30 mars 2015

Surveiller la santé de son cheval: mode d'emploi.

On parle souvent des maladies, des atteintes du cheval et de leur traitement mais à ce moment là, il est toujours trop tard: notre équidé est déjà blessé/malade. Il faut aussi savoir surveiller en amont et repérer les éléments avant-coureurs qui annoncent un problème de santé. Savoir ce qui définit un cheval sain, repérer les anomalies et faire un bon suivi de santé sont des clés qui facilitent par la suite les traitements. 



Les paramètres de santé à surveiller


Quand on s'occupe d'un cheval, le pansage est un moment privilégié non seulement pour redonner figure chevaline à notre protégé recouvert de boue, mais aussi pour faire une inspection et vérifier que tout va bien ! En allant le chercher et en le préparant, il faut prendre l'habitude de vérifier quotidiennement quelques "indicateurs de santé". C'est rapide à faire et ça devient vite un réflexe qui peut permettre aussi de savoir si la séance de travail sera bonne ou non, selon la forme et l'humeur de notre cheval:
  • Le comportement: un cheval qui change de comportement du jour au lendemain indique souvent un mal-être ou un problème de santé (sauf si le changement est positif, bien entendu). Un cheval tout à coup agressif, complètement prostré ou au contraire tout excité, qui boude sa ration, qui boit plus que d'habitude, qui ne cesse de se regarder les flancs, qui boite sur le chemin... Tout cela indique une douleur mentale ou physique plus ou moins grave: cadre de vie non adapté, ration trop riche, fatigue passagère, début de colique, douleur suite à un mauvais coup... Ces signaux parfois très subtiles ne sont jamais à négliger.
  • Les crottins et urines: si vous le prenez sur le fait ou que vous pouvez en retrouver dans son box/pré, jetez un coup d’œil dessus. Un crottin très mou et vert peut indiquer des repas d'herbe trop riches (pour les chevaux au pré au printemps), liquide ou très odorant un problème digestif ou des intestins. Dans ce cas, vous pouvez coller votre oreille au ventre de votre cheval et écouter: régulièrement, vous devez entendre comme un bruit de chasse d'eau, des gargouillis qui indiquent que tout fonctionne. Concernant les urines, elles doivent être jaunes, troubles et ne pas sentir trop fort.
  • Le poil et l'aspect général: amaigrissement ou gonflement soudain, œdème sur un membre, partie du corps chaude, poil complètement terne ou piqué (petites touffes de poils qui font comme des bosses, comme si le poil était un peu hérissé) sont tous des petits signaux d'alerte facilement visibles à surveiller. Le pansage est l'occasion de regarder également dans les moindres recoins s'il n'y a pas un bobo caché, une tique blottie dans un pli de peau, une croûte ou des poils qui tombent: il faut avoir l’œil et bien passer ses mains partout (ce qui sert aussi à repérer les zones de chaleur) ! Attention aux pieds également, qui doivent toujours être froids, lisses et "durs", et à l'appareil génital pour les mâles, qui ne doit pas être trop sale ou gonflé (voir l'article sur le nettoyage du fourreau).
Poil piqué chez le cheval.
Le poil piqué - Crédit: 1cheval.com

Si jamais après cette inspection quotidienne vous avez un petit doute sur l'état de votre cheval, vous pouvez également vérifier:
  • Les muqueuses: on devrait les regarder plus souvent car elles regorgent d'informations ! L’œil, dont le blanc doit être... blanc et les gencives qui doivent être rosés. La couleur jaune pour les muqueuse indique un ictère, souvent synonyme de dysfonctionnement du foie. Des gencives pâles montrent une anémie et au contraire si elles sont rouges, une congestion (afflux de sang qui peut indiquer une inflammation, une problème cardio-vasculaire...).
  • La température: qu'il est préférable de prendre au repos. La température normal d'un cheval est située entre 37,5 et 38°, mais le mieux est de connaitre celle de votre cheval en particulier, quand tout va bien.
  • L'hydratation: un test tout simple est de pincer la peau au niveau de l'encolure et voir si le pli disparaît immédiatement. Si la peau met du temps à retrouver sa position initiale, c'est un premier signe de déshydratation. 

