23 mars 2015

Quand le dressage est remplacé par du (mauvais) spectacle.

Aujourd'hui, j'ai envie pousser un coup de gueule. Je ne compte plus le nombre de photos sur Facebook où l'on voit des chevaux encapuchonnés, les postérieurs à trois kilomètres derrière, la cavalière persuadée de faire du dressage et tout le monde qui s'extasie en disant que cela fait très pro. Oui, "cela fait", c'est beau devant la galerie, mais qu'en est-il du vrai travail ? A croire qu'on ne sait plus ce que c'est à force de nous montrer en exemple des couples de haut niveaux qui ne font pas mieux. Le spectacle a pris le pas sur la technique.

Une photo n'est jamais le reflet de la réalité, c'est un instant figé (avantageux ou non), mais pour cet article je vais quand même m'en servir d'une car ce qu'on voit dessus se retrouve trop souvent une fois en mouvement.

Tout ce qu'il ne faut pas faire en dressage. Le mauvais exemple en dressage.
Matthias Rath et Totilas - Crédit: rue89.com

Cette photo, des sites l'ont relayée en s'extasiant sur l’impressionnant allongement de Totilas, sur ce couple auquel des centaines de cavaliers rêvent de ressembler. Mais que voit-on réellement ? Du pas espagnol à la place d'un allongement de dressage. Un geste mécanique, exagéré et dénaturé au contraire de la fluidité et de la grâce normalement recherchées. Des postérieurs qui ne s'engagent pas et trahissent un travail faux. Car qui dit pas d'engagement, dit un dos qui n'est pas tendu et une attitude de placé artificielle. D'ailleurs on voit tout de suite qu'il n'est pas correct : la nuque (en vert) n'est pas le point le plus haut (là c'est une cervicale) et le chanfrein est en deçà de la verticale par rapport au sol alors qu'il devrait être perpendiculaire, synonyme d'un cheval un peu trop enfermé.

Le problème de cette photo est quelle montre un couple de niveau international et que nos cavaliers de hauts niveaux devraient justement donner l'exemple. Le problème est qu'à cause de cette image du dressage qui est donnée de nos jours, on en vient - cavaliers de tout niveaux - à être obsédés par la mise en main, l'apparence, en oubliant que ce n'est que le résultat d'un travail juste, pas une finalité. Le problème est que c'est cette fausse équitation qui est encensée par les médias et que ce sont ces couples qui remportent des médailles. C'est spectaculaire et c'est tout ce que l'on retient, au détriment du vrai dressage, et notre fédération encourage cela. Ne fermons pas les yeux sur la technicité du mouvement, car c'est la preuve d'une équitation propre et bien réalisée, d'un cheval qui travaille dans le bon sens, en se musclant et d'un cavalier qui respecte l'intégrité de sa monture. Prenons en exemple le vrai dressage qui, bien heureusement, existe encore et est bien plus beau à voir même s'il est parfois difficile à retrouver: chanfrein à la verticale - nuque comme point le plus haut - engagement des postérieurs et dos tendu - amplitude égale devant et derrière et bel allongement - légèreté. Tout est dit.

Ce qu'on doit rechercher en dressage, la bonne attitude.
Clayton Fredericks et Bendigo - Crédit: cheval-savoir.com











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11 commentaires:

  1. A ce sujet, les articles de Luc Pirik sur Facebook sont particulièrement interessants !

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  2. Oh oui, je préfère la 2eme photo à la premiere !
    Je ne peux qu'être d'accord avec toi, moi qui fuis les enrênements et ... le dressage (bon là c'est une question de flemme).
    Mais vrai, tout est vrai dans ton superbe article. Que certains en prennent de la graine !!

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    1. J'ai longtemps fui le dressage aussi, étant 100% cavalière de saut... Jusqu'à il y a 3 ans, où j'ai pris une DP avec laquelle il n'y aurait pas ou peu de saut... On s'y fait, et pire, on y prend goût ! Haha. (Mais il me tarde quand même de reprendre le saut !)

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  3. Hannnnn !!!! My God, la 1ère photo !!!!
    Y a pas que l'attitude du cheval à condamner, la position de Rath n'est elle non plus pas à imiter !
    De toute façon, en compétition le problème ne vient pas des coachs et des cavaliers, mais des JUGES : tant que ces derniers préfèreront voir du show et du spectacle au détriment de la légèreté et du fonctionnement naturel du cheval, rien ne changera. Les compétiteurs présenteront ce qui leur plaît et rapporte le plus de points, même si c'est une mauvaise équitation.
    Quel intérêt de présenter une reprise "juste" et "classique" si c'est pour finir dans les derniers ?
    Si les juges décidaient de "saquer" une bonne fois pour toutes les allongements avec les postérieurs à 3km derrière et le dos rigide, les piaffers sans abaissement des hanches où le cavalier "porte" son cheval... on verrait enfin autre chose sur les carrés.
    Mais comment faire évoluer la mentalité des juges ? Là est la question.

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    1. Ah les juges... Vaste sujet.
      Je ne suis pas hyper informée sur le sujet mais il me semble que le problème est que presque n'importe qui peut devenir juge (courte formation il me semble), que parfois les organisateurs peuvent faire partie du jury, ce qui veut dire que le proprio du centre équestre peut facilement favoriser SES cavaliers... Et à côté de ça les juges qui essayent de bien faire leur travail subissent des pressions, intimidations, menaces... De quoi être dégoûté et laisser tomber.

      Encore il y a quelques jours, le Comité Régional d'Equitation de Provence a publié un message pour dire qu'un de ses juges s'était fait agresser verbalement par une enseignante ! Et pour une fois des sanctions ont été prises et le CRE a réaffirmé son soutien à ses juges...

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  4. Très intéressant cet article. Moi j'ai souvent du mal à voir ce qui est correct en dressage, mais c'est bien dommage que ceux qui devraient être les premiers représentants de l'art équestre donnent une telle image!

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  5. Les propriétaires et entraineurs de Totilas avaient étaient "condamnés" pour maltraitance animal, etc ...
    Puis bon tout ça m'enerve :P grrrr

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  6. J'émet une remarque un peu plus technique mais la position des deux cavaliers est très différente. Rath a le cul dans la brouette, les épaules derrières, les mains ramenées et donc le cheval se retrouve sur les rotules avec du lance papattes et une amplitude de caniche. La propulsion est quasi nulle et ce n'est plus du trot. Quand à la seconde photo, la diagonalisation est préservée, le cheval est dans le mouvement en avant avec de l'amplitude. Le cavalier est beaucoup plus centré vers l'avant ce qui permet au cheval de dégager son dos et d'avoir un mouvement fluide vers l'avant et non le haut comme Rath.

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    1. C'est vrai que je n'ai pas poussé la réflexion jusque-là mais oui, le cheval est tel qu'il est monté, la position du cavalier influe directement sur sa façon de se déplacer.

      Merci pour cette analyse !

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  7. L'attitude des queues est une bonne indication sur les ressentis de ces deux chevaux à ces instants T

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    1. Ah oui, c'est vrai que je n'ai pas pensé à en parler mais effectivement, on voit que Totilas fouaille de la queue ce qui peut être un signe de tension ou d'énervement. Merci pour la remarque :)

      D'ailleurs depuis que je sais que le port de la queue est également un indicateur, je suis assez perplexe devant le nombre de chevaux qui fouaillent lors des reprises...

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