de Zurich avaient montré que le choc subi par un pied ferré en touchant un sol dur est 10 à 33 fois plus grand que celui d'un pied nu. Notons en plus de cela qu'avec un fer, la fourchette ne vient plus appuyer contre le coussinet plantaire et les membres sont donc moins bien irrigués.
    Analyse des conséquences du fer sur les pieds du cheval et sa circulation sanguine.
    Le flux sanguin dans 3 membres non-ferrés et un ferré - Crédit: sabotsnus.free.fr
    • Le fer immobilise le pied, créer comme une cage autour. Le sabot ne peut donc plus se dilater pour s'adapter au terrain, il devient inerte et perd de sa souplesse. Pire, il se fragilise car il n'est plus directement sollicité: le sabot ne s'use plus en frottant contre le sol, l'équilibre usure/pousse de la corne est donc perturbé. Il semblerait même que le corps du cheval tente de s'auto-réguler en fabriquant une corne plus fine et cassante pour pallier à ce problème, comme s'il essayait de se parer tout seul. Ferrer des jeunes chevaux peut donc avoir des conséquences sérieuses sur les pieds: fragilisation et perturbation de la croissance.
    • La sole du sabot est remplie de nerfs qui captent des informations sur le terrain sur lequel se trouve le cheval, afin qu'il ait le pied plus sûre. Avec les fers, ces nerfs ne fonctionnent plus tout à fait (du fait de la surélévation) ce qui fait que le cheval peut trébucher souvent sur des sols irréguliers, avoir du mal à s'adapter aux terrains. D'un autre côté, le pied devient moins sensible: c'est ce qui explique tout simplement qu'un cheval ferré soit plus à l'aise sur des terrains durs et inconfortables.


    Le dernier mot Jean-Pierre...


    Contrairement à ce qu'on pourrait croire, je n'étais pas du tout "pro pieds-nus" avant de rédiger cet article. Mais au fur et à mesure de mes recherches et découvertes sur le fer et le pied du cheval, le fait de ferrer systématiquement m'est apparu comme une erreur. Quand on compare l'histoire du fer avec les fonctions du sabot, les éléments sont troublants. 

    Comment expliquer qu'en deux siècles notre pratique du ferrage n'ait pratiquement pas changé alors que notre équitation, notre utilisation du cheval, nos connaissances sur lui et son fonctionnement ont fait un bond en avant et ont radicalement évolué ? Le fer a été inventé pour des raisons qui n'existent plus aujourd'hui. Il semble que cela soit devenu une sorte de tradition sur laquelle on ne se pose plus de questions alors même que les éléments prouvant qu'un cheval peut et est même mieux pieds nus s'accumulent au fur et à mesure des avancées de la science. 

    Pour monter depuis bientôt 3 ans un cheval pieds nus, je ne peux qu'attester des bienfaits du déferrage. Lui qui était boiteux n'a plus aucun soucis. Il dresse, il saute, part en balade à toutes les allures et sur tous les terrains et ses pieds qui ne sont JAMAIS graissés ne présentent aucun problème. Mais il faut toutefois être vigilent: le processus de déferrage est long ! Les pieds rendus fragiles par des années de ferrures ne sont au début plus adaptés à ce mode de vie. Le cheval est sensible, marche sur des œufs, ne peut travailler normalement ou sur tous les terrains, mais cette phase ne dure pas. Au bout de 8 à 12 mois, le sabot s'est totalement renouvelé et s'est renforcé, la paroi s'est élargie, la pousse s'est accélérée: en bref, le pied s'est adapté. Et cela se fait d'autant mieux si le cheval a la possibilité de marcher durant la journée et d'avoir une alimentation équilibrée.

    Pied nu d'un cheval qui évolue après un déferrage.
    La fourchette revient au contact du sol, le pied s'élargit et reprend une forme naturelle...
    Crédit: podologie-equine-libre.net


    Mais tous les chevaux sont-ils capables de retrouver ce mode de déplacement naturel ? La question reste délicate après des années de ferrure ou lors de problèmes orthopédiques. Ce qui est sûre, c'est qu'un déferrage doit rester réfléchi, être préparé et adapté à chaque cheval et encadré par un professionnel. Et surtout, passer pieds nus devrait être une option à laquelle chaque propriétaire devrait réfléchir...