Enfin pour les plus précautionneux voulant pousser l'examen de santé jusqu'au bout, on peut ajouter:
  • La fréquence respiratoire: un cheval prend normalement 10 à 14 inspirations par minute au repos, jusqu'à 45 après un effort. Il suffit tout simplement de compter les respirations pendant 1 minute, à l'oreille et en plaçant sa main sous les naseaux pour sentir le souffle si besoin. Un cheval qui respire très vite ou très fort au repos ou après une simple marche est un cheval en mauvaise forme/avec peu d'endurance ou qui présente un problème de souffle (emphysème ect) à traiter, une mauvaise hydratation (épuisement rapide) ou autre.
  • La fréquence cardiaque: la base est normalement de 30 à 40 battements par minute au repos, 160 à 250 après un effort. On prend le plus souvent le pouls d'un cheval sous la ganache, là où passe l'artère maxillaire.
Comment prendre le pouls d'un cheval pour connaitre sa fréquence cardiaque.
Prendre le pouls de son cheval - Crédit: s403403540.onlinehome.fr



Un carnet de suivi de santé: l'astuce pour ne rien manquer


En plus de surveiller les paramètres de santé et signes vitaux de votre cheval, il est bon pour ne rien rater de tenir un carnet de santé personnalisé. Le carnet de santé normal de votre cheval sert à suivre principalement ses vaccinations (comme pour les humains), celui-ci vous servira d'aide mémoire, de suivi de la santé dans le temps et vous permettra d'établir des liens de cause à effet.

Dedans, il faudra créer une page de garde réunissant les informations utiles suivantes: 
  • La date de naissance de votre cheval: pour avoir son âge exact.
  • Sa taille: prise avec une toise au garrot.
  • Son poids lorsqu'il est en pleine forme (ne prenez pas un cheval de pré en plein hiver par exemple, il sera plus maigre): pour déterminer son poids, il vous faut d'abord prendre le périmètre thoracique de votre cheval, c'est à dire le tour de sa cage thoracique, en passant votre mètre au niveau du passage de sangle et de la base du garrot. Puis, pour un cheval de selle au travail, il vous suffit de calculer la formule suivante: 4,3 x périmètre thoracique en cm + 3,0 x hauteur au garrot en cm - 785 = poids de votre cheval à 25 kg près !
  • Sa température, au repos, quand il est en pleine forme: ce qui vous permettra de comparer et savoir ce qui est anormal pour lui. Pour avoir sa température normale, prenez là plusieurs jours d'affilé ou une fois de temps en temps pendant quelques semaines pour vérifier que c'est bien celle-ci. Certains individus, même en pleine forme, présentent une température plus basse ou plus élevée que la moyenne. Il est donc utile de connaitre celle propre à votre équidé.
  • Vous pouvez ajouter les paramètres qui vous chantent, sur le même principe que la température: fréquence cardiaque, respiratoire, corne toujours un peu molle ou toute particularité physique ou de santé.
Mesurer le périmètre thoracique de son cheval pour calculer son poids.
Mesurer le périmètre thoracique de son cheval - Crédit: guichard-sellier.fr

Grâce à ces indications, vous pourrez vérifier de manière certaine si votre cheval a maigri ou grossi, s'il a de la température, vous pourrez aider votre vétérinaire à ajuster le dosage des prescriptions selon son âge et son poids ect.

Une fois ces informations de référence soigneusement répertoriées, vous n'aurez plus qu'à remplir votre carnet en notant tous les examens médicaux de votre cheval (date, raison de la consultation, résultats, protocole ou prescription médicale à suivre par la suite), les changements concernant son mode de vie (changement d'écurie, de nourriture, de rythme de travail ou de sorties) mais aussi tous ses bobos du quotidien (boiterie, petite toux, œil un peu fermé, balafre sur le chanfrein, perte de poids) et ses changements de comportement (baisse de forme à l'approche de l'hiver, crispation systématique à gauche au travail) en inscrivant bien, là encore, les dates précises et la durée de ces désagréments. Le but de tout ça est de:
  • Pouvoir recouper les informations pour voir si un problème n'est pas récurrent: il perd systématiquement du poids au printemps et ses muqueuses deviennent un peu jaune: n'est-ce pas une intoxication par une plante qui repousse chaque année ? Il boite toujours pendant l'hiver: n'est-ce pas le fait de vivre au pré dans la boue et de forcer pour se déplacer sur ce sol mouvant ?
  • Pouvoir suivre l'évolution de la santé de son cheval et ne pas mélanger les traitements/donner des médicaments incompatibles en même temps.
  • Pouvoir retrouver la date de début d'un problème de santé: on retrouve Pompom sur 3 pattes et il s'avère qu'il a un problème au ligament: en vérifiant le carnet on s'aperçoit qu'un mois plus tôt, il boitait légèrement par intermittence et avait du mal à engager. C'était là les signes avant-coureur du problème, on sait désormais depuis combien de temps la pathologie court.
  • Pouvoir refaire très précisément l'historique de la santé de son cheval en cas de problème vétérinaire important: donner les dates des derniers vermifuges, des derniers problèmes qu'il a eu, de son dernier traitement... 
  • Pouvoir informer votre vétérinaire/ostéo/maréchal des problèmes de votre cheval au cas-ou vous êtes absent: si le carnet est à portée de main à l'écurie, même si vous êtes absent, il n'y a plus qu'à le feuilleter pour retrouver vos dernières observations et les derniers soucis de votre équidé et comprendre ce qu'il se passe.



Le dernier mot Jean-Pierre...


Malgré les années qui passent et nous rassurent, il ne faut pas perdre l'habitude d'être attentif, à l'écoute de son cheval et vigilant lors de chaque pansage. Le carnet est une bonne méthode pour s'obliger à le faire, en plus d'être un outil de suivi de la santé de son cheval très pratique. A vous de l'organiser au mieux, sous forme de classeur par exemple, avec une partie vétérinaire, une autre ostéopathie, une pour les soins dentaires et ainsi de suite. Il pourra être rangé bien à l'abri dans votre casier avec votre trousse à pharmacie et même contenir tous vos rapports d'interventions et toutes vos ordonnances (qu'il est obligatoire de conserver à portée de main lorsqu'on possède des produits soumis à prescription) !














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23 mars 2015

Quand le dressage est remplacé par du (mauvais) spectacle.

Aujourd'hui, j'ai envie pousser un coup de gueule. Je ne compte plus le nombre de photos sur Facebook où l'on voit des chevaux encapuchonnés, les postérieurs à trois kilomètres derrière, la cavalière persuadée de faire du dressage et tout le monde qui s'extasie en disant que cela fait très pro. Oui, "cela fait", c'est beau devant la galerie, mais qu'en est-il du vrai travail ? A croire qu'on ne sait plus ce que c'est à force de nous montrer en exemple des couples de haut niveaux qui ne font pas mieux. Le spectacle a pris le pas sur la technique.

Une photo n'est jamais le reflet de la réalité, c'est un instant figé (avantageux ou non), mais pour cet article je vais quand même m'en servir d'une car ce qu'on voit dessus se retrouve trop souvent une fois en mouvement.

Tout ce qu'il ne faut pas faire en dressage. Le mauvais exemple en dressage.
Matthias Rath et Totilas - Crédit: rue89.com

Cette photo, des sites l'ont relayée en s'extasiant sur l’impressionnant allongement de Totilas, sur ce couple auquel des centaines de cavaliers rêvent de ressembler. Mais que voit-on réellement ? Du pas espagnol à la place d'un allongement de dressage. Un geste mécanique, exagéré et dénaturé au contraire de la fluidité et de la grâce normalement recherchées. Des postérieurs qui ne s'engagent pas et trahissent un travail faux. Car qui dit pas d'engagement, dit un dos qui n'est pas tendu et une attitude de placé artificielle. D'ailleurs on voit tout de suite qu'il n'est pas correct : la nuque (en vert) n'est pas le point le plus haut (là c'est une cervicale) et le chanfrein est en deçà de la verticale par rapport au sol alors qu'il devrait être perpendiculaire, synonyme d'un cheval un peu trop enfermé.

Le problème de cette photo est quelle montre un couple de niveau international et que nos cavaliers de hauts niveaux devraient justement donner l'exemple. Le problème est qu'à cause de cette image du dressage qui est donnée de nos jours, on en vient - cavaliers de tout niveaux - à être obsédés par la mise en main, l'apparence, en oubliant que ce n'est que le résultat d'un travail juste, pas une finalité. Le problème est que c'est cette fausse équitation qui est encensée par les médias et que ce sont ces couples qui remportent des médailles. C'est spectaculaire et c'est tout ce que l'on retient, au détriment du vrai dressage, et notre fédération encourage cela. Ne fermons pas les yeux sur la technicité du mouvement, car c'est la preuve d'une équitation propre et bien réalisée, d'un cheval qui travaille dans le bon sens, en se musclant et d'un cavalier qui respecte l'intégrité de sa monture. Prenons en exemple le vrai dressage qui, bien heureusement, existe encore et est bien plus beau à voir même s'il est parfois difficile à retrouver: chanfrein à la verticale - nuque comme point le plus haut - engagement des postérieurs et dos tendu - amplitude égale devant et derrière et bel allongement - légèreté. Tout est dit.

Ce qu'on doit rechercher en dressage, la bonne attitude.
Clayton Fredericks et Bendigo - Crédit: cheval-savoir.com











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16 mars 2015

Le poids du cavalier doit-il peser dans la balance ?

On parle beaucoup du surpoids chez les chevaux, de la prévention de l'obésité mais qu'en est-il du poids des cavaliers ? Sujet sensible par excellence que l'on a tacitement décidé d'éviter, il est néanmoins primordial quand on sait la fragilité du dos d'un cheval et l'impact que peut avoir une mauvaise position en selle... Impact démultiplié par le poids du cavalier. La question a donc tout lieu d'être posée. 





Seuls 5% des cavaliers auraient un poids optimum


Le point de départ de cette réflexion a été un article publié dans le Journal of Veterinary Behavior relayant les résultats d'une étude britannique qui indiquerait qu'un tiers des cavaliers seraient en surpoids pour les capacités de leur cheval, entraînant des risques pour leur santé physique !

Constat on ne peut plus alarmant, mais qui peut être nuancé par plusieurs éléments :

"Selon les auteurs de l'étude un ration poids du cavalier / poids du cheval de 10% serait optimum ; jusqu'à 15% le ratio serait considéré comme satisfaisant alors qu'au-delà de 20% le surpoids du cavalier aurait des conséquences néfastes pour la santé du cheval. Ainsi pour un cheval de 400 kg le poids du cavalier ne devrait pas dépasser 60 kg. De même pour un cheval de 500 kg le poids du cavalier ne devrait pas excéder 75 kg.

L'étude menée par le docteur Hayley Randle du Duchy College et publiée dans le dernier numéro du Journal of Veterinary Behaviour a porté sur 152 chevaux et leurs cavaliers adultes dans la région du Devon et de la Cornouaille. « Les gens ont tendance à penser qu'il n'y a pas de problème car les chevaux sont de si grands animaux que la question du poids du cavalier ne se poserait pas » déclare le Dr Hayley Randle « Mais l'impact sur la santé du cheval peut être assez important, assez rapidement »

Dans l'échantillon testé seul 5% des cavaliers avaient un poids optimum (ration de moins de 10%), 62% avaient un poids jugé entre optimum et satisfaisant, et 33% étaient en surpoids. « Les cavaliers semblent généralement en surpoids pour leur monture. C'est une conséquence je présume de l'augmentation généralisée du poids de la population. C'est une question de santé publique » indique le Dr Hayley Randle.

On peut reprocher à cette étude de ne pas tenir compte de l'âge du cheval, de sa conformation, de sa musculature, du travail demandé ni de la façon de le monter, tout autant de facteurs qui influent sur la capacité de l'animal à porter son cavalier sans dommage pour sa santé. Pour certains spécialistes la longueur du dos aurait ainsi une influence prépondérante : plus le dos est court, plus le cheval peut porter lourd et longtemps. De même l'état des reins serait un critère déterminant : plus la zone est large et musclée, plus il peut porter de charge sans fatigue.

Keith Chandler, le président de la British Equine Veterinary Association, estime que beaucoup de problèmes de santé comme les boiteries et les douleurs dorsales sont causées par « les mauvais cavaliers montés sur les mauvais chevaux ». Pour lui il doit y avoir une prise de conscience que certains cavaliers de fort gabarit devraient monter des chevaux plus puissants. Comme il est difficile de fixer un seuil acceptable par avance il est nécessaire de surveiller l'état de sa monture et de se poser la question de son propre (sur)poids."

Le cheval doit être adapté au poids de son cavalier. Que faire d'un cavalier obèse ?
L'adaptation du cavalier à son cheval, c'est aussi une histoire de poids - Crédit: Thelwell



Imposer un poids maximal aux cavaliers ? Une fausse solution


Les résultats de cette enquête laissent assez perplexe: si l'on regarde autour de nous, beaucoup de cavaliers seraient alors trop lourds pour leur chevaux, et encore plus pour leurs poneys si on garde ce "ratio satisfaisant" de 15% : le cavalier d'un poney de 300 kg ne devrait pas dépasser les 45 kg ! Quid des ados et des adultes à poney qui pèsent plus facilement dans les 50-60 kg ?

Sans aller jusqu'à respecter cette règle des 15%, certains professionnels se montrent assez préoccupés par cette problématique et vont dans son sens. Ainsi, à la finale nationale jeune poney en Allemagne, le poids des cavaliers est limité à 71 kg avec leur selle. Et certains clubs en France affichent dans leur règlement un poids maximal pour pouvoir monter à cheval

Pour autant, faut-il les blâmer ? Entre vouloir préserver sa monture et faire du "racisme anti-gros", il n'y a malheureusement qu'un pas. Refuser une jeune cavalière en surpoids qui va finalement peser autant qu'un cavalier adulte (un homme adulte peut facilement atteindre 80 kg), c'est une forme d'exclusion blessante et injustifiée. Accepter un cavalier en surpoids alors qu'on n'a pas de monture adaptée et lui faire faire le même travail que tout le monde sous prétexte de ménager sa sensibilité, c'est ne pas respecter l'intégrité du cheval et le mettre en danger.

Car le problème est bien souvent là : les clubs n'ont pas toujours une cavalerie adaptée aux personnes au poids élevé ou en surpoids (je distingue les deux car on peut peser lourd sans être obèse, il suffit par exemple d'être grand, et les grands aussi n'ont pas toujours de chevaux à leur taille...). Le refus de prendre en cours un cavalier lourd n'est donc pas forcément de la mauvaise volonté ou du racisme, mais juste du bon sens et une prise en compte de la réalité du terrain. Le poids est un paramètre dont il faut tenir compte et qui conditionne la monte, mais fort heureusement les personnes pesant plus de 75 kg (pour reprendre le Dr Randle) ne sont pas condamnées à rester à pied. Ce qu'il manque aux clubs pour les cavaliers au poids conséquent est :
  • Une cavalerie comportant des chevaux bien charpentés, bien musclés et au dos et aux reins solides. Il ne faut pas se contenter de sélectionner des chevaux réputés "porteurs" : bien des frisons présentent un défaut de rein long et faible qui les rend peu disposés à porter de lourdes charges. Mais il faudrait aussi mettre fin à l'exclusion des chevaux type demi-traits qui seraient adaptés à cet exercice, et à bien d'autres encore.
  • Un enseignement rigoureux pour apprendre à se faire léger et actif en selle. La différence entre un poids mort et un poids qui se porte est énorme ! Un débutant de 50 kg fait bien plus de dégâts en rebondissant sur le dos de son cheval qu'une cavalière de 85 kg qui épouse les allures avec souplesse. En plus de cela, il est possible de choisir sa discipline suivant son physique et ses capacités propres.



Le dernier mot Jean-Pierre...


L'importance du poids du cavalier n'est donc pas à minimiser. Plutôt que de vouloir à tout prix éviter le sujet, il faudrait communiquer dessus afin de trouver de vraies solutions et faire avancer les choses; avoir un cheptel adapté à tous dans les clubs, orienter les cavaliers vers les disciplines les plus adaptées à leur physique et leurs capacités, enseigner de façon rigoureuse la notion de légèreté en selle. Dans ces conditions, l'équitation est praticable par tous dans le respect de l'art. Mais en attendant, combien de chevaux souffrent du dos, présentent des allures étriquées, une sur-tension des articulations à cause de l'aveuglement dont on fait preuve à ce sujet ?

Cette réflexion soulève également deux autres questions:
  • Qu'en est-il du poids du cavalier de haut niveau ? Les poneys de sport n'auraient-ils pas de meilleurs résultats si on privilégiait en pilotes des enfants au lieu de vouloir y mettre des adultes pour de meilleurs résultats ? Si on imposait aux cavaliers de saut et de cross un poids comme pour les jockeys, les résultats sportifs seraient-ils meilleurs ?
  • Le cavalier ne serait-il pas un mauvais sportif qui se laisse aller à un poids trop important ou même au surpoids sous prétexte que l'attention est fixée sur le cheval ? Pourquoi sommes-nous les seuls sportifs à ne pas s'étirer avant une séance, à ne pas s’entraîner avant de vouloir entraîner nos chevaux...? N'est-il pas de notre devoir de nous maintenir en bonne condition physique par respect pour notre monture et pour lui faciliter son travail ?

La réflexion reste ouverte...














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9 mars 2015

La génétique des robes équines pour les nuls: partie 1.

Depuis quelques années, les robes colorées ou originales sont devenues très à la mode et justifient des prix parfois exorbitants pour des chevaux pourtant "communs", couleur mise à part. La rareté fait la valeur. Les éleveurs s'arrachent donc les cheveux pour obtenir ces robes spécifiques qui font tant fureur. Parfois, c'est limite si on ne peut pas commander la couleur voulue auprès d'un élevage ou lors du choix de l'étalon. Magie ? Non, simplement les prouesses de la génétique !


La couleur d'une robe en génétique: les bases


Quand on essaye d'expliquer la science des gènes à des gens comme moi, profondément allergiques au jargon scientifique et à l'esprit 100% littéraire et rêveur, ça tourne vite au charabia incompréhensible. Mais, curieuse de comprendre comment on peut désormais prédire la robe d'un poulain, j'ai décidé de me lancer, pour moi et pour vous, dans une série d'articles de vulgarisation de la génétique des robes. Vulgarisation oui, car on dira quand même des gros mots scientifiques genre "homozygote". Mais commençons du début.

Le corps du cheval, comme des humains, possède un génotype (= l'ensemble de ses gènes) qui détermine le phénotype (= son apparence physique). Ce sont les gènes qui disent si le cheval sera petit, gros, blanc ou pie. On dit que le gène donne un caractère, c'est-à-dire une caractéristique physique (couleur des yeux, du poil...).

Mais il faut savoir que le gène est lui-même divisé en deux allèles: ce sont eux qui vous dire si le caractère sera visible ou non. Un cheval peut avoir le gène alezan tout en présentant une robe noire, tout simplement car ses allèles ne l'expriment pas ! Le gène est là, en sommeil en quelque sorte. Un peu comme si le gène était un ordinateur, l'allèle une imprimante et la caractère une photo: la photo est enregistrée sur votre ordinateur mais vous n'êtes pas obligés de l'imprimer. Si vous l'imprimez, vous pourrez la montrer à vos amis à l'extérieur. Si vous ne l'imprimez pas, personne ne pourra la voir mais vous pourrez quand même la transmettre à d'autres par mail (ce qui s’appelle en génétique l’hérédité, qu'on verra ensuite).

On parle alors d'allèle dominant ou récessif: un allèle est dominant s'il exprime le caractère (un cheval a le gène des yeux bleus et présente des yeux bleus) et récessif s'il le masque (un cheval a le gène des yeux bleus mais présente des yeux marrons). Si les deux types d'allèles sont présents, c'est le dominant qui prend le dessus (comme son nom l'indique) et le caractère sera exprimé. Les allèles sont notés grâce à deux lettres, inscrites en minuscules si ce sont des allèles récessifs, en majuscules si ce sont des allèles dominants. Par exemple, pour un cheval noir qui a deux allèles noirs dominants ce sera noté "EE" (la lettre "e" étant le symbole du gène noir).

Comprendre la génétique des robes équines pour prédire une robe.
Pie-gris-pommelé-hétérozygoto-récessifo-barbouillé-bidule? - cheval-forum.com

Suivant la combinaison d'allèles présente dans le gène, le cheval sera dit homozygote ou hétérozygote. Des mots un peu barbares pour dire tout simplement que si le cheval a deux allèles dominants ou deux allèles récessifs, il est homozygote: il a deux fois le même allèle (homo = le même). S'il a un allèle dominant et un récessif, il est hétérozygote: ses allèles sont différents (hétéro = autre).
Donc EE ou ee = homozygote (caractère dominant ou récessif = caractéristique visible ou non-visible).
Ee ou eE = hétérozygote (la caractéristique physique sera visible car l'allèle dominant prend le dessus).


En résumé, tous les chevaux ont un gène chargé de déterminer la couleur de leur robe, composé de deux allèles qui vont déterminer si le caractère du gène s'exprime ou non, ce qui va moduler la couleur de la-dite robe. 



L'hérédité d'une robe, une affaire de combinaison d'allèles


Quand un poulain naît, il a donc lui aussi un gène de couleur de robe avec deux allèles, et ces deux allèles sont hérités de ses parents ! Il prend un allèle du père, un allèle de la mère. On peut donc essayer de prévoir la robe d'un poulain de façon assez simple, grâce à un tableau dans lequel on affiche les gènes des parents et où l'on explore toutes les combinaisons possible dont pourrait hériter le poulain. Prenons l'exemple d'une robe fictive, la robe X, dépendant du gène X.


Pour être sûre d'avoir un cheval noir par exemple, il vaut mieux prendre des parents homozygotes (= deux allèles identiques) avec des allèles dominants (= caractère visible). C'est le cas ici: le poulain ne peut QUE avoir la robe X et la transmettra quoiqu'il arrive ! La combinaison gagnante quoi.


Dans le cas d'un père hétérozygote et d'une mère homozygote dominant, on est quasi sûre à 100% d'avoir la robe désirée. Par contre, le futur poulain à 50% de chance d'être hétérozygote et donc risque de ne pas transmettre sa robe s'il est croisé plus tard avec un autre hétérozygote. C'est le cas exploré juste en-dessous:

Dans le cas du croisement de deux parents hétérozygotes, on a une chance sur quatre que le poulain n'ai pas la robe voulue. Dans ce cas, il sera homozygote récessif et devra être croisé avec un homozygote dominant s'il l'ont veut à coup sûre avoir la robe X. Avec un hétérozygote, ce sera une chance sur deux et avec un autre homozygote récessif, la couleur X ne sera JAMAIS transmise.
Et on peut continuer ainsi les tableaux...



Le dernier mot Jean-Pierre...


L'intérêt de tout ça est de pouvoir prévoir la robe d'un poulain et même mieux, de sélectionner les étalons et les juments à croiser selon la robe que l'on souhaite obtenir ! Il faut donc en amont faire tester les chevaux (ce qui coûte de l'argent) pour connaitre leur code génétique et il n'y a plus qu'à faire des tableaux. Mais attention, cet article n'est qu'une entrée en matière très simplifiée pour comprendre comment fonctionne la génétique des robes. Il existe ensuite tout un tas de gènes, d'extensions de gènes, de mutations de gènes qui, suivant les croisements, ne donnent pas les mêmes robes. Bref, le casse-tête ne fait que commencer !














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2 mars 2015

"101 exercices de dressage" de J.A Ballou.

Quand on monte seule et qu'on n'a pas les moyens de se payer des cours, on peut rapidement se mettre à tourner en rond et à stagner. La meilleure solution que j'ai trouvé à ce jour pour remédier à ce problème sans se ruiner a été de... lire ! Mais pas n'importe quel livre, il faut savoir choisir ses lectures. Aujourd'hui je vous présente donc un de mes indispensables pour travailler: "101 exercices de dressage" !


Un mot sur l'auteur


L'auteure était pour moi une illustre inconnue et pourtant, après avoir entamé ma lecture et mes exercices, je n'ai pas regretté d'avoir fait confiance à ses écrits. Jec Aristotle Ballou (oui, ceci est un nom) est une experte nationalement reconnue dans la mise en condition et le développement de la gymnastique du cheval. Compétitrice et entraîneur au niveau internationale mais aussi conseillère à l'Association de Dressage d'Amérique de l'Ouest, elle est décrite comme une cavalière, auteure, philosophe, poète et athlète (rien que ça). Elle écrit régulièrement pour des magazines équestres et son livre "101 exercices de dressage" est l'un des ouvrages d'instruction équestre les mieux vendus. Il a d'ailleurs été traduit en 3 langues et approuvé par la Fédération de Dressage États-Unis comme étant l'un des livres les plus essentiels à posséder pour les amateurs de dressage. Même si le nom de l'auteure ne nous est pas familier, il ne fait donc aucun doute que J.A Ballou mérite d'être lue...


Livre équestre de dressage Livre équestre de dressage
101 exercices de dressage, couverture et 4ème de couverture
Crédit: librairiedialogues.fr



Pourquoi ce livre


Après une introduction rapide sur l'intérêt du dressage et comment mettre son cheval en condition physique, proposition de planning d'entrainement à l'appui, on entre dans le vif du sujet. Comme son nom l'indique, ce livre est un véritable guide pratique, un recueil d'exercices; on ne perd donc pas de temps avec du blabla inutile. Suite à deux chapitres sur la détente et les assouplissements - les préalables à n'importe quel travail - le livre est découpé en objectifs de séances: la rectitude, la position du cavalier, le travail latéral, le galop, le rebond, la légèreté... Tous les indispensables sont là, rien n'est laissé au hasard ! Et pour  chaque objectif vous est présenté divers exercices à réaliser, classés suivant un niveau de difficulté progressif.

Imaginons donc que Pompom a un problème de rectitude ces derniers temps. Vous n'avez qu'à prendre votre livre au chapitre concernant cet objectif, lire l'introduction et découvrir le premier exercice. Vous tombez alors sur une description claire, simple et par étapes de l'exercice, accompagnée par un schéma représentant le manège avec le tracé à accomplir et les allures à prendre à chaque instant. Vous pouvez donc visualiser l'exercice en même temps que vous lisez les consignes. Mais le plus de ce livre, c'est aussi de vous expliquer à chaque fois l'intérêt de l'exercice proposé ("car ça travaille la réactivité, la détente, ça muscle telle partie du corps, ça remet le cheval aux ordres ect"), de vous dire à quoi il faut faire particulièrement attention pour le réaliser correctement, ce qu'il faut rechercher comme attitude ou sensation ("veillez à ne pas laisser votre cheval trottiner, se désengager...") et aussi parfois de donner des conseils en plus, comme par exemple comment réagir si votre cheval à telle ou telle réaction. On vous explique donc que faire, pourquoi le faire, comment le faire et surtout comment le réussir. Le tout avec une écriture et des termes simples, des descriptions courtes et précises pour des exercices adaptés à TOUS les niveaux. Ils sont vraiment facilement compréhensibles et reproductibles et parfois même, c'est le même exercice qui vous est proposé mais qui se complexifie au fil du temps. Vous pouvez donc passer une séance dessus à essayer de passer d'une étape à une autre. 



Le dernier mot Jean-Pierre...


Que vous soyez à la recherche d'exercices pour travailler un point particulier ou tout simplement pour varier vos séances, ce livre est fait pour vous ! C'est devenu ma bible de dressage, dans lequel je puise des idées et sur lequel je m'appuie quand je veux régler un problème. Et pour effectuer les exercices de ce livre depuis un moment, je peux garantir qu'ils donnent de bons résultats ! Autant sur la progression du couple que sur la motivation personnelle puisque d'un coup, on se retrouve avec un planning pour nos séances et des objectifs à atteindre. Pas de grande théorie donc, c'est un livre de terrain indispensable aux cavaliers seuls et qui donne toutes les clés pour avoir un cheval correctement musclé, en condition et aux ordres.














